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Coupe de France: l'itinéraire de Rumilly-Vallières, un club (presque) neuf qui rêve d’éliminer Toulouse

Pour la première fois depuis la finale de l'ETG, alors en Ligue 1 en 2013, une équipe de Haute-Savoie est qualifiée pour les quarts de finale de la Coupe de France. Le GFA 74 Rumilly-Vallières reçoit ce mardi Toulouse (18h45) avec encore un rêve en tête, celui de rejoindre le dernier carré de la compétition.

Quand il a pris les commandes de la société familiale, spécialisée dans la fabrication et la commercialisation de quelques fleurons des fromages de Savoie (reblochon, tomme, emmental, fromages à raclette et fondue …), Luc Chabert a vite saisi la spécificité du passage de flambeau père-fils. "Dans la présidence du groupe, il y avait aussi la présidence du club de foot de Vallières, la commune où siège la société", en sourit encore le petit-fils de Camille au moment d'afffronter Toulouse ce mardi lors des quarts de finale de la Coupe de France (18h45).

Mais lors de cette transmission dans les années 90, on ne parle pas encore de "fusion" de Rumilly et Vallières, dénommée "GFA 74" pour Groupement du football albanais, ce territoire de 17 communes (51 000 habitants) et quatre clubs coincé entre Aix-les-Bains (Savoie) et Annecy (Haute-Savoie), à quelques kilomètres de la frontière suisse. Un club qui évolue actuellement en National 2.

Le GFA 74 est né dans une terre de rugby

Avec un préalable: Rumilly, c’est d’abord une terre de rugby avec un clin d’œil. Dans ses grandes années du ballon ovale pas encore pris dans le professionnalisme - le club a joué dans le Top 16 en 1995 et a affronté… Toulouse - le club de rugby s’appelait d’ailleurs le Football Club Rumilly. Désormais dénommé Rugby Club Savoie Rumilly, l’Ovalie se restructure doucement autour d’une nouvelle équipe dirigeante en Fédérale 1 avec une philosophie identique de promotion de la jeunesse et des valeurs de la région.

Mais revenons aux "manchots" qui vont fusionner. Ah, la "fusion", c’est presqu’un gros mot dans ce football rural au pied des montagnes où à chaque clocher, correspond son rectangle vert et ses querelles ancestrales. "Nos papas nous ont fait les gros yeux, quand on a évoqué ce rassemblement, se rappellent en chœur quelques-uns des hommes forts actuels du GFA 74. Ils ont pris cela comme si c’était un peu faire table rase de leur histoire. Mais il était question de la survie du ballon rond dans ce territoire."

Une fusion pour survivre

Les dirigeants actuels ont en quelque sorte, coupé le cordon foot avec leurs aïeux en éteignant rapidement quelques braises que cette union faisait naître. "C’est en 2016-17 que la fusion au niveau des écoles de foot du territoire a débuté, raconte François Baudet, l’un des autres hommes forts du club, dont la présidence se répartit suivant les domaines de prédilection (logistiques, partenariats, jeunes et relations institutionnelles) entre lui, Luc Chabert, Bernard Vellut et Bruno Piccon. Cela a eu un bon accueil et on a poursuivi, l’année d’après avec les adultes. Cette année-là, Vallières évolue en N3 et c’est à ce niveau que l’entente débute son aventure."

Les joueurs du GFA 74 après leur qualification pour les quart de Coupe de France
Les joueurs du GFA 74 après leur qualification pour les quart de Coupe de France © DR Edward JAY

Parmi les questions de "géopolitique locale", la couleur des maillots allait vite être réglée: Rumilly, club phare de la région quand le championnat de France possédait dans les années 70-80 une troisième division jouait en blanc, Vallières en vert. Le GFA Rumilly-Vallières portera donc des maillots… bleu marine!

Comme d’habitude dans ce football d’en bas des U7 au U19, c’est la notion de mutualisation des moyens qui guide tout le monde. Il faut d’un côté gérer les nombreux licenciés des écoles de foot et les structurer autour de classes à horaires aménagés. Et de l’autre il convient de sauver les niveaux "ado" (U17 et U19) qui perdent des forces vives et peinent, pour certaines entités à monter des équipes.

Un territoire dynamique de 1800 entreprises

"Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin" devient vite la formule titre des nouveaux dirigeants du GFA 74, qui rassemble désormais 650 licenciés pour 40 équipes, guidées par 70 éducateurs dont quatre formations adultes de la N2 au district.

Ce territoire au dynamisme économique jamais démenti, même après le départ il y a 13 ans des skis Salomon, abrite quelques entreprises de renommée mondiale (Tefal et ses appareils ménager, Vulli et sa célèbre Sophie la girafe, Nestlé et ses unités de création de céréales…) et régionale (les fromageries Chabert, des entreprises de transports, BTP). Et de tout cet écosystème économique (1800 entreprises) ruissellent doucement, mais sûrement, vers le club des partenaires qui apportent près de 40 % des 850 000 euros de budget.

Le parcours en Coupe de France, et 270 000 euros déjà assurés, apportera une part importante du futur budget. Mais pas question de se laisser griser par l’épopée et ses retombées. Entre le FC Annecy (National) pas loin, le GF 38 (L2) à une heure et Lyon et Saint-Etienne, les bastions régionaux à 90 minutes, l’humilité colle aux crampons des dirigeants. "Notre objectif est à court terme, que notre équipe fanion évolue bien dans ce championnat de N2 avec des jeunes, formés ici, chez eux", résume Luc Chabert. Interdit aussi, de dilapider l’argent, même si la réputation dans la région d’un club sain, ambitieux et bien géré attire forcément: "Il n’y a que cinq contrats fédéraux et tous les autres travaillent", coupe Francois Baudet.

Pris au "piège", à l’issue des seizièmes de finale après la qualification face aux voisins d’Annecy, dans l’euphorie des vestiaires par les joueurs réclamant en chanson la fameuse prime présidentielle, Luc Chabert et François Baudet ont anticipé pour le tour suivant en négociant par avance, le partage d’une partie des retombées de l’épopée Covidée. Après le large succès face au Puy (4-0), ils ont aussi évité la case "fiesta" du vestiaire où le groupe savourait de longues minutes durant. "Il faut apprendre vite", répond, l’œil malicieux, Luc Chabert. Peut-être un conseil du paternel à un moment lors de la passation des pouvoirs?

Des anciens pros et un boss sportif posé

Cette histoire, c’est aussi des histoires de rencontres presque improbables. "Un coup de chance", dixit les dirigeants quand ils évoquent l’arrivée d’Alexi Peuget, le capitaine. L’ancien professionnel passé par Strasbourg et Reims où il a connu la montée en L2 en 2012 raconte: "J’ai rencontré ma copine qui vivait à Annecy. Je jouais à Saint-Malo (N2) et j’ai décidé de venir dans le secteur. J’avais eu des contacts avec le FC Annecy en décembre 2019 en vue du mercato hivernal mais Saint-Malo n’a pas voulu me laisser partir. L’été venu, l’opportunité du GFA s’est présentée et j’ai tout de suite accroché avec l’esprit famille du club."

Homme fort du milieu de terrain, le joueur de 30 ans s’épanouit avec ses copains et a presque oublié ses trois ruptures du ligament du genou. "Après des blessures et des mauvais souvenirs en Pro, je suis venu pour apporter mon expérience et aider le club à grandir dans la sérénité, ajoute-t-il. Je me sens bien ici où l’ambiance est vraiment bonne. Je suis très famille et c’est ce que j’ai retrouvé ici."

Le GFA 74 ne serait pas là sans son boss sportif: Fatsah Amghar, un Stéphanois installé en Haute-Savoie depuis quelques années où il se fait une petite réputation de technicien spécialiste en montée. Luc Chabert l’appelle en 2015 pour prendre la destinée de Vallières en R2. En quatre ans, il propulse le club - devenu GFA 74 en 2018 - au niveau national. "J’attache beaucoup d’importance au fait de miser sur un vrai collectif plutôt que sur des individualités, résume le personnage, la voix posée et le ton calme. Cela permet d’avoir un bloc équipe solide, compact, et dense. J’essaye autant que possible d’inculquer une philosophie offensive à mes équipes. Après, ce que je regarde en priorité chez un joueur, c’est son intelligence de jeu. Pour moi, c’est la base."

Sans oublier la notion de plaisirs et de partage: "Je n’ai mis aucune barrière avec la presse, sauf le jour du match, détaille-t-il. Pas de jours média, pas de consignes. A eux aussi de savourer ces instants-là. Cela fait partie de leurs moments qu’ils doivent graver."

Saisons covidées mais pas si terribles

Cette histoire récente est aussi matinée de quelques petits coups de pouce… covidés! "L’an passé, nous accédons en N2 après une décision de la FFF qui a fait grincer des dents, rappelle Luc Chabert. Si j’avais été à la place de Hauts Lyonnais, autre prétendant à la montée au moment de l’arrêt de la saison, peut-être que je l’aurais mal pris…"

En effet, le règlement bricolé à la hâte pour trancher les accessions a été à l’avantage des Hauts Savoyards pour un succès de plus à l’extérieur. "Et cette année, le règlement de la Coupe de France nous a aussi avantagé avec ces tirages au sort par région jusqu’en 8ème de finale", ajoute François Baudet. Ainsi, en huit matches, le GFA n’aura qu’à une seule reprise affronté une équipe plus huppée que lui (Annecy, National) avec même un forfait au 6ème tour et trois passages après la séance de tirs au but. Qu’importe le flacon, pourvu que l’on ait l’ivresse, écrivait Gustave Flaubert… Du côté du GFA 74, ils en reprendraient bien pour un tour face à Toulouse. Notamment le milieu Mathieu Guillaud, qui a déjà vécu tel parcours avec Chambéry en 2011 et ses trois clubs professionnels (Monaco, Sochaux et Brest) battus et qui a buté en quart de finale face à Angers. Sans oublier Dorian Levêque, qui a gagné la Coupe de France avec Guingamp en 2014 vit quelques belles semaines à 31 ans.

Et dans cette année spéciale où leurs seuls matches sont ceux de Coupe de France - le championnat de N2 s’est arrêté le 30 octobre à la 8ème journée et n’a à ce jour pas été officiellement arrêté - le GFA 74 n’a rien changé à ses habitudes avant d’affronter (enfin) un club professionnel: pas d’entraînement supplémentaire en plus des trois hebdomadaires avec un seul match amical (victorieux, 1-0) face à Annecy. Pas de mise au vert non plus et un rendez-vous au matin du match au stade de Rumilly pour une séance vidéo puis une balade suivant la collation, avant de prendre le bus, direction Annecy, et son stade municipal situé à moins de 20 minutes.

Et forcément, tous auront en tête une idée fixe: poursuivre leur aventure et leur rêve. Histoire d’avoir encore un match de foot en 2021 et histoire de venger les amis du rugby qui même à leur âge d’or n’ont jamais battu Toulouse.

Edward Jay