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Coupe du monde 2022: Où sont passés les bouchers ?

Seulement deux cartons rouges en 56 matchs dans ce Mondial, qui consacre beaucoup plus les artistes que les bad boys. Est-ce vraiment un drame ? Un peu.

Gianni Infantino, grand esthète devant l’éternel, l’a dit, "c’est la plus belle phase de groupes de l’histoire de la Coupe du monde." On a assez peu de doute sur le fait que dans une dizaine de jours, Gianni aura assisté à la plus belle Coupe du monde de l’histoire.

Rendons grâce au talent marketing d’Infantino et de la FIFA, c’est sans doute l’édition la plus facile à vendre: le Brésil de Neymar, vs l’Argentine de Messi, même quand elles ne sont plus sur le terrain comme Cristiano Ronaldo, les stars accaparent tout l’espace médiatique. "Ce n’est pas l’Angleterre contre Mbappé, c’est l’Angleterre contre la France", a dû recadrer Kyle Walker devant la presse anglaise qui accumule les Unes sur Mbappé depuis que l’affiche du quart de finale est connue.

Exit donc les joueurs d’équipe, relégués au rang de faire-valoir sur les photos. Et encore, ceux-là ne devront pas se plaindre, car il y a une espèce qui a complètement disparu de cette Coupe du monde: les bouchers, ou plutôt les bad boys, pour ne pas porter l’opprobre sur une profession.

Di Meco: "Une Coupe du monde de Bisounours"

Les chiffres parlent d’eux même: en 56 matchs depuis le début de la compétition, seulement deux cartons rouges ont été distribués. Dont un à Vincent Aboubakar qui avait commis un crime sans nom: enlever son maillot après avoir marqué le but de la victoire contre le Brésil.

C’est très loin des standards des dernières compétitions, notamment la violente Coupe du monde 1990, 2.1 buts par match, 16 cartons rouges (en seulement 52 matchs). Mais au-delà des cartons, peu de fautes et encore moins de mauvais gestes. "Dans le foot, c’est un peu comme un film, remarquait jeudi dans le Super Moscato show Eric Di Meco, pas le dernier pour mettre la semelle du temps de sa splendeur. Il faut le bon, la brute et le truand. Il faut Mbappé, les artistes merveilleux, mais il faut de tout, tout en restant dans les limites. Mais l’arbitrage a changé par rapport au foot que j’ai connu moi. Et on peut même dire tant mieux, car les attaquants sont privilégiés, un peu trop des fois. Je trouve quand même anormal que quand tu fais un match de Coupe du monde et que tu es dominé, il n’y ait même pas de mauvais gestes. C’est une Coupe du monde de Bisounours et moi je trouve ça dommage, parce que quand tu perds, tu n’es pas content normalement. Et quand tu es dominé, tu essaies de monter le niveau physique. C’est un sport de contact, le foot. Je n’aimerais pas qu’on devienne un sport aseptisé."

Alors, à quand le retour des bad boys? La Croatie peut-être face au Brésil? Ou les Pays-Bas face à l’Argentine? En 2006, ces apôtres du beau jeu, pourtant menés par l’esthète Van Basten, avaient transformé un huitième de finale face au Portugal en bataille de rue. Messieurs les artistes du tacle au-dessus du genou, réveillez-vous, il ne reste que sept matchs pour faire mentir Gianni Infantino et offrir un peu d’aspérité à cette Coupe du monde.

https://twitter.com/pierrekoetschet Pierre Koetschet Journaliste RMC Sport