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Centenaire de Deschamps: les clés de sa longévité sur le banc des Bleus

Ce dimanche, en Albanie, pour le dernier match des Bleus dans les qualifications à l'Euro 2020, Didier Deschamps fêtera son centième match sur le banc de l’équipe de France. Une longévité qui prouve qu’il a su imposer avec succès une méthode faite de pragmatisme, culture de la gagne et psychologie.

Il y aura forcément un peu d’émotion dimanche soir sur le banc de l’équipe de France. Des souvenirs aussi referont surface. Face à l’Albanie, dans le cadre des qualifications à l’Euro 2020, Didier Deschamps fêtera son centième match comme sélectionneur des Bleus. Soit 21 de plus que Raymond Domenech, son plus proche poursuivant. En termes de résultats, son bilan en impose avec 64 victoires en 99 rencontres, une finale d’Euro au compteur et surtout un titre mondial. Nommé à l’été 2012 en remplacement de Laurent Blanc, deux ans après le traumatisme de Knysna, il a accompli un travail de fond pour redonner à la maison tricolore une culture de la gagne, en insistant toujours sur la notion de collectif.

"Je ne suis pas là pour menacer ou quoi que ce soit, je fais confiance, mais aujourd'hui la situation du football français est telle que les joueurs n'ont plus droit à l'erreur. Si l'objectif individuel passe au premier plan, ce n'est pas possible", martelait-il dès sa première conférence de presse. Comme tout au long de sa carrière de joueur, Deschamps a fait de la rigueur et du pragmatisme ses principaux carburants pour son mandat de sélectionneur.

Sa méthode, faite également de sens tactique et de psychologie, aurait toute sa place dans un manuel de management. "Dieu sait que la fonction est devenue piégeuse et difficile. Il ne suffit plus d’être un bon tacticien, de bien connaître l’adversaire ou d’élaborer les meilleures méthodes de préparation. Il faut une capacité à tout gérer, tout voir, tout savoir. Didier coche toutes les cases. Il sait ce qu’il faut dire ou pas, ce qu’il faut faire ou pas", nous confie Philippe Tournon, ancien chef de presse de l’équipe de France.

Tournon: "Il a le mot qu’il faut, quand il faut et avec qui il faut"

A ses yeux, la longévité de Deschamps s’explique aussi par une "espèce d’intelligence situationnelle". "Il ne fait pas d’erreurs. Il a le mot qu’il faut, quand il faut et avec qui il faut. C’est un talent", appuie-t-il. Deschamps sait comment s’y prendre pour faire passer des messages. Pour secouer ses troupes quand il le faut, par exemple avant le barrage retour pour le Mondial 2014 face à l’Ukraine en 2013, ou pour les recadrer, comme à la mi-temps du match contre la Moldavie jeudi.

"Il peut aussi être dur, il peut aussi être exigeant, mais il a su par son management, par ses échanges, faire durer le plaisir. C'est unique en France. La grande difficulté du haut niveau, c'est de rester tout en haut, et lui il reste tout en haut. Pourquoi? Parce qu'il est exigeant avec les joueurs, avec lui-même, avec son staff, et parce qu'il gagne", analyse cette semaine son fidèle adjoint Guy Stéphan dans un entretien à l’AFP.

Deschamps avec ses joueurs après la finale du Mondial
Deschamps avec ses joueurs après la finale du Mondial © AFP

Auprès de son staff et de son groupe, Deschamps a su nouer des liens de confiance, qui rejaillissent sur le terrain. "Il est proche de ses joueurs. Avec lui, il faut être respectueux et fier d’honorer le maillot bleu. Quand il est arrivé, on a senti un vent nouveau et que les joueurs allaient être encore plus à l’écoute d’un coach qui a beaucoup gagné comme joueur et entraîneur. Il a une aura importante. On a tout de suite compris que ça allait filer droit", confirme Rio Mavuba, membre de la Dream Team RMC Sport, qui faisait partie de la première liste dévoilée par Deschamps il y a sept ans.

Cette proximité avec ses joueurs n’est pas feinte. L’ancien capitaine des Bleus connaît les leviers à actionner pour rassurer un élément cantonné à un rôle de remplaçant durant une grande compétition ou pour gentiment faire comprendre à un cadre qu’il attend plus de sa part.

Lebœuf: "Il y croit tellement qu’il y arrive"

"Sa valeur ajoutée, c’est la capacité qu’il a dans chaque domaine d’amener un petit plus qui tient à sa personnalité. Il a son souci du détail. Il veut que tout le monde soit au top. Quand il faut bavarder à deux, c’est à deux. A quatre, c’est à quatre. Quand c’est un peu plus solennel, c’est tout le groupe. A chaque fois, ce n’est pas au hasard. Il est au courant quand les joueurs arrivent. Il connaît leur résultat du week-end, il connaît leur état de forme, s’il a eu des problèmes avec son coach ou son président. S’il est en période de discussion, de prolongation de contrat, de changement de club, il va vouloir donner un avis", insiste Tournon.

Ce sens de l’écoute lui est aussi utile dans sa relation avec son staff. "Ça n'aurait pas pu continuer entre nous s'il n'avait pas tenu compte de ce que j'ai pu dire par moments. Il prend la décision finale, mais il tient compte de ce que je peux argumenter, que ce soit dans le fonctionnement du staff, l'observation d'un joueur, la construction d'une séance d'entraînement, le choix d'un camp de base", soutient Stéphan.

Devenu champion du monde en 1998 avec Deschamps, Frank Lebœuf met en avant un autre trait de personnalité de son ancien coéquipier pour expliquer qu'il soit toujours l'homme fort des Bleus: "L’obstination est sa qualité principale. Il ne lâche jamais rien. Il se bat corps et âme avec ses idées. Il y croit tellement qu’il y arrive." Les critiques de ceux qui accuse l’équipe de France de ne jamais être sexy? Deschamps laisse ça de côté. Les débats entre ayatollahs du style? Très peu pour lui. Gagner est son unique moteur. "C’est quoi une identité de jeu?", répète-t-il souvent lorsqu’on lui reproche des tactiques frileuses, de papillonner d’un système à l’autre ou d’être à la tête d’une équipe parfois ennuyante à regarder.

"Il y a un côté italien chez lui depuis son passage à la Juventus. Ça fait qu’il ne peut pas s’empêcher de penser que le plus important est d’avoir des résultats. Mais comme il est Français et qu’il a joué à Nantes, il aime le beau jeu et voudrait être capable de faire les deux", nuance Lebœuf.

Petit: "Il sait constituer une équipe"

A défaut d’être toujours flamboyants, les Bleus version Deschamps ont prouvé lors du dernier Mondial qu’ils pouvaient s’adapter à toutes les situations et élever leur niveau à mesure que la difficulté augmente. Antoine Griezmann résumait bien la chose en Russie: "Je ne crois pas que notre équipe ait un style défini. On regarde ce qui se passe dans le match et nous avons des joueurs qui savent gérer, faire des pauses ou accélérer." Une recette simpliste? Elle n’a pas empêché Deschamps de faire aussi bien que Mario Zagallo et Franz Beckenbauer, vainqueurs d’une Coupe du monde en tant que joueur puis sélectionneur.

"Sa longévité s’explique par ses résultats. On peut louer son pragmatisme, mais c’est aussi un grand compétiteur, qui déteste perdre et sait constituer une équipe. Il ne prend pas forcément les meilleurs joueurs à certains postes, mais ceux qui lui amèneront la meilleure efficacité. Olivier Giroud en est le parfait symbole", relève Emmanuel Petit, son ancien partenaire du milieu en sélection.

Deschamps
Deschamps © AFP

Même discours du côté de Christophe Jallet, sélectionné à 16 reprises chez les Bleus sous les ordres de Deschamps: "Même si tout n’est pas toujours parfait, comme partout, on ne peut pas lui enlever cette rage de vaincre. Il a tout gagné en tant que joueur et réussit également avec l’équipe de France. On ne peut que saluer son travail. Son bilan sportif est incroyable."

L’aventure pourrait bien se prolonger jusqu’à la Coupe du monde 2022 puisque Noël Le Graët, le patron de la FFF qui forme avec Deschamps un solide tandem, a annoncé samedi sur RMC Sport qu’il rencontrera son sélectionneur "durant la deuxième quinzaine de décembre" en vue d’une prolongation de contrat. En attendant, les Bleus ont une mission à remplir pour honorer comme il se doit le centenaire de leur coach: battre l’Albanie avec la manière pour faire oublier leur pâle copie rendue contre la Moldavie (2-1) et ainsi boucler les qualifications de l’Euro à la première place de leur groupe.

Rodolphe Ryo avec JBo, NP, JR et AC