RMC Sport

Euro 2022: où en est-on de la question des salaires entre joueurs et joueuses de l’équipe de France?

Si l’équipe de France de football féminine remporte l’Euro 2022, ses joueuses toucheront une prime de 60.000€. Un montant bien inférieur à celui des hommes s’ils avaient remporté l’Euro 2021. Pour autant, la Fédération Française de football prévoit de redistribuer 30% de la somme versée par l’UEFA aux joueuses et au staff, comme c’est le cas pour les garçons.

C’est une question qui est systématiquement abordée à l’approche d’une grande compétition. Combien le vainqueur va-t-il toucher? La réponse est d’autant plus scrutée lorsqu’il s’agit d’une compétition féminine, à l’instar de l’Euro 2022, qui débute ce mercredi en Angleterre. Les joueuses de Corinne Diacre, dont l’entrée en lice est prévue dimanche face à l’Italie, toucheront au maximum 60.000 euros par tête selon nos informations. Un montant bien inférieur à celui qu’aurait touché les coéquipiers de Kylian Mbappé si ces derniers étaient allés au bout de l’Euro l’année dernière (300.000 euros) mais aussi supérieur aux 24.000 euros précédement évoqués. Comment expliquer une telle différence?

Pour comprendre, il faut d'abord s’intéresser au statut des joueuses en sélection. Contrairement aux Américaines, qui ont obtenu l’égalité salariale il y a quelques mois, les coéquipières de Wendie Renard ne sont pas salariées au sein de la Fédération. Les joueuses sont liées avec des clubs privés et mises à la disposition de l’équipe de France pour les rencontres internationales. Elles touchent donc des primes de participation.

Un écart de dotation au niveau de l’UEFA

Il semble donc impossible, pour des questions de droit du travail, d’imposer un minimum salarial aux entreprises privées qui emploient les footballeuses et les rémunèrent en fonction des contrats de sponsoring, toujours inférieurs à ceux des équipes masculines. Les joueuses tricolores bénéficient également de primes versées par la FFF et leurs montants restent indexés sur la somme que touche l’instance pour une participation et leurs performances lors d’une compétition.

Les Bleues ont le même système de primes que leurs homologues masculins. C’est Noël Le Graët, président de la Fédération française de football, qui a voulu le mettre en place. Les primes de qualifications ont été négociées avant la compétition. 

Pour l’Euro féminin, l’UEFA verse 2,08 millions d’euros au vainqueur de la compétition, selon L’Équipe. Des dotations qui se basent sur les sponsoring, la billetterie et les droits TV. Une somme presque deux fois supérieure par rapport à l’édition 2017 mais moins importante que le vainqueur de l’Euro 2021 chez les garçons (28,5 millions d’euros). Dans le détail, chaque victoire en phase de groupe vaut 100.000 euros, et 50.000 euros pour un match nul. Chaque équipe qui se qualifie pour les quarts de finale recevra 205.000 euros supplémentaires, et 320.000 euros pour les quatre demi-finalistes. Le gagnant recevra 660.000 euros supplémentaires et le finaliste 420.000 euros.

Le principe d’équité appliqué par la FFF

En revanche, la Fédération Française de football applique la même règle pour son équipe masculine et féminine: reverser 30% des dotations de l’UEFA et des sponsors aux joueurs et joueuses, ainsi qu’aux staffs. La somme finale sera donc forcément différente étant donné que la fourchette n’est pas la même.

Fait inédit chez les féminines, l’UEFA a introduit le versement d’une prime aux clubs qui fournissent des joueuses alignées à l’Euro, pour un montant de 4,5 millions d’euros. Ce mécanisme de compensation existe chez les messieurs depuis 2008. Concrètement, chaque club recevra 500 euros par joueuse et par jour où elle sera mobilisée, y compris dix jours de préparation avant la compétition et un jour après pour le voyage retour, ce qui garantit au minimum 10.000 euros par joueuse pour chaque club.

Que font les autres sélections?

Du côté des États-Unis, les quadruple championnes du monde ont obtenu gain de cause dans leur quête d’égalité salariale avec l’équipe masculine, après de longs mois de négociations. Il y a quelques jours, la Fédération Espagnole annonçait, par la voix de son président Luis Rubiales, qu’elle verserait les mêmes montants, en termes de primes et de droits à l’image, aux équipes féminines et masculines.

En 2020, l’Angleterre et le Brésil avaient fait un premier pas vers l’égalité en touchant les mêmes sommes que l’équipe masculine. Les deux sélections avaient alors suivi la voie de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, les pionniers en la matière. La Norvège a également suivi le pas, malgré la colère d’Ada Hegerberg, qui avait décidé de se mettre en retrait de la sélection pour dénoncer les inégalités de traitement. La Ballon d’Or est revenue en sélection juste avant l’Euro, ajoutant qu’elle ne “regrette pas” sa précédente décision.

Analie Simon avec J.Re et A.R