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La MLS est-elle l’avenir du football ?

Steven Gerrard

Steven Gerrard - AFP

Depuis l’arrivée de David Beckham en 2007, le championnat américain est de plus en plus médiatisé. Si le soccer accueille de nombreuses stars européennes en fin de carrière, l’évolution de la formation et de la culture du jeu pourraient élever son niveau global et permettre à la MLS de prendre une toute autre envergure. RMC Sport fait le point sur ce championnat nord-américain qui a tout pour devenir le prochain Eldorado du foot mondial.

L’arrivée de Steven Gerrard, Frank Lampard et Andrea Pirlo en Major League Soccer fait beaucoup réagir les amateurs de football depuis plusieurs semaines. Ces trois légendes du ballon rond ont toutes justifié leurs choix par l’envie conjuguée de continuer à jouer au football et d’évoluer dans un nouveau cadre de vie. Si la MLS offre effectivement de belles opportunités pour les joueurs européens en fin de carrière, elle pourrait bien devenir une destination de choix pour les footballeurs d’ici quelques années.

L’éclosion du soccer via le foot féminin

Le football ou soccer au Etats-Unis, est apparu dans les années 1970 avec une loi « Title IX ». Votée en 1972, cette loi avait pour but de permettre l’éclosion des compétitions sportives féminines aux États-Unis, afin de lutter contre la discrimination sur la base du sexe dans les programmes d’éducation soutenus par l’Etat. Le football féminin se développe dans les années 80, avec l’émergence d’une équipe nationale en 1985. A partir de la fin des années 1990, le soccer compte un peu moins de 3 millions de joueuses. L’équipe nationale féminine, qui a remporté trois Coupes du monde (1991, 1999, 2015), occupe aujourd’hui la première place au classement FIFA.

Un niveau de jeu en constante progression

Invité de l’After Foot mercredi, le défenseur des New-York Red Bulls, Damien Perrinelle, a levé l’interrogation quant au niveau du championnat nord-américain : « Le niveau de la MLS se situe entre la deuxième partie de tableau de Ligue 1 et le haut de tableau de Ligue 2 ». Un niveau moyen toutefois relevé par les grandes franchises telles que le New-York Red Bulls ou le Los Angeles Galaxy. « Aujourd’hui, mon équipe des New-York Red Bulls bat n’importe quel équipe de Ligue 2 », souligne le Français. Encore en retard sur le plan tactique, la MLS compense par l’intensité physique de la saison qui se déroule de mars à décembre. Sur les mêmes bases que le calendrier de basket ou de baseball, les équipes s’affrontent par conférence avant les play-offs puis la finale. Un rythme plus soutenu qu’en Europe, comme l’a expliqué le joueur sur les ondes de RMC : « Physiquement, c'est assez éprouvant. J'ai dû faire 14 matches en huit semaines sur les deux derniers mois avec 6 heures d'avion quelques fois » raconte Perrinelle. Une bonne intensité, même pour les trentenaires que sont Gerrard et Lampard, loin des clichés décrits parfois dans les médias…

Des contrats et « salary cap » très spécifiques

Damien Perrinelle est catégorique : « le Rêve américain n’existe pas. Ici, tout ce que tu as, tu le mérites, tu vas le chercher. » Utopique donc, l’idée qui consiste à penser que les Etats-Unis offrent des contrats mirobolants au premier venu. Cependant, le joueur de New-York tempère : « On ne te donne rien mais en revanche, si tu prouves, tu auras en retour ». Chaque franchise de MLS compte entre 18 et 20 joueurs, parmi lesquels trois « Top Player » peuvent percevoir un salaire librement négocié avec leur équipe. (Gerrard, Lampard, Pirlo, Keane, Kaka, Vila…). Pour le reste de l’effectif, la masse salariale est gelée à 3 100 000 $, un joueur ne pouvant percevoir plus de 387 500 $ par an (environ 353 00 euros). Ce système de « Salary Cap » témoigne de différence de mentalité avec l’Europe. L’ancien joueur de Ligue 2, qui touche entre 130 000 et 150 000 dollars par an, se situe dans les salaires « moyen-bas » de la Ligue 2. Pas pauvre mais pas riche pour autant, surtout lorsque l’on joue à New-York, «le prix des loyers à New-York n'est pas le même qu'à Clermont ». Outre Atlantique, il existe deux types de contrats : « celui du contrat garanti comme en Europe. Tu as signé deux ans donc tu restes pendant deux ans et tu es payé pendant deux ans. Les autres contrats, on les appelle les semi-garantis, la franchise peut lever l'option, mais pas le joueur ». Une précarité qui optimise la performance, et qui rend indirectement le championnat plus compétitif.

Un partenariat entre la MLS et la FFF

S’il existe une inégalité salariale entre les « Top Player » et les autres, cette différence de salaire trouve une justification sur plan marketing : « On affiche ces stars en tête de gondole pour rendre ce championnat plus attractif pour attirer le public qui ne connaît pas très bien le soccer » reconnait Perrinelle. Des stars qui vendent des maillots et permettent à la MLS de mieux se faire connaître, mais aussi qui permettent de relever un peu plus le niveau de jeu. Pas suffisant cependant pour devenir une ligue majeure. Les Américains l’ont bien compris, et pour remédier à cela, la MLS a pris les devants. Sur RMC, Emmanuel, ancien salarié de l’Impact Montréal durant 3 saisons, réagit et confirme la tendance : « la formation est devenue primordiale. Chaque franchise de MLS a une équipe dans l'équivalent du National en France, la troisième division américaine ». Une formation qui se développe également grâce au partenariat passé avec la Fédération Française de Football.

« La MLS et la FFF ont passé un partenariat DTN sur la formation en concurrence avec la fédération allemande et espagnole » explique l’ancien commercial du club de Montréal. Un partenariat qui a permis à tous les responsables de centre de formation MLS d’être reçus à Clairefontaine en 2012, afin d'étudier les installations françaises. Un développement qui se traduit aujourd’hui par le recrutement de plusieurs formateurs européens en MLS. « Laurent Guyot (ancien entraîneur de Nantes et Boulogne) vient d'être nommé responsable du centre de formation de Toronto depuis le 1er juillet » explique l’auditeur. Pour rendre la ligue plus compétitive, les patrons de la MLS tentent depuis deux ans de rapatrier les meilleurs joueurs du pays sur le continent. C’est comme ça que Jermain Jones ou Clint Dempsey sont revenus jouer aux États-Unis. Après les stars, il se pourrait désormais que ce soit les coachs que la MLS tente de convaincre, pour devenir encore plus attrayante.

Une ambiance plus bon enfant qu’en Europe

Soyons franc, la ferveur de la MLS n’atteindra jamais celle de la Premier League. Pour autant, l’ambiance qui accompagne les matches du championnat nord-américain est de plus en plus populaire. « Il y a moins d’animosité entre supporters aux USA qu'en France. Il n'y a pas de haine entre supporters. Le climat est sympa. A Seattle, l'ambiance est exceptionnelle » confiait Damien Perrinelle. Il faut dire que, comme à Seattle, certaines franchises occupent les stades des équipes de Football américain. Des stades qui peuvent parfois dépasser les 50 000 places, où les joueurs ont du mal à s’entendre. Un véritable spectacle pour des spectateurs qui se respectent. Le récent derby de New-York n’a pas mobilisé autant de force de l’ordre qu’il en faut lorsque les Spurs et leurs fans débarquent à l’Emirates.

Pour les joueurs aussi ce climat est favorable. Si la ferveur d’Anfield n’accompagnera pas Gerrard à Los Angeles, elle laissera place à une tranquillité parfois appréciée. Lorsqu’ils jouaient encore en MLS, David Beckham allait à la plage en famille à Los Angeles, pendant que Thierry Henry empruntait en toute décontraction le métro New-Yorkais. Impensable en Europe. La MLS gagne pourtant en popularité, cinquième sport du pays, le Soccer serait même en passe de rattraper le Baseball… De quoi attirer un peu plus l’attention ?

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David Beckham

Omar Bendjador