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Tout comprendre de l'accord controversé de la Liga avec le fonds CVC, qui agace le Real et le Barça

TOUT COMPRENDRE - Les clubs espagnols ont entériné l'accord de vente de 10% du capital de LaLiga au fonds d'investissement CVC Capital Partners. Toutefois, quatre clubs réfractaires, dont le Barça et le Real Madrid, ne font pas partie de ce deal, qui pourrait avoir un lien avec la non-prolongation de Lionel Messi en Catalogne.

À quoi sert cet accord Liga-CVC?

LaLiga, la société qui gère le football professionnel espagnol, a décidé de vendre 10% de son capital au fonds d'investissement CVC Capital Partners. Montant de l'opération: 2,7 milliards d'euros. La gestion des droits TV reste sous la responsabilité de LaLiga.

En accueillant cet actionnaire minoritaire, LaLiga renfloue immédiatement ses caisses afin d'aider le football espagnol à affronter la crise économique causée par la pandémie de coronavirus. Il est prévu que 90% de ces 2,7 milliards d'euros soient redistribués aux clubs (masculins et féminins). En échange, CVC va profiter de 10% des bénéfices de LaLiga pendant 50 ans.

Le fonds d'investissement devrait donc (largement) récupérer sa mise en piochant notamment dans les droits TV. Si ceux-ci n'augmentent pas, les clubs vont donc recevoir moins d'argent de la part des diffuseurs.

Qu'est-ce que CVC?

Basé au Luxembourg, CVC Capital Partners revendique une gestion de 115 milliards de dollars d'actifs. Sa spécialité est le capital-investissement. Cela signifie que CVC injecte de l'argent dans des entreprises qui ne sont pas côtées en bourse. L'objectif est d'accélérer le développement de l'entreprise en question, puis de revendre les parts avec une plus-value.

Dans le sport, CVC aime investir dans les sociétés d'organisation des compétitions. Ce fut le cas avec les droits commerciaux de la Formule 1 en 2006. L'achat est estimé à un milliard de dollars environ. Ces droits ont été revendus en deux temps, d'abord en 2012, puis en 2016, pour plus de trois milliards de dollards.

CVC a aussi investi dans le volleyball et le rugby (avec la Premiership anglaise, le Pro14 qui regroupe des équipes galloises, irlandaises, italiennes, écossaises et sud-africaines et peut-être bientôt le Tournoi des VI nations). Dans le football, la Liga est une première. Mais la Serie A italienne a bien failli céder aux sirènes en premier: CVC, avec d'autres fonds d'investissements, étaient prêts à racheter la gestion des droits TV contre 1,7 milliard d'euros. Mais il n'y a finalement pas eu d'accord. Un intérêt pour la Ligue 1 avait également été évoqué en début d'année dans l'After Foot sur RMC.

Le Real et le Barça sont contre. Pourquoi?

Le FC Barcelone et le Real Madrid n'ont pas signé l'accord, tout comme l'Athletic Bilbao et le Real Oviedo. Conséquence principale: la redistribution des 2,7 milliards d'euros de CVC ne les concerne pas. Mais ces clubs ne seront pas touchés par une diminution de la part de leurs droits TV.

L'accord est jugé défavorable économiquement à long-terme par les deux mastodontes du football espagnol. "Cet accord, utilisant une structure trompeuse, exproprie les clubs de 10,95% de leurs droits audiovisuels pendant cinquante ans, et en contradiction avec la loi", a même fustigé le Real Madrid, dénonçant un "cadeau à des investisseurs".

L'affaire est aussi politique. Comment Florentino Pérez et Joan Laporta, présidents du Real Madrid et du FC Barcelone, peuvent-ils accepter l'argent de CVC, alors qu'ils continuent de clamer que leur projet de Super League représente la seule solution pour sauver le football?

Il y a-t-il un lien avec le transfert de Messi?

Cette question est légitime, car l'annonce de la non-prolongation du contrat de Lionel Messi au FC Barcelone (alors qu'un accord avait trouvé) est survenue au beau milieu de la polémique CVC.

Un dirigeant démissionnaire du Barça a fait le lien. Jaume Llopis a affirmé que le président madrilène Florentino Pérez avait convaincu son homologue catalan Joan Laporta de ne pas donner son aval à l'accord CVC, et par conséquent de renoncer à une prolongation de Lionel Messi. Le patron du Real Madrid a démenti toute influence.

Il n'empêche que la presse espagnole affirme que les clubs espagnols signataires de l'accord CVC-LaLiga vont pouvoir consacrer 15% de l'argent obtenu pour augmenter leur plafond salarial et donc d'inscrire de nouveaux joueurs pour le championnat. Or, le FC Barcelone, qui a refusé l'accord CVC, a officiellement expliqué être dans l'incapacité de faire homologuer un nouveau contrat de Lionel Messi.

Avec l'argent du jackpot à 2,7 milliards d'euros, l'Argentin aurait-il pu être enregistré? Difficile à dire, d'autant que le club a aussi recruté Memphis Depay, Sergio Agüero et Eric Garcia. Mais cela aurait sans aucun doute rendu l'opération moins impossible.

https://twitter.com/julien_absalon Julien Absalon Journaliste RMC Sport