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PSG: Tuchel, recrutement, joueurs... à qui la faute après l'humiliation à Lille?

Alors qu'il attend depuis deux matchs de valider son titre de champion de France, le PSG a pris une claque à Lille ce dimanche (5-1), en clôture de la 32e journée. Entre manque d'envie potentiel et groupe décimé par les blessures, les raisons de la déroute sont multiples.

Il n'était arrivé qu'une seule fois au PSG d'enchaîner deux matchs de suite sans victoire cette saison (matchs nuls à Bordeaux puis Strasbourg lors des 15e et 16e journées). Mais ce nul contre Strasbourg (2-2) dimanche dernier et cette lourde défaite à Lille (5-1) ce dimanche aboutissent à un constat bien plus sombre pour les Parisiens, qui auraient pu (et dû?) célébrer leur huitième sacre depuis une semaine.

Une impression de fatalité

Comment expliquer ces temps difficiles pour le club, pour qui tout semble facile sur le plan national depuis l'arrivée des Qataris? La malchance n'explique pas tout mais elle est indéniablement présente. Il suffit de prendre en compte ce match, pour lequel l'effectif est arrivé très amoindri avec un remplaçant de moins que Lille sur le banc. 

"Il fallait jouer avec Moussa Diaby, qui a fait seulement deux entraînements après sa blessure. Kehrer est malade et ne devrait pas être avec nous. C'est trop !", s'est emporté Thomas Tuchel en conférence de presse. Thiago Silva et Thomas Meunier, tous deux blessés lors de la première demi-heure, sont venus remplir une infirmerie déjà bien pleine, accueillant déjà Neymar, Edinson Cavani, Angel Di Maria, Marquinhos.

Un problème de préparation physique?

La faute à pas de chance... mais pas que. "Comment en es-tu arrivé là, à avoir autant de blessés?, s'interroge d'ailleurs notre consultant Daniel Riolo. Il y a un problème dans la préparation médicale? Il y a trop de gens qui gèrent des trucs. A chaque fois qu'on m'en parle, c'est pour me dire que cela ne va pas mais sans être capable d'expliquer pourquoi parce que c'est confus." Presque un symbole d'un arbre avec un tronc trop faible pour accueillir tant de branches.

Une ou deux blessures, cela arrive dans tous les clubs. Mais autant, au même moment, alors que le calendrier du PSG s'est largement allégé avec les éliminations en Ligue des champions et Coupe de la Ligue, c'est incompréhensible. Et là où, en Angleterre, l'infirmerie d'Arsenal s'était transformée en blague récurrente à la fin de l'ère Arsène Wenger, celle du club parisien n'est pas loin d'adopter le même statut en Ligue 1.

Un mercato raté et qui envenime tout

Thomas Tuchel n'a eu de cesse de répéter qu'il voulait plus de joueurs. Son attention s'était particulièrement portée sur le milieu de terrain, secteur dans lequel il avait fini par introniser Marquinhos. Par conviction certes, mais aussi par nécessité. "Tout le monde pense normal que Juan Bernat joue dans une défense à trois, à cinq, à gauche, à droite, en dix... mais ce n'est pas comme ça", se désole-t-il aujourd'hui.

Leandro Paredes a fini par arriver cet hiver. Mais... c'est tout. Le technicien allemand réclamait pourtant au moins deux recrues dans l'entrejeu. A cela s'ajoute d'amers constats: le groupe parisien est très restreint et nombreux sont les cadres qui n'ont pas de doublure. C'est par exemple le cas d'Edinson Cavani, même si Kylian Mbappé a fait le travail dans l'axe en son absence.

"On l'utilise trop !, estimait le week-end dernier Thomas Tuchel à propos de Mbappé. Tout le monde est surpris mais il a joué neuf matches d'affilée, avec toujours la responsabilité de marquer. Tout le monde est surpris mais vous devriez être surpris qu'il joue neuf fois d'affilée. On doit protéger les joueurs." Quant à d'autres, à l'instar de Bernat, Alves ou Meunier, ils enchaînent... les postes, sans toujours avoir les repères nécessaires. Ce qui peut engendrer des contre-performances, du stress et potentiellement une moins bonne gestion physique.

Des jeunes pas au point... ou pas dans les papiers de Tuchel?

"Ils doivent travailler, être patients. Mais je sais que quelquefois c’est très difficile pour les jeunes joueurs, confiait l'entraîneur en septembre dernier. Je leur ai dit que je sais que c’est très difficile dans un club comme le PSG d’être un jeune mais tu dois avoir la confiance, la qualité. Tu dois essayer d’être un joueur de ce club et ne pas partir trop tôt."

Etre patient en attendant un signal... qui n'est guère venu. Si Colin Dagba s'est finalement vu grimper dans lé hiérarchie avec l'étiquette de chouchou de Thomas Tuchel, et que Moussa Diaby a eu du temps de jeu, rares sont les jeunes du centre de formation à avoir eu cette chance. Il y a pourtant de la place sur le banc, d'autant plus avec cette avalanche de blessés. 

Antoine Bernède a fini par rejoindre Salzbourg en février, Yacine Adli a signé à Bordeaux en janvier, Stanley Nsoki ne joue plus et souhaite partir... Même Christopher Nkunku peine à avoir sa chance, y compris pour des affiches largement à la portée du PSG. A qui la faute? Après tout, c'est Thomas Tuchel qui inscrit le nom des joueurs sur les feuilles de matchs. 

Du relâchement après Manchester

Inévitablement, l'élimination en huitième de finale de Ligue des champions pèse dans les têtes. Si le club a rebondi à Dijon (4-0) six jours après le renversement de Manchester United, les prestations parisiennes sont moins flamboyantes. Ce fut le cas à Toulouse (1-0) et bien sûr contre Strasbourg (2-2) puis à Lille (5-1). Mais les victoires contre Nantes (3-0) et Marseille (3-1) avaient été scellées en supériorité numérique. Et sans feu d'artifice dans le jeu. 

"Relâchement, je ne pense pas parce qu'on a fait un très grand parcours en championnat, tempère pourtant Marco Verratti en zone mixte ce dimanche soir. On était venus ici pour être champions aujourd'hui. Cela n'est pas arrivé. On a joué contre une équipe qui a fait une très bonne saison. [...] Après le rouge et les blessures, c'était un peu difficile et comme je l'ai dit, on n'a pas été suffisamment intelligents pour comprendre que c'était déjà difficile... On devait être là pour essayer de ne pas prendre autant de buts."

Intelligence ou lucidité... la nuance est une affaire de capacité mentale de rester impliqué. Quand on se sait déjà champion et sans autre objectif qu'une finale de Coupe de France, l'affaire est peut-être plus délicate. Et les regards sont, même inconsciemment, déjà tournés vers la saison prochaine. C'est aussi le revers de l'obsession européenne.

A.Bo