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Thauvin, huit ans de montagnes russes à l'OM

Suspendu pour le déplacement à Metz lors de la 38e journée, Florian Thauvin disputera dimanche contre Angers son dernier match avec l’OM, avant de rejoindre André-Pierre Gignac au Mexique. A 28 ans, il referme le plus long chapitre de sa carrière. Le plus animé, aussi.

L’histoire se termine sur une note un brin amère, avec une saison 2019-2020 blanche en raison d’une vilaine blessure à une cheville, et un exercice 2020-2021 compliqué, aussi bien collectivement qu’individuellement, marqué par une valse des entraîneurs, et surtout l’absence totale de supporters. Mais l’histoire a été longue. Parfois belle, parfois compliquée, et toujours animée.

Une semaine après avoir officialisé son départ pour les Tigres de Monterrey (Mexique), Florian Thauvin s’apprête à disputer dimanche contre Angers son 281e et dernier match officiel sous le maillot de l’OM. Retour sur quelques épisodes marquants de ses huit années olympiennes.

Eté 2013: le transfert mouvementé

Il y a des joueurs qui arrivent à l’OM de manière relativement discrète. Et il y a Florian Thauvin. Tout juste auréolé du trophée de meilleur espoir de Ligue 1, le joueur de 20 ans doit quitter Bastia pour rejoindre Lille à l’été 2013. C’est du moins ce qu’indique le transfert conclu six mois plus tôt entre les deux clubs. Sauf que l’intéressé a changé d’avis. Marseille lui fait les yeux doux, il part au bras de fer avec le club nordiste. C’est le mythique épisode de "tonton Adil", le boucher devenu conseiller, des longues tractations, et puis enfin, de la signature à l’OM début septembre.

Coupe au gel avec un liseré peroxydé, diamant à chaque oreille, le vainqueur de la Coupe du monde U20 débarque dans la cité phocéenne avec une image brouillée. "C’est un rêve pour moi de rejoindre l’Olympique de Marseille, c’est mon club de coeur, je suis vraiment très fier", dit-il seulement. Sa première saison est intéressante (10 buts, 6 passes), mais la deuxième (2014-2015) est beaucoup plus douloureuse. Si l’OM brille sous les ordres de Marcelo Bielsa, Thauvin n’arrive pas à trouver sa place dans le système de jeu de l’Argentin, s’agace, se dispute en plein match avec Dimitri Payet. "J’ai eu du mal à digérer les efforts défensifs demandés, du coup offensivement je n’étais plus décisif", expliquera-t-il plus tard.

Florian Thauvin à ses débuts à l'OM en 2013
Florian Thauvin à ses débuts à l'OM en 2013 © AFP

Août 2015 : le départ forcé

16 août 2015. L’OM, encore groggy par le départ soudain de Marcelo Bielsa une semaine plus tôt, s’incline sur la pelouse de Reims (1-0) avec Franck Passi dans le rôle du pompier de service. A l’issue de la rencontre, le président Vincent Labrune s’entretient avec Thauvin sur le banc de touche du stade Auguste-Delaune: l’OM doit vendre, et le dirigeant annonce au jeune ailier son départ pour Newcastle, contre une somme d’environ 17 millions d’euros. Thauvin, qui voulait s’imposer en Provence, est sonné, déçu. Mais il ne fait pas de vague. L’histoire n’est de toute manière pas terminée, elle ne fait que commencer.

Janvier 2016 : le retour… et le rouge

Cinq mois plus tard, le temps d’avoir fait connaissance avec le coin des remplaçants du St James’ Park, et d’avoir été pris en grippe par les supporters des Magpies, Thauvin est rapatrié sur le Vieux-Port, d’abord sous la forme d’un prêt. Ce retour ne suscite pas un grand enthousiasme chez les amoureux de l’OM, d’autant que pour son premier match, le 2 février à Montpellier, le joueur – plein de fougue et d’envie – se fait expulser… dix minutes après son entrée en jeu. Florian Thauvin fait profil bas. Il semble alors au fond du trou.

Florian Thauvin expulsé contre Montpellier le 2 février 2016
Florian Thauvin expulsé contre Montpellier le 2 février 2016 © Icon Sport

Mars 2016 : une bouteille, un déclic

Une poignée de matchs plus tard, l’OM (hors du top 10) est plongé dans la crise, une crise comme lui seul a le secret. Face à Rennes, le Vélodrome crie sa colère, demande la tête de Michel – qu’il aura quelques semaines plus tard – ainsi que celle de Labrune, et chahute ses joueurs. Le long de la ligne de touche, Florian Thauvin reçoit une bouteille dans le dos. Une séquence loin d’être anecdotique.

"Je n’étais pas totalement libéré au Vélodrome, racontera-t-il a posteriori. Jusqu’à ce moment-là, jusqu’à ce qu’on me manque de respect. Je me suis dit que je ne pouvais plus me laisser marcher dessus, il fallait que je me lâche. J’étais tout en bas de l’échelle de toute façon, ça ne pouvait pas être pire. (…) Soit vous décidez de vous battre pour que ça fonctionne, soit vous baissez les bras. Moi je n’aime pas baisser les bras, c’est ma personnalité." Dans la foulée, l’ancien Espoir réalise sa spéciale, envoie une frappe enroulée du gauche dans la lucarne de Costil, et exprime sa rage devant le public. La machine est lancée.

2017-2018 : le chef d’oeuvre

Plus mûr, plus confiant, aussi, Thauvin montre enfin l’étendue de son talent lors de la saison 2016-2017, celle du rachat du club par Frank McCourt. Associé à Bafé Gomis en attaque, il signe une saison à 15 buts et 12 passes décisives, toutes compétitions confondues, et devient un élément majeur du vestiaire. On lui prête même l’ambition de faire une carrière à la Francesco Totti, de rester Marseillais à jamais. Publiquement, il reste assez mesuré. "Je ne suis pas un grand joueur, mais je travaille pour l’être", glisse-t-il alors. Avant de signer son chef d’œuvre la saison suivante.

En 2017-2018, l’ailier marche sur l’eau, et réalise le plus beau double-double de sa carrière: 26 buts, 17 passes. Son physique est au top, ses frappes du gauche sont aimantées par les filets adverses. "Je suis fier de mon parcours, je le dois aux personnes qui m’ont aidé et à moi-même, observe-t-il. Quand on tombe, on se relève, on se relève plus fort, et ça fait partie de ma vie." L’OM manque le podium en Ligue 1, mais il atteint la finale de la Ligue Europa au terme d’une magnifique épopée. Thauvin et ses partenaires ne seront pas sacrés. Il n’aura d’ailleurs plus l’occasion de débloquer son palmarès avec Marseille. Mais il est appelé par Didier Deschamps pour le Mondial 2018, et devient champion du monde. Un merveilleux lot de consolation.

Florian Thauvin avec la Coupe du monde au Vélodrome en août 2018
Florian Thauvin avec la Coupe du monde au Vélodrome en août 2018 © Icon Sport

2018-2021 : le début de la fin

Thauvin rentre de Russie avec un nouveau statut, mais garde les pieds sur terre. En 2018-2019, l’ailier apparaît un peu moins frais, un peu moins inspiré, mais il reste décisif, en témoigne son exercice à 18 buts et 9 passes décisives. Seulement, l’OM a de nouveau la tête à l’envers. Les résultats ne suivent pas, le public ne veut plus de Rudi Garcia, le club retombe dans ses travers. En janvier, après un nul contre Monaco (1-1), certains joueurs vont échanger avec les supporters au pied des virages, et Florian Thauvin manque de recevoir une bouteille de whisky sur la tête. Touché à la cheville au printemps, l’international se blesse pour de bon en juillet suivant lors d’un amical à Glasgow. Il doit passer par la case opération, et assiste de loin à la saison 2019-2020 réussie sous les ordres d’André Villas-Boas, celle qui permet à l’OM de retrouver, enfin, la Ligue des champions.

Cette C1, à laquelle il n’avait goûté qu’en 2013-2014, Thauvin voulait enfin y briller, pour marquer une progression dans sa carrière. Comme ses camarades, il traversera la campagne européenne comme une ombre, sans saisir sa chance. En parallèle, quelques dissensions claires apparaissent avec Dimitri Payet, et sa situation contractuelle fait couler de l’encre. Une prolongation est un temps évoquée, elle ne se concrétisera jamais. L’enfant d’Orléans est toujours là, sur son côté droit, mais on a parfois l’impression que sa tête est ailleurs. Comme si la flamme, après huit années éprouvantes, s’était éteinte. Dimanche, dans ce Vélodrome qui a longtemps été son jardin, Florian Thauvin aura une dernière occasion de la raviver.

https://twitter.com/clementchaillou Clément Chaillou Journaliste RMC Sport