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Violences entre supporters: les failles pouvant expliquer les débordements

Baisse des compétences, dialogue rompu depuis le covid, sanctions contre-productives… La flambée des violences entre supporters s’explique par plusieurs facteurs selon Pierre Barthélémy, avocat défendant une trentaine de groupe des supporters en France.

Le grand retour des supporters dans les stades devrait être une fête, mais cela vire à la grosse polémique. Cinq matchs ont été émaillés par des violences entre supporters. Ce fut notamment le cas mercredi lors de la 7e journée de Ligue 1 avant Montpellier-Bordeaux (3-3), puis lors d’Angers-OM (0-0). Les raisons sont nombreuses et l’une d’elles peut être la très longue attente des supporters, longuement privés de stades en raison de la crise sanitaire.

"On sort de 18 mois de huis clos et il y a une sorte de 'rattrapage' et de trop plein d’énergie pour le retour des supporters, explique Pierre Barthélémy, avocat défendant une trentaine de groupe des supporters en France, ce vendredi sur RMC. Les sociologues disent, par effet transversal, qu’il y a beaucoup de tensions après les confinements et le couvre-feu et ça s’exprime davantage dans l’action d’un match." Il liste plusieurs failles pouvant expliquer ces débordements.

Une perte de compétences sur la sécurité

"On a perdu beaucoup d’audit et de compétences pendant cette période, explique-t-il. Il y a eu un renouvellement des personnes en charge de la sécurité, des supporters ont perdu l’habitude d’organiser les déplacements. On a besoin de retrouver l’expérience et la compétence."

Des sanctions collectives contre-productives

Comme Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports, Pierre Barthélémy prône des sanctions individuelles. "Il ne faut pas davantage sanctionner, il faut mieux sanctionner, explique-t-il. Il faut arrêter les sanctions collectives qui écartent 30.000 personnes pour les agissements de 30."

Pour lui, sanctionner les clubs est inefficace. "On l’a vu sur la pyrotechnie, illustre-t-il. Avant le Covid, on a triplé le nombre de huis clos pour sanctionner l’usage de la pyrotechnie. Que s’est-il passé corrélativement? On a triplé le nombre d’engins pyrotechniques dans les stades. D’une part, c’est illégitime, et d’autre part, à partir du moment où il y a une sanction collective, au lieu de craquer 10 fumigènes, vous en craquez 300. Quand il y a une amende et une sanction individuelle, chacun mesure l’étendue de son comportement. Lorsque c’est une sanction collective, automatique et totale, il n’y a plus de limite dans les comportements."

Les stadiers très mal considérés

"Le rôle de stadier est très mal considéré et très mal payé, ajoute Pierre Barthélémy. Ce n’est pas un statut salarié classique. Ils manquent de moyens. Lorsqu’il faut aller se mettre en risque dans des incidents et qu’on est aussi mal considéré, il y a un vrai problème. Il y a aussi un problème de formation."

Des discussions brisées par le covid

La crise sanitaire a aussi mis à mal les efforts fournis entre 2016 et 2019. "Tous les dialogues qui avaient été menés avaient permis de réduire ce nombre d’incidents et le nombre d’interdictions de déplacement et de fermetures des tribunes, rappelle Barthélémy. C’est une dynamique intéressante. Dans toutes les réactions aux ministères des Sports et de l’Intérieur, ou à la Ligue, ils disent qu’il faut continuer de dialoguer et trouver des bonnes solutions. Tout le monde sait que le dialogue mené pendant trois ans a porté ses fruits. C’est le meilleur outil de prévention et de solution face à ces incidents."

NC