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Super League: Pérez, Agnelli, Glazer... les fossoyeurs de la Ligue des champions

Dans la nuit de dimanche à lundi, douze clubs ont officialisé leur participation à une future Super League qui viendrait concurrencer frontalement la Ligue des champions. Un coup de poignard dans le dos de l'UEFA, fomenté par trois dirigeants de clubs: Florentino Pérez (Real Madrid), Andrea Agnelli (Juventus) et Joel Glazer (Manchester United).

· Florentino Pérez, le fer de lance

Si le projet de Super League a été annoncé en grande pompe par douze des plus grands clubs européens dans la nuit de dimanche à lundi, c'est en partie car l'UEFA s'apprêtait à officialiser une réforme de la Ligue des champions à partir de la saison 2024-2025. Mais ce timing s'explique également par la réélection récente au poste de président du Real Madrid de Florentino Pérez.

Premier président de l'association "The Super League", Pérez attendait donc avant de se lancer dans le grand bain. Mais le fait est que le dirigeant du Real était prêt depuis plusieurs années et attendait avec impatience ce moment. Dans le communiqué d'officialisation du projet, Pérez annonce vouloir "aider le football à tous les niveaux pour l'amener à occuper la place qu'il mérite. Le football est le seul sport global et le seul à compter 4 milliards de fans et notre responsabilité, en tant que grands clubs, est de satisfaire les attentes des supporters."

Pérez est en fait le fer de lance du projet de Super League. Totalement convaincu par l'idée, le président du Real négocie en coulisses depuis de nombreuses années pour tenter de matérialiser cette idée de compétition. Comme l'ont révélé les Football Leaks en novembre 2018, Pérez avait reçu cette même année une première ébauche de projet de Super League, avec 11 clubs fondateurs et 5 équipes invitées pour un début de compétition en 2021.

En décembre 2019, le New York Times évoquait déjà les velléités sécessionistes du dirigeant espagnol: "Au cœur du projet de Pérez se trouve son désir de longue date de voir les plus grands clubs européens, comme le sien, être détachés de leurs ligues nationales pour former une compétition d'élite à l'échelle européenne, qui se déroulerait toute une saison." Finalement, Pérez souhaite tout de même que le Real continue de jouer en Liga. La question est dorénavant de savoir si le club aux 13 Ligues des champions se fera exclure de son championnat domestique.

· Andrea Agnelli, l'infiltré

C'est un scénario à la Game of Thrones. Andrea Agnelli, président de la Juventus, joue depuis le début un double jeu. Membre du comité exécutif de l'UEFA, président de l'Association européenne des clubs (ECA), Agnelli a finalement fait faux bond à l'instance qui dirige le football européen. Un coup de poignard dans le dos d'Aleksandr Ceferin, président de l'UEFA et parrain de sa fille.

"Nous nous sommes réunis en ce moment décisif, pour permettre à la compétition européenne de se transformer ; en installant ce sport que nous aimons sur des bases durables ; en augmentant considérablement la solidarité et en proposant aux supporters et aux amateurs des matchs de très grande qualité, ce qui alimentera leur passion pour le football", écrit Agnelli dans le communiqué qui officialise la Super League.

Pourtant, Agnelli annonçait en janvier 2021 au Times que le projet de Super League était une "rumeur". En février 2019, Ceferin allait plus loin: "Tant qu'Andrea Agnelli et moi serons à la tête de nos organisations respectives (Ceferin à l'UEFA, Agnelli à l'ECA, ndlr), il n'y aura pas de Super League. Ce n'est pas une promesse, c'est un fait."

Des propos qui semblent dorénavant lointains. Un temps proches, Ceferin et Agnelli entretiennent un conflit larvé depuis de longs mois. Qui aboutit donc à ce retournement de veste de la part du dirigeant de la Juventus, alors qu'il devait valider la réforme de la C1 ce lundi lors de la réunion du comité exécutif de l'UEFA. Agnelli s'est d'ailleurs empressé, après l'annonce dans la nuit de dimanche à lundi, de quitter ses fonctions à l'UEFA et à l'ECA, pour devenir vice-président de la Super League.

· Joel et Avram Glazer, les soutiens discrets

Le co-président de Manchester United n'est pas le plus connu des dirigeants de club européen. Mais Joel Glazer a également joué un rôle prépondérant en coulisses dans l'élaboration de la Super League. Membre de la famille Glazer, qui a repris Manchester United en 2005, le milliardaire dirige les Red Devils avec son frère Avram Glazer. Mais c'est bel et bien Joel Glazer qui a été nommé vice-président de la Super League avec Agnelli.

"En réunissant les plus grands clubs et les plus grands joueurs du monde pour qu'ils s'affrontent tout au long de la saison, la Super League ouvre un nouveau chapitre du football européen, qui garantira une compétition et des stades de niveau mondial et un soutien financier accru pour la pyramide du football dans son ensemble", indique Joe Glazer dans le communiqué publié par la Super League.

Homme d'affaires américain, Glazer est également le propriétaire de l'équipe des Buccaneers de Tampa Bay en NFL. Le format de ligue fermée de la compétition de football américain a achevé de convaincre le co-président de Manchester United de l'intérêt d'adapter ce modèle au football européen. Car les propriétaires américains de clubs de football en Europe saisissent mal la façon dont se déroule l'historique Ligue des champions qui pourrait, selon eux, être bien plus lucrative organisée autrement.

En coulisses, Joel Glazer a donc appuyé discrètement le projet porté par Florentino Pérez. Celui qui s'était fait remarquer en proposant de réformer la Premier League avec le projet Big Picture en octobre dernier, a cette fois parfaitement manœuvré dans l'ombre, pour devenir vice-président de la Super League, une compétition qui pourrait révolutionner le monde du football.

dossier :

La Super League

Denis Ménétrier