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Thuram : "L’Histoire retiendra Thierry Henry"

Lilian Thuram et Thierry Henry

Lilian Thuram et Thierry Henry - AFP

EXCLU RMC SPORT - Avant de soulever la Coupe du monde avec lui et de recroiser sa route sous le maillot de Barcelone, Lilian Thuram avait couvé les débuts à Monaco du jeune Thierry Henry. Alors que ce dernier vient de tirer sa révérence à 37 ans, le recordman de sélections en équipe de France (142) rend un hommage appuyé au meilleur buteur de l’histoire des Bleus.

Lilian, que vous inspire la retraite de Thierry Henry ?

Quand on joueur prend sa retraite, on balaie toute sa carrière et on se rend compte que c’est extraordinaire. J’ai un rapport particulier avec lui parce que je l’ai connu très jeune à Monaco. Son père était venu le jour de sa signature et il m’avait dit : « Il faut prendre soin de mon fils. » J’ai donc regardé tout son parcours et je l’ai vu grandir.

Thierry a souvent dit que vous aviez été déterminant au début de sa carrière, notamment en le bougeant à l’entraînement…

C’est le rôle des plus âgés. Quand vous êtes jeune, vous ne vous rendez pas forcément compte à quel point vous êtes capable de choses extraordinaires. Il faut donc rappeler aux jeunes qu’il faut travailler pour réussir. Je suis très fier parce que Thierry avait une grande qualité d’écoute. C’est quelqu’un d’extrêmement intelligent et c’est pour ça qu’il a réussi une carrière aussi prestigieuse. On parle d’un joueur qui s’arrête à 37 ans. Un attaquant qui reste performant jusqu’à cet âge, cela signifie qu’il a une grande capacité à se remettre en question.

Retiendrez-vous un moment particulier ?

C’est le match durant lequel il marque le but qui en fait le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France (en 2007 contre la Lituanie à Nantes, ndlr). Je me souviens que j’étais sur le terrain. J’avais fait une petite galipette et j’avais eu une petite larme parce que ça me renvoyait une nouvelle fois à l’AS Monaco. Je me disais que c’était incroyable et j’étais extrêmement fier de ce qu’il était devenu parce qu’il le méritait bien.

A l’époque où vous l’avez connu, déceliez-vous déjà le grand attaquant qu’il allait devenir ?

On décelait surtout quelqu’un qui avait une grande volonté. Il courrait extrêmement vite et marquait beaucoup de buts dans les championnats de jeunes. C’est toujours compliqué de savoir ce qu’un jeune joueur va devenir mais il avait déjà une vraie volonté de s’imposer.

« Sa main contre l’Irlande ? Une ampleur injuste »

La Fédération doit-elle lui rendre hommage ?

Il faut toujours rendre hommage aux gens qui ont fait des choses importantes. Cela envoie un message à la société, qui est de prendre en exemple ces personnes parce qu’elles ont réalisé des performances au-dessus de la moyenne. Je pense qu’on ne tire pas suffisamment avantage du parcours de certaines personnes.

Malgré son immense carrière, on a l’impression que Thierry Henry ne fait pas totalement l’unanimité en France, notamment en raison des épisodes de sa main contre l’Irlande et Knysna. Il semble davantage considéré en Angleterre...

Je ne suis pas d’accord sur le fait qu’il n’est pas reconnu en France. Quand je parle de foot avec quelqu’un, il sait très bien qui est Thierry Henry et il reconnait sa valeur en tant que joueur. Après, il y a une différence par rapport à son image médiatique. Un déséquilibre s’est créé entre ce qu’il s’est passé, c’est-à-dire sa main, qui est un fait de jeu comme celle de Maradona en 1986, et l’ampleur incroyable et injuste que cela a pris. Après, qu’il y ait une différence entre l’Angleterre et la France, c’est tout simplement parce que Thierry Henry a atteint son sommet avec Arsenal (dont il est le meilleur buteur dans l’histoire avec 226 réalisations, ndlr).

Selon vous, où se place Thierry Henry dans le panthéon du football français ?

Je n’aime pas faire des hiérarchies entre les joueurs de foot parce que ce ne sont pas les mêmes époques. Et pour juger un joueur, il faut aussi voir ceux qui l’entouraient. Mais ce qui est sûr, c’est que l’Histoire retiendra Thierry Henry. Tout d’abord parce que c’est le meilleur buteur de tous les temps en équipe de France (51 buts, ndlr) mais aussi au niveau de son attitude. C’est très facile de joueur au foot trois, quatre ou cinq ans. Mais pour gagner la Coupe du monde très jeune (20 ans, ndlr) et continuer à progresser pour arriver au firmament du football, il faut être extrêmement équilibré et intelligent.

la rédaction avec Luis Attaque