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Affaire Agnel: "Des hommes de 24 ans avec des jeunes filles de 13 ans, c'est interdit", rappelle Abitbol

En janvier 2020, Sarah Abitbol dénonçait l'omerta du milieu du patinage artistique en accusant de viols son ancien entraîneur, pointant du doigt aussi la fédération française. Depuis, l'ancienne médaillée olympique continue de mener son combat pour la protection des mineurs dans le sport. Alors que l'affaire Yannick Agnel secoue ces derniers jours le monde de la natation, elle rappelle pour RMC Sport tout le travail de prévention à effectuer.

Médaillée de bronze aux Mondiaux 2000 et dix fois championne de France de patinage artistique, Sarah Abitbol dénonçait en janvier 2020 l'omerta du monde du patinage artistique. Dans un livre intitulé "Un si long silence", l'athlète accusait son ancien entraîneur d'avoir commis des viols à son encontre au début des années 1990. Un an après les révélations, Gilles Beyer était mis en examen pour les faits reprochés.

"Les victimes sont restées longtemps dans le silence, par culpabilité et par honte"

Le dernier scandale dans le monde du sport concerne Yannick Agnel, double champion olympique de natation, qui a été mis en examen samedi dernier pour viol et agression sexuelle sur mineure. "Est-ce que je suis étonnée? Depuis mon témoignage en 2019, il y a beaucoup de victimes qui appellent le ministère des Sports pour expliquer ce qui leur arrive. Donc c'est triste et c'est malheureux. Tout ce que je peux dire, c'est que nous les victimes, on ne se taira plus, confie Sarah Abitbol à RMC Sport. On est restés longtemps dans le silence, par culpabilité et par honte. La parole libère la parole. Mon témoignage a aidé d'autres victimes. On ne veut plus que ça arrive."

Après les révélations de Sarah Abitbol, le ministère des Sports a pris des dispositions, avec notamment un référent éthique nommé dans chaque fédération. "Il y a plus de 40 ans d'omerta donc il faut du temps pour régler ces choses-là, estime Abitbol. C'est triste de voir tous ces dégâts, mais il faut avancer. Il y a toujours des choses à faire, que ce soit pour les fédérations ou les clubs. On progresse dans tous les domaines mais le risque zéro n'existe pas. J'incite les victimes à sortir du silence, que ce soit 10 ou 20 ans après les faits. C'est une thérapie qui peut être très longue."

Des propositions pour lutter contre les abus

Pour l'affaire Yannick Agnel, la Fédération française de natation a déjà annoncé qu'elle se constituera partie civile. Le nageur a reconnu lui "la matérialité des faits", mais "n'avait pas le sentiment de contrainte", selon des propos rapportés par la procureure. "Des hommes de 24 ans avec des jeunes filles de 13 ans, c'est interdit, rappelle Abitbol. Dans le sport en général, il y a un rapport corps-mouvement et entraîneur. Il ne faut pas que ça soit mal interprété. Il faut bien expliquer aux enfants, dès le plus jeune âge, qu'un adulte n'a pas le droit de toucher un enfant. C'est ce que j'ai fait avec ma fille même si j'ai eu du mal à lui parler de mon histoire. Je suis dans un combat, j'essaie d'aider pour la prévention. Je pense qu'on pourrait mettre en place un système de double-entraîneur avec un homme et une femme. Cela coûte de l'argent, mais la prévention et nos enfants, ça n'a pas de prix."

Depuis l'affaire Abitbol, le ministère des Sports a mis en place le contrôle d'honorabilité pour contrôler les casiers et les données sur les encadrants dans le milieu sportif. Depuis septembre, après que toutes les fédérations se sont engagées dans ce projet, 30% des bénévoles ont déjà été référencés.

"J'aimerais mettre en avant aussi un bouton de prévention, relié à notre téléphone, qui déclencherait un message d'urgence. En appuyant longtemps sur ce bouton, la conversation pourrait aussi être enregistrée. Cela s'appelle Mon shérif, propose aussi Sarah Abitbol. Si les parents ont peur de mettre leur enfant dans le sport, je les invite à avoir ce système. La honte et la peur doivent changer de camp, il faut que les victimes puissent parler."

GL avec Sarah Griffon