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Coupe du monde: Eddie Jones voit des espions néo-zélandais

Le sélectionneur anglais, Eddie Jones, s’est amusé à mettre toute la pression sur la Nouvelle-Zélande avant la demi-finale samedi à Yokohama (10h), débusquant même un espion all black dans un appartement au-dessus du terrain d’entraînement du XV de la Rose.

Le numéro de duettistes de Joe Marler et Dan Coles est parfaitement rôdé. Aussi rigolos qu’ils soient, les deux mastards n’arrivent pas à la cheville du one man show d’Eddie Jones, passé au grill de la presse quelques minutes avant eux. On se demande comment Owen Farrell et John Mitchell, entraîneur de la défense, réquisitionnés aux côtés du sélectionneur vivent le spectacle, oubliés par les journalistes. Dans une salle du Hilton Bay du Disneyland de Tokyo, Eddie Jones a prouvé une nouvelle fois qu’il n’était pas un Mickey, plutôt un Picsou avec un solide plan pour devenir champion du monde dans 12 jours.

Son cerveau flaire tous les pièges et ses réponses filent en évitant les mines. Brillant. Son plan du jour était simple comme tout: mettre la pression sur la Nouvelle-Zélande, avant la demi-finale de la Coupe du monde samedi (10h) à Yokohama, faisant passer l’Angleterre pour un Bambi face aux génies sortis de la lampe All Black: "Nous n’avons aucune pression. Levez la main ceux qui pensent que nous allons gagner! Ok. Personne. Personne ne pense que nous allons gagner. Il y a 120 millions de Japonais derrière la Nouvelle-Zélande. Les All Blacks sont leur deuxième équipe. Il n’y a pas de pression sur nous. La Nouvelle-Zélande vise un troisième titre mondial. C’est eux qui ont la pression. Je pense que l’homme le plus occupé de la semaine à Tokyo est le préparateur mental des All Blacks. Ils disent que la pression coule sur eux mais c’est la pression qui va les sortir."

Jones en Jafar

Le matin, sous la pluie et les rafales de vent du finissant typhon Neoguri, Jones a travaillé comme en situation de match. A entendre les annonces entre joueurs, ça avait l’air sérieux. Au milieu de la répétition, Jones et ses adjoints ont repéré un téléobjectif dans les appartements de cette banlieue résidentielle de Tokyo: "Il y avait quelqu’un qui filmait l’entraînement depuis un appartement, a lâché le coach. C’était peut-être un fan japonais." Ou quelqu’un du staff néo-zélandais mais s’il n’a pas prononcé ce mot, il le pensait très fort et tout le monde l’a interprété comme tel. Jones a avoué qu’il avait déjà espionné ses adversaires en 2001 avant d’arrêter: "On ne le fait pas car tu sais tout. Tu vois tout sur Youtube ou ailleurs. Il n’y a pas de valeur à faire ça. Absolument zéro. Comme agents de sécurité on a le prince Harry et l’ancien Premier Ministre qui sont ici." 

Fin stratège, Jones avait envisagé et préparé ce rendez-vous avec la Nouvelle-Zélande depuis deux ans et demi et le tirage au sort effectué à Kyoto: "Ce jour-là on avait fait un calcul simple, qu’on allait prendre la Nouvelle-Zélande en demi-finale. Depuis ce jour, progressivement on a construit un jeu pour attaquer la Nouvelle-Zélande. On est vraiment excité d’avoir cette possibilité (de les battre). Mes joueurs les ont affrontés avec les Lions Britanniques. Ils saignent, ils perdent des ballons et ratent des placages comme n’importe quel joueur." Petit tacle aux journalistes néo-zélandais "qui adorent les claviers", les entreprises de déstabilisation. Le monde entier, sauf les arbitres des demies, "excellents", est passé pour un chasseur de faons aux yeux de Jones.

Clin d’œil à la situation du jour au Japon, il a salué l’intronisation du nouvel empereur Naruhito avant d’ajouter: "C’est un changement dans l’histoire, un changement dans l’histoire du Japon. Nous allons avoir un changement dans l’histoire de la Coupe du monde de rugby. C’est une jolie symétrie. Je crois dans les présages." On lui demande si par là il entend que les All Blacks sont les empereurs du rugby et qu’il aimerait du changement? Ça fuse: "C’est vous qui le dites, c’est une bonne phrase, je vous la prends." Eddie Jones c'est un gentil Jafar, un vizir qui veut prendre la place du Sultan.

Morgan Maury à Tokyo