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"On pourrait le comparer à Messi": comment Dupont est vu par ses prédécesseurs du XV de France

Il est devenu quasiment à lui seul le visage de cette équipe de France à nouveau enthousiasmante. Depuis ses débuts, Antoine Dupont fait parler de lui, avec tous les superlatifs possibles. Ses qualités, sa progression, son statut à l’internationale et les progrès qu’il pourrait faire, nous avons interrogé quatre anciens demis de mêlée des Bleus pour connaître leur avis avant Italie-France, ce samedi (15h15), dans le Tournoi des Six Nations.

On en oublierait presque qu’à 24 ans, il va jouer cet hiver son cinquième Tournoi des Six Nations. Le premier, c'était déjà à Rome, en mars 2017, là où il va entamer une nouvelle campagne avec les Bleus ce samedi. Si l’édition de 2018 avait été tronquée pour lui, victime d’une grave entorse du genou, Antoine Dupont commence tout de même à avoir une sacrée expérience au niveau international. En faisant parler de lui… Si les superlatifs à son sujet ne manquent pas, nous avons voulu expliquer le phénomène. Et qui de mieux placé pour décortiquer que ses aînés au poste de demi de mêlée du XV de France ? Pierre Berbizier, Guy Accoceberry, Jean-Baptiste Elissalde et Frédéric Michalak, quatre générations d’internationaux, pour vous livrer les clefs de la trajectoire du Toulousain.

Ses qualités

"Antoine, c’est un physique exceptionnel. Il le prouve à chaque rencontre. De par ses changements d’appuis, sa vitesse de course, son impact, sa défense. Tout ce qui touche au physique il est hors-norme à son poste". Guy Accoceberry, 19 sélections et une Coupe du monde (1995) sous le maillot de l’équipe de France, a les yeux qui brillent à l’évocation d’Antoine Dupont. Et pour le vainqueur de la tournée en Nouvelle-Zélande (1994), il se démarque des autres demis de mêlée, en balayant totalement les standards du poste. "Il a cette capacité de finir les actions, ajoute-t-il. Comme un trois-quarts aile, mais dans son registre de neuf. Les demis de mêlée ont un jeu latéral, qui balaie les actions. Lui, il peut intervenir sur la réception de la dernière passe, parfois à 25 ou 40 mètres de la ligne, sur son soutien axial. Et derrière, sur sa vitesse, il est capable de finir une action comme le meilleur ailier du monde."

Jean-Baptiste Elissalde, 35 sélections et titulaire lors de la Coupe du monde en France en 2007, verse dans le dithyrambique côté attaque… "Il a des supers pouvoirs. On pourrait, sans lui envoyer trop de fleurs, le comparer à Messi ou Maradona. Il est décisif à n’importe quel moment. Il bonifie les joueurs autour de lui. Il a de la vitesse, des appuis et une facilité à s’enrouler autour des défenseurs pour faire jouer derrière lui quand il prend des espaces". Il pense aussi qu’on pourrait le faire jouer à l’aile ou à n’importe quel poste derrière, sans problème. Ce qui fait dire à Pierre Berbizier, à la fois ancien international et ancien sélectionneur de l’équipe de France, qu’il "fait penser à Kolbe": "Un joueur exceptionnel qui, sur une fulgurance, peut faire la différence pour son équipe".

Son évolution

Depuis plusieurs mois, Antoine Dupont a clairement évolué sur un secteur : le jeu au pied. Et selon Elissalde, le projet de jeu de l’équipe de France l’a aidé dans ce sens. "On le met dans de bonnes conditions pour avoir un bon jeu au pied. Cette équipe essaye de trouver des zones du terrain pour permettre à son demi de mêlée d’avoir de bons angles. Et que ce soit sur des ballons hauts ou des ballons lents de dégagement, Antoine a beaucoup travaillé là-dessus. Il a un très bon pied droit, que ce soit en longueur ou même en précision quand il tape dans la boîte et c’était peut-être un de ses points, entre guillemets, faibles avant. Mais depuis une saison et demie, que ce soit à Toulouse ou en Bleu, il a vraiment progressé à ce niveau-là".

Cela n’avait pas échappé au recordman de points chez les Bleus. Idole de Dupont durant son enfance, Frédéric Michalak, demi de mêlée de formation, 77 sélections et trois Coupes du monde (2003, 2007, 2015) à son actif, a trouvé des réponses sur ce cas précis : "Il a progressé sur ses sorties de camp, sa capacité à avoir un jeu au pied long, ce qui était pour moi une question. Il l’a très bien réalisé. Avec le calme et la patience pour bien se protéger, mais en plus il a trouvé les touches". Son évolution ne faisait pourtant pas de doute aux yeux de Pierre Berbizier: "Il a la bonne démarche, il a beaucoup d’humilité. Il observe beaucoup, il écoute beaucoup. Ce sont les premières qualités pour comprendre son équipe et l’équipe adverse, en tant que stratège".

Ses axes de progression

Peu de points faibles apparaissent aux yeux de ces anciens joueurs de l’équipe de France. Accoceberry aimerait toutefois voir Antoine Dupont plus coquin, plus canaille encore sur le terrain. "C’est vrai qu’il a ce côté introverti. On le voit sur le terrain, il ne parle jamais à l’adversaire, un peu à ses coéquipiers. Moi, ce que j’aime bien chez un neuf, c’est une présence. Ce que Baptiste Serin fait très bien de son côté, capable de brancher l’adversaire. Gentiment, hein ! D’avoir le petit mot pour les coéquipiers, faire un petit clin d’œil à l’arbitre… Tout ça, ça fait partie du bagage du neuf. Et il peut se le permettre ! Voilà, s’il y a un reproche à lui faire c’est celui-là, mais ça reste dérisoire".

Tous éblouis par ses fulgurances, ils attendent de le voir quand son équipe sera dans la difficulté. "La plus grosse progression qu’il va avoir, et je l’espère pour lui, pour l’équipe de France et pour Toulouse, c’est quand son équipe sera sous pression, ajoute Elissalde. Comment il va arriver à ralentir le jeu, quand son équipe sera en difficulté, à ne pas s’emballer. A ne pas rajouter du désordre quand il y en aura. Et je pense que l’expérience, les matchs internationaux, les matchs de phases finales qui se joueront sur beaucoup de détails, vont lui être bénéfiques. Aujourd’hui, tout lui sourit, il a la chance, que ce soit avec l’équipe de France ou le Stade Toulousain, d’être dans des équipes qui sont dominantes. Il faut attendre de le voir dans une équipe qui sera dominée, s’il arrive à remettre de l’ordre et l’équipe dans le bon rail stratégiquement parlant."

A la table des plus grands ?

En peu de temps, bien aidé par ses coups d’éclats, ses essais en bleu, et ceux auxquels il a grandement contribué, l’aura d’Antoine Dupont a fait le tour de la planète. Où on aime établir une hiérarchie des meilleurs demis de mêlée au monde. Aaron Smith, Ben Youngs, Connor Murray… et Dupont ? "Il ne faut surtout pas faire de comparaison, dit Michalak. Quand j’étais jeune, on aimait bien me comparer. Antoine est en train de prouver qu’il a son style de jeu, qu’il a des facultés que d’autres n’ont pas… Mais bon une carrière, c’est long (sourire). Il faut performer toute l’année, chaque fois qu’on a besoin de toi. Il aura des petits coups de mou. Pour autant, il peut viser le niveau des meilleurs, comme Aaron Smith par exemple."

Aurait-il sa place chez les All Blacks ? Chez les Anglais ? Les Irlandais ? Pour Elissalde, la question est aussi complexe que la réponse… limpide. "Un demi de mêlée correspond à un système, est dépendant de ce qu’il se passe avant lui. De ses avants, s’ils sont conquérants ou pas. Aaron Smith joue dans un fauteuil, avec son rôle bien à lui d’éjecteur. Connor Murray, même s’il est un peu vieillissant, est très bon dans le système irlandais. Mais aujourd’hui, je pense qu’Antoine est dans les trois meilleurs demis de mêlée au monde. Et beaucoup de nations nous l’envient. Il a toutes les qualités requises pour pouvoir jouer et en Irlande, et en Nouvelle Zélande et évidemment en France". Et, réjouissons-nous, avec déjà 27 sélections, pour encore pas mal d’années.

Wilfried Templier (Avec NP)