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Top 14 : Toulouse, le déclin jusqu’à quand ?

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Seulement onzième avant la réception du Stade Français ce samedi (20h45) à l’occasion de la 6e journée du Top 14, le Stade Toulousain a besoin d’une victoire pour éloigner la crise. Et surtout enrayer un déclin entamé depuis plusieurs saisons.

Eternelle question... Le Stade Toulousain est-il rentré dans le rang ? N’est-il plus que l’ombre du fleuron du rugby français qui cannibalisait les titres ces vingt dernières années ? Le dernier Bouclier de Brennus remontant à 2012, la dernière finale de Top 14 aussi, se pose maintenant l’idée d’un déclin du club la plus titré de France, avec ses 19 Boucliers.

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Car sous l’ère Guy Novès, neuf titres de champion de France et quatre Coupes d’Europe font de vous un champion une année sur deux en moyenne. De quoi vous construire un palmarès mais aussi une aura. Une machine à gagner qui tousse depuis plusieurs saisons. Deux échecs en barrages sur les trois dernières années, là où Toulouse avait enchaîné vingt demi-finales consécutives. Le déclin a d’ailleurs accompagné la fin de l’ère Novès. Le temps et l’usure avaient entamé la toute-puissance du manager à succès, devenu icone toulousaine, mais en fin de cycle en son royaume.

Mola : « On verra si les grands argentiers du rugby sont prêts à cracher pendant vingt ans »

Et la gestion de sa succession, qui arrivait après le départ vers l’équipe de France de l’entraîneur des avants Yannick Bru, a été marquée par des erreurs de recrutement, un jeu moins étincelant, un public moins nombreux et par ricochet, des finances mises à mal.

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« A chaque changement de génération, on est passés par ces moments-là, rappelle l’entraîneur Ugo Mola. Vingt ans de succès à ce niveau-là c'est inégalé, voire inégalable. On verra si les grands argentiers du rugby sont prêts à cracher pendant vingt ans pour avoir des titres. Le Stade Toulousain doit retrouver un mode de fonctionnement qui sera celui des années 2016 et plus, et pas celui du passé parce que celui-ci, on n'y peut plus rien. Je suis désolé de vous le rappeler, mais le passé, on n’y peut plus rien. »

Une affluence en baisse

Les résultats déjà évoqués, l’affluence est à souligner : privé de l’utilisation du Stadium Municipal pendant trois ans pour cause de rénovation en vue de l’Euro 2016 (400 000 euros de bénéfices par match), les dirigeants toulousains ont dû subir une baisse de la fréquentation d’Ernest-Wallon. Et depuis le début de saison, les venues de Montpellier et l’Union Bordeaux-Bègles ont attiré respectivement 12 400 et 12 356 spectateurs. Une misère. Heureusement, la réception de Toulon a fait monter le chiffre à 18 839.

Mais la moyenne sur ces matchs, face à des clubs que l’on peut classer « de premier plan », est donc de 14 531 spectateurs. Et chaque année, cette affluence semble baisser : 20 949 en 2011-2012, 19 519 en 2012-2013, 16 355 en 2013-2014, et 16 113 en 2014-2015.

Des finances dans le rouge

Malgré un sursaut l’an passé (17 153) qui s’explique par les trois matchs disputés au Stadium, l’érosion est perceptible. Et elle a pour conséquence de mettre les finances du club dans le rouge : cela fait deux saisons que le Stade Toulousain accuse un déficit de l’ordre du million d’euros. A chaque fois, le club a puisé dans ses fonds propres. Lesquels ne sont pas éternels. Des changements structurels, comme la reprise en main des buvettes du stade Ernest-Wallon, à la gestion autrefois externalisée, ou l’entrée dans le capital du groupe Fiducial il y a deux ans, ont prouvé que le club toulousain pouvait évoluer.

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Mais le modèle économique cher au président Bouscatel et où aucun partenaire n’est majoritaire (l’association, le secteur amateur, détient 51%, tandis que les Amis du Stade, propriétaires d’Ernest-Wallon, ont 25%), est immuable. Seulement, après 24 ans de règne, René Bouscatel est contesté et pourrait être poussé vers la sortie par le Conseil de surveillance. Dans ce sens, les tiraillements internes parasitent l’ambiance. Et dans ce contexte, aucun membre, que ce soit de ce Conseil de surveillance ou des Amis du Stade, n’a voulu répondre aux questions de RMC Sport. « Avec les échéances électorales… », nous a-t-on fait comprendre.

Bouscatel : « Je ne suis pas particulièrement inquiet »

Sur le terrain, le groupe d’Ugo Mola tentera de briser la spirale des trois défaites consécutives samedi face au Stade Français (20h45). Pour se sortir d’une 11e place, à neuf points du leader Clermont, qui ne colle pas au standing du prestigieux Stade Toulousain. « Il suffit de gagner un match ou d'en perdre un pour être dans les trois premiers ou au fond du classement, puisque ce n'est que le début de saison, tempère René Bouscatel. Nous compterons les œufs à la fin, mais je ne suis pas particulièrement inquiet. La transition est progressive, comme je l'ai dit, elle se fera sur deux ans. »

Mais un standing qui pèse de tout son poids sur les épaules d’une équipe en reconstruction. Après les Bouilhou ou les Nyanga, les départs des Millo-Chluski, Clerc, Poitrenaud, voire Harinordoquy, et en attendant ceux des Steenkamp, Johnson, Albacete, Dusautoir, Fritz ou McAlister, la régénération de l’effectif va continuer.

Médard : « Il faut arrêter de vivre dans le passé »

Il faudra alors être précis sur le recrutement (le All Black Faumuina est une bonne pioche) et éviter les erreurs de casting des dernières saisons (Tialata, Muller, Flynn, Pulu, Ralepelle, Ferreira, Vermaak, Mélé, Barraque). Mais la perte de Louis Picamoles (Northampton) à l’intersaison et le futur départ de Yacouba Camara vers Montpellier montrent que le chemin est encore long pour que le Stade Toulousain, club le plus populaire de France, reste attractif.

« Il faut arrêter de vivre dans le passé, lance Maxime Médard. Ça fait douze ans que je suis dans le club, on a souvent gagné des titres. Aujourd'hui, on dit que des joueurs ont arrêté, qu'il n'y a plus les mêmes joueurs. Beaucoup de choses se disent mais si on veut écrire notre histoire, c'est avec ce groupe et pas avec des joueurs qui étaient là dans le passé. C'est à nous de faire ce qu'il faut sur le terrain. » A commencer par ce samedi face au Stade Français.

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Wilfried Templier