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XV de France: comment la bulle sanitaire a éclaté en plusieurs endroits

Le concept de "bulle sanitaire stricte" a volé en éclats au sein du XV de France entre sorties répétées du sélectionneur Fabien Galthié, balades en ville des joueurs ou troisième mi-temps. Au point de provoquer une grosse vague de contaminations au variant anglais du coronavirus et une polémique qui gonfle chaque jour un peu plus.

Qu'il semble loin ce mois de janvier où les dirigeants du rugby français attendaient fébrilement le feu vert du gouvernement pour la tenue du Tournoi des VI Nations. Face à l'explosion du variant anglais dans les pays britanniques, un doute planait sur la possibilité des Bleus de disputer la compétition en raison de la "septaine" qu'ils auraient dû observer après chaque rencontre. Rassurée par le protocole du comité d'organisation du Tournoi des VI Nations, Roxana Maracineanu, ministre déléguée aux Sports, avait validé le 2 février dernier le maintien de la compétition pour les Bleus, sans septaine mais avec l'obligation de "rester dans une bulle à 31 joueurs". Elle n'imaginait pas, alors, l'énorme polémique à venir

Un mois plus tard, le panorama ressemble à un champ de bataille. La bulle sanitaire stricte exigée par les organisateurs a volé en éclats. Même si ce n'est pas le point de vue de Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR), qui en adopte une définition bien plus large que sa véritable signification. Les Bleus ont brisé cette bulle en plusieurs endroits au point de provoquer une vague de contaminations avec 12 joueurs touchés, et plusieurs membres du staff, dont le sélectionneur Fabien Galthié, dans l'oeil du cyclone pour la liberté qu'il s'est accordée au mépris des règles sanitaires édictées. Mais il n'est pas un cas isolé au sein d'un groupe, visiblement très peu sensibilisé par ses responsables à ce problème.

Fabien Galthié a brisé la bulle à plusieurs reprises

Les doutes sur le comportement du sélectionneur ont rapidement émergé avant d'être confirmés par Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR), dimanche. Fabien Galthié a bien quitté le rassemblement à Marcoussis pour assister à un match de son fils avec les Espoirs de Colomiers contre le Stade Français. Il y a aussi ces trois footings en dehors de la bulle que le technicien aurait reconnus, ou d'autres éventuelles sorties.

Les balades et les gaufres dans les rues de Rome

Dès la première journée du Tournoi des VI Nations, le principe de bulle semble avoir éclaté avec des joueurs aperçus dans les rues de Rome pour se détendre en dégustant une gaufre pour certains. Bernard Laporte a lui aussi été vu dans les mêmes rues de la capitale italienne. Le président de la FFR a même brisé une autre règle. Comme indiqué par L'Equipe, il s'est rendu en Italie sur un vol commercial alors que le protocole du VI Nations exige que les délégations doivent voyager sur des vols privés.

Les photos de retour à la maison

Muet ces derniers jours, Serge Simon, vice-président de la FFR et "référent Covid" des Bleus, avait auparavant allumé plusieurs contrefeux depuis le début du cluster chez les Bleus. Dans une interview accordée à Midi Olympique le 22 février dernier, il avait pointé du doigt le comportement des joueurs quand ils étaient libérés de la sélection pour rentrer chez eux quelques jours après le match en Irlande, alors que les premiers cas de Covid avaient été revélés. "Les joueurs devaient respecter des consignes strictes d’isolement", avait-il clamé. Une réponse aux photos postées par certains Bleus sur le marché de Biarritz. "On ne nous a pas interdit de prendre des photos lorsque nous avons été libérés le week-end après l’Irlande, pas plus qu’on nous avait interdit de sortir de l’hôtel à Rome", se défendent plusieurs d'entre eux à RMC Sport. Signe d'une cassure de plus en plus évidente.

Un cas positif avant l'Irlande

Trois jours avant le déplacement en Irlande, les joueurs du XV de France avaient livré une séance à haute intensité avec des membres de l'équipe de rugby à 7. Quelques heures plus tard, un cas positif au coronavirus a émergé. Les Bleus l’auraient appris le samedi, veille de match, alors qu’ils étaient à Dublin, où ils se sont imposés le lendemain (13-15) pour la première fois depuis 10 ans.

Des troisièmes mi-temps qui posent question

Les joueurs du XV de France ont bu des bières ensemble le dimanche pour fêter leur succès en Irlande. Comme indiqué par L’Equipe, une autre fête entre joueurs s'est déroulée deux jours plus tard à Marcoussis alors que le matin même un cas positif avait officiellement été annoncé (un membre du staff) et que Galthié était alors cas suspicieux (il deviendra positif dans l’après-midi). La Fédération avait alors publié un message en assurant que les joueurs étaient placés à l'isolement. Ce qui ne semble pas avoir été vraiment le cas.

Loin d'une bulle fermée comme en NBA

La notion de bulle sanitaire stricte semble donc avoir été toute relative. Il suffit pour cela d'écouter la définition très vague de Bernard Laporte, vendredi dans le Super Moscato Show. "Qu'est-ce que ça veut dire respecter la bulle?, a-t-il interrogé à plusieurs reprises. Ça veut dire quoi 'sortir de la bulle'? Moi-même en Italie (il s'est baladé dans les rues)... Les joueurs sont sortis se promener avec des masques dans la rue mais ça ne veut pas dire casser la bulle. Casser la bulle, ce serait aller dans un endroit où les gens sont contaminés et que tu ne portes pas de masque." Une interprétation à des années-lumières par exemple de la NBA qui a organisé, l'été dernier, sa fin de saison dans une bulle à Orlando, sans aucun cas de joueur positif. Richaun Holmes, joueur de Sacramento, a même dû observer une période de quarantaine pour être sorti chercher une livraison de nourriture.

NC avec Jean-François Paturaud