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Volley: Bernardinho dévoile la feuille de route de l'équipe de France pour 2022

Pendant près d’une heure d’un entretien riche en enseignements, le nouveau sélectionneur de l’équipe de France de volley, Bernardo Rezende (62 ans), a posé les jalons d’une ambition dont il espère qu’elle sera la marque de fabrique des futurs succès de l’équipe de France. Les Bleus disputeront cette année la traditionnelle VNL (phase de poules du 7 juin au 10 juillet, Final 8 prévu du 20 au 24 juillet) ainsi que les championnats du monde (26 août-11 septembre). 

Dans un sport boulimique de compétitions en tous genres, l’émotion générée par un sacre olympique, aussi intense fût-elle, avait toutes les chances d’être aspirée par le calendrier, surtout quand celui-ci impose à ces mêmes champions olympiques de remettre le couvert pour disputer un Euro dans la foulée, encadrés par un tout nouveau staff. 

Pas encore redescendu de son nuage sur le plan émotionnel - certains réalisent à peine aujourd’hui, six mois après le sacre -, qui plus est éreinté physiquement par plusieurs mois de dur labeur consacrés exclusivement à cet objectif des Jeux Olympiques, le groupe France avait toutes les chances de se planter. Ce qui fût fait avec une élimination dès les huitièmes de finale de la compétition contre la surprenante République Tchèque.

"C’est encore dur pour moi, cette élimination, j’estime qu’elle est de ma responsabilité", soupire l’exigeant Bernardinho (62 ans), que nous avons interrogé lundi, alors que devait se tenir pour lui une réunion en visioconférence avec le staff de l’équipe de France. 

Avec beaucoup de verve et de passion dans nos divers échanges, marqués tout à la fois par son élégance et son humilité, le nouveau maître à jouer de l’équipe de France, qui fait figure de légende vivante de son sport (double champion olympique et triple champion du monde avec le Brésil, il détient le plus gros palmarès du volley mondial), le Brésilien Bernardo Rocha de Rezende s’est projeté sur l’an I de son mandat, dévoilant la feuille de route pour les dix prochaines années. 

Car oui, le remplaçant de Laurent Tillie ne pense pas seulement aux Jeux olympiques de Paris en 2024, et voit bien au-delà, avec une planification, des travaux à entreprendre pour maintenir l’équipe de France au sommet, pensée pour le long terme. Au moins jusqu’aux Jeux de Los Angeles (2028). Ce qui ne veut pas dire qu’il s’y voit déjà, mais le nouveau sélectionneur des Bleus tient à tracer un horizon, un cap à atteindre, un idéal. 

Beranrdinho, qu'on dirait habité par sa fonction
Beranrdinho, qu'on dirait habité par sa fonction © @AFP

Des jeunes talents à faire émerger

Prédestiné à une carrière dans la finance (il a des connaissances très poussées en mathématiques et est diplômé en économie), Bernardinho est un homme qui a soif de culture, et s’enrichit des autres: "Je veux apprendre de la culture française et être après 2024 un meilleur manager, riche de tout ce que j’espère vivre avec la France d’ici là", confie-t-il à RMC Sport. "Je n’ai pas réponse à tout, mais j’ai encore beaucoup d’énergie pour m’améliorer", sourit le Brésilien, désireux d’opérer un mélange des deux cultures, qu’il pense solubles l’une dans l’autre.

Par ailleurs, l’ex-sélectionneur de la Seleçao ne pense pas un seul instant disposer de la recette magique, même s’il croit très fort en ses méthodes d’entraînement, dans un style bien distinct de celui de Laurent Tillie. Et n’hésite pas à remettre en question ses propres méthodes pour parvenir à la réalisation d’un objectif. Une ambition qui pourrait se résumer en un mot, qu’il a d’ailleurs répété à foison au cours de notre entretien: consistance. Consistance dans la cohérence du projet, mais également consistance dans la solidité des résultats. De ce point de vue, l’héritage laissé par le handball français l’a beaucoup inspiré.

"J’ai parlé avec M. Tanguy (le président de la Fédération française de volley-ball), je ne cherche pas à reproduire l’exemple de la NFL ou de la NBA. Non, non, je regarde en France. Ce que le handball a fait, le volley doit s’en inspirer, retrouver ce chemin de la consistance au plus haut niveau. Nous devons apprendre du handball. J’ai envie de connaître davantage leur histoire, celle de Claude Onesta et des joueurs qui ont fait l’histoire de l’équipe de France de handball. Une histoire exceptionnelle. Le volley a la possibilité de reproduire cela."

Tout comme le Experts ont tout gagné (3 titres olympiques, 4 titres de champions du monde, 2 titres de champions d’Europe) pendant près d’une décennie, l’homme qui préside à la destinée des Bleus du volley souhaite que son équipe vise et atteigne la finale dans toutes les compétitions: "Nous n’avons pas de bonus de champion olympique quand nous entamons les compétitions, les seules choses qui ont changé, ce sont les responsabilités et les attentes", appuie-t-il avec conviction. Les travaux estivaux étant d’ordinaire assez chargés, le noyau dur habituel ne pourra suffire à supporter une telle exigence dans la durée. 

C’est pourquoi Bernardinho entend s’appuyer sur un groupe élargi, et compte investir dans la jeunesse, "trouver un espace d’expression" pour que de jeunes joueurs puissent s’épanouir en club et avoir une chance de prouver leur valeur en sélection: "Je veux dire aux entraîneurs des clubs français, ma porte vous sera toujours ouverte, pour venir à l’entraînement, échanger, elles seront toujours ouvertes. Nous devons comprendre que les clubs et la sélection, la ligue et la fédération sont complémentaires, doivent travailler ensemble. Les jeunes joueurs français ont besoin de plus d’opportunités de jouer, je ne pense pas contre les joueurs expérimentés, mais nous devons faire plus de place aux jeunes joueurs."

Boyer, une attitude à se faire pardonner

Ibrahim Lawani (20 ans, pointu) et Kellian Paes (19 ans, passeur), deux jeunes joueurs du Paris Volley ont intégré l’équipe de France l’été dernier, dans la foulée des JO, étrennant pour la première fois ce maillot bleu, en attendant le retour des héros. Sorti renforcé d’un été studieux passé en partie en compagnie des Bleus, Lawani réalise un début de saison solide à la pointe de l’attaque parisienne, où il assume de grandes responsabilités malgré son jeune âge. Convaincu par le potentiel du garçon dans un secteur de jeu très dense, où ils sont quatre ou cinq joueurs (Faure, Patry, Boyer, Lawani...) à se disputer le poste potentiellement, Bernardinho a anticipé le coup d’après, imaginant un avenir à Lawani… au poste 4, l’intéressé sachant très bien réceptionner.

Bernardinho interpelle Théo Faure
Bernardinho interpelle Théo Faure © @IconSport

"Je garde toutes les possibilités. Quand tu regardes l’équipe de France, nous avons Earvin Ngapeth, qui est un joueur spécial, mais il n’y en a qu’un comme lui. Et à côté, il y a de très bons joueurs comme Kevin (Tillie), Trevor (Clévenot), ou Julien Lyneel (Montpellier), des joueurs exceptionnels techniquement, mais je cherche aussi des possibilités d’avoir un joueur plus fort physiquement", explique Bernardinho. "Kellian a été très bon l’été dernier avec nous, il y a une vraie possibilité qu’il continue avec nous, mais il doit trouver du temps de jeu avec son club, c’est primordial", a-t-il ajouté, au sujet du fils (prodige) de son adjoint, Mauricio Paes. 

Le patron des Bleus promet que son groupe va rester ouvert, d’autant plus que les cadres de l’équipe de France ne seront peut-être pas tous prêts à disputer la première étape de la VNL au Canada, l’été prochain (Italie, Canada, Pologne et Serbie au programme, du 7 au 12 juin). Tous les renforts seront alors les bienvenus, en particulier dans le secteur central, où les besoins existent.

Tous? Pour Stephen Boyer, absent du tournoi de qualification olympique à Berlin, officiellement pour des raisons personnelles, puis de nouveau absent à l’Euro, "cela dépend de lui, de ce qu’il veut faire". "Stephen Boyer doit changer dans l’attitude, démontrer à tout le groupe, mais à moi aussi, qu’il veut vraiment jouer pour cette équipe", assène le sélectionneur. "J'ai une longue carrière derrière moi, j'essaie toujours de comprendre le contexte, et je peux comprendre certaines situations, ce n’est pas pour autant que je suis d’accord", prévient Bernardinho.

Dans l’optique des Jeux en revanche, pas question pour le patron des Bleus d’imaginer l’équipe de France disputer Paris 2024 sans les tauliers Earvin Ngapeth, Benjamin Toniutti, ou encore Jenia Grebennikov. Pourquoi? "Parce qu’il est impossible d’être candidat à une médaille en 2024 sans ces joueurs-là."

Quentin Migliarini (avec Morgan Besa)