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Tour de France: pourquoi ça glissait autant pendant la première étape

La première étape du Tour de France 2020 a été marquée par de nombreuses chutes ce samedi à Nice. Entre des conditions météorologiques difficiles et un peloton revenu récemment à la compétition, cela n’a rien d’une surprise.

Prétendant à la victoire finale lors de ce Tour de France 2020, Thibaut Pinot est passé tout près de la désillusion ce samedi. Pris dans une chute dans les trois derniers kilomètres de la première étape à Nice, le leader de la Groupama-FDJ s’en est finalement bien tiré avec quelques légers soucis au niveau du genou et de l’épaule droite.

A l’image du coureur tricolore, le peloton a souffert lors de cette première journée sur la Grand Boucle en raison d’une chaussée particulièrement glissante.

Des averses inhabituelles

Plus de peur que de mal pour le Français, qui devrait pouvoir reprendre la course sans trop de séquelle, mais qui avoue volontiers avoir vécu "l’une des pires journées de [sa] carrière" après avoir roulé sur du "verglas". 

D’autres coureurs, et notamment Rafael Valls, ont déploré des conséquences plus lourdes. Lui aussi tombé lors de la dernière chute collective, l'Espagnol de Barhain-McLaren a finalement dû abandonner après cette terrible première étape. Philippe Gilbert et John Degenkolb (Lotto-Soudal) ne prendront pas le départ de la deuxième étape dans le haut-pays niçois ce dimanche, après avoir chuté.

Sur les routes provençales, les pluies estivales ont fait des ravages ce samedi. Si les coureurs espéraient du soleil dans la région niçoise, ils ont eu droit à plusieurs averses. De quoi expliquer les chutes massives. 

"On est dans une région où il ne pleut pas trop souvent et les routes sont grasses. Tout simplement, quand les orages arrivent, la route devient glissante, a analysé Cyril Gautier après avoir participé à la première échappée de la Grande Boucle. Les routes en Bretagne, elles ne glissent pas (rires)."

Des remontées d’huile

Prévu courant juillet puis décalé en raison du coronavirus, le départ du Tour de France a joué de malchance au niveau météo. Rare en cette saison dans le Sud, la pluie a frappé le peloton. Surtout, et ceci justifie d’un point de vue technique ces chutes, l’eau a entraîné des remontées d’huile sur les routes azuréennes en raison du passage des voitures.

"Une route qui n’a pas vu l’eau depuis très longtemps, dès que tu la mouilles un peu, ça devient une patinoire et une petite averse est dix fois plus délétère qu’une grosse, a expliqué pour le journal L’Equipe André Brancala, coordinateur pour le Tour de l’association des départements de France. On le voyait bien, les voitures laissaient des traces, une sorte de mousse, qui correspond aux remontées d’hydrocarbure. […] Même en ligne droite, il suffit de faire un léger écart pour que la situation devienne irrattrapable sur une route pareille."

Un peloton nerveux

Privé de compétition pendant de longs mois en raison de l’épidémie de coronavirus, le peloton a semblé parfois en manque de repères lors de cette première étape du Tour de France. Hormis les trois coureurs présents dans l’échappée qui ont tranquillement pu esquiver les zones glissantes, les autres ont dû jouer des coudes pour éviter les mauvais tronçons de la route. Et à force de frotter, cela a entraîné plusieurs chutes. A l’avant pendant la majorité de la course, Cyril Gautier ne pense pas y avoir laissé trop de forces. En tout cas, pas forcément plus qu’à l’arrière.

"Je pense qu’aujourd’hui (samedi), au final, on n'était que trois devant mais je pense qu’on n’a pas laissé plus de cartouches que ceux qui étaient derrière, a encore estimé le coureur de l’équipe B&B Hotels-Vital Concept. Dans le peloton, les deux tours où il y a eu la descente, où il y a eu beaucoup de chutes, je pense qu’aussi nerveusement, ils ont lâché des forces avec des relances."

Outre les chutes massives, la preuve de ce peloton en manque de garantie reste peut-être la tentative de l’équipe Astana pour imposer un rythme soutenu dans l’une des dernières descentes de la journée. Une stratégie conclue par la sortie de piste de son leader Miguel Angel Lopez et par les remontrances de Primoz Roglic (Jumbo-Visma), bien décidé à endosser le rôle de patron du peloton.

Et Marc Madiot, patron de l’équipe Groupama-FDJ, de conclure après avoir vu les coureurs neutraliser la course dans le final: "On sait que sur ces routes là, ça devient dramatique, c’est de la glace, ça glisse de partout, il y a de l’huile qui ressort. […] Les coureurs ont pris la bonne décision de se neutraliser parce que les organisateurs proposent un parcours, les managers d’équipe essaient de mettre en place des tactiques mais au final ce sont les coureurs qui décident et qui pédalent."

Bonne nouvelle, la météo s’annonce plus ensoleillée ce dimanche pour la deuxième étape du Tour de France. Une journée notamment marquée par les premières grosses ascensions avec le Col de Turini et celui de la Colmiane. 

Jean-Guy Lebreton