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Ballon d'or: la folle année de Modric, sacré devant Ronaldo, Griezmann et Mbappé

Sans surprise, Luka Modric a reçu ce lundi soir à Paris son tout premier Ballon d'Or, devançant Cristiano Ronaldo, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé. Une récompense qui vient clore une année 2018 exceptionnelle pour le génie croate. Sans doute la meilleure de sa carrière, comme il l'a lui-même reconnu.

Il est l'homme qui a mis fin à un duel de dix ans. Après une décennie d’alternance Ronaldo-Messi, Messi-Ronaldo, Luka Modric a reçu ce lundi soir à Paris le 63e Ballon d’Or de l’histoire, touchant à 33 ans le Graal, la récompense individuelle suprême. Un résultat forcément décevant pour la petite colonie de Français en lice, à commencer par Varane (7e), Mbappé (4e) et Griezmann (3e), mais un résultat attendu ces dernières semaines. Car 2018 a été une année exceptionnelle pour le petit génie des Balkans.

Elle n’a pourtant pas débuté de la meilleure des manières. Janvier dernier: le Real Madrid vient de gagner la Coupe du monde des clubs, mais il se cherche encore, patine. Un nul contre le Celta Vigo (2-2), une défaite à la maison face à Villarreal (1-0), et les Merengue se font une raison: la Liga ne sera pas pour eux cette saison.

Après la pluie, le beau temps

Dans la morosité ambiante, Luka Modric ne surnage pas. Pire, il se blesse à la cuisse droite en février, et se tient éloigné des pelouses quelques semaines durant. Et puis… Et puis le vent tourne, comme souvent dans le football.

La magie Zidane opère, le Real sort de sa torpeur à l’approche du "money time". Modric incarne ce réveil. Sur les neuf dernières journées de championnat, il délivre six passes décisives. Surtout, il mène son équipe à la baguette sur la scène continentale. Après avoir écarté le PSG en huitièmes de finale - Modric avait manqué le retour -, le Real sort la Juventus en quart et le Bayern en demie. Comme souvent, Ronaldo prend la lumière. Le Croate, lui, prend le jeu à son compte.

Le 26 mai, Madrid décroche face à Liverpool (3-1) une troisième Ligue des champions consécutive. L’Europe souligne les bourdes de Karius et l’inspiration de Bale, mais la performance du natif de Zadar, impeccable ce soir-là dans les tâches défensives, ne lui échappe pas.

En Russie, le changement de statut

La justice croate fait toutefois descendre Modric de son petit nuage avant le Mondial. Poursuivi pour faux témoignage dans une affaire de corruption visant Zdravko Mamic, l’ancien boss du Dinamo Zagreb et parrain du football croate, le milieu voit son image se ternir au pays. A Mostar, une fresque en son honneur sera même vandalisée. Fidèle à lui-même, le capitaine des Vatreni se tait, et tente de se faire pardonner sur le terrain, match après match.

En Russie, la Croatie commence sa Coupe du monde en survolant le groupe D, et balaye l’Argentine (3-0). Habitué à l’ombre au Real, Modric se retrouve surexposé en sélection, mais joue avec brio son rôle de leader technique. "On a l’impression qu’ils viennent d’une planète différente et qu’ils sont descendus pour jouer avec nous, les mortels", sourit son partenaire de sélection Ivan Rakitic, le comparant à Iniesta.

En plein tournoi, Milan Badelj, un autre partenaire, évoque sans gêne le Ballon d’Or. "Je pense que s’il nous amène loin, c’est possible, estime-t-il. Après, ça dépend de jusqu’où va l’Argentine de Messi. Mais pour moi, au milieu de terrain, il est ce que Messi est en attaque."

Sauf que, justement, Messi quitte le Mondial assez précocement, tout comme Ronaldo, tandis que Neymar agace avec le Brésil. Les fans du monde entier se cherchent un nouveau héros, et jettent leur dévolu sur ce petit meneur de 1,72m aux cheveux longs, qui mène une nation de quatre millions d’habitants jusqu’en en finale, après avoir éliminé le Danemark, la Russie et l'Angleterre.

Une récompense, puis deux, puis trois...

Une finale perdue face aux Bleus (4-2) le 15 juillet, mais une finale qui le voit recevoir le trophée de meilleur joueur du tournoi, devant le Belge Eden Hazard. Ce petit lot de consolation marque le début d’une série. Le 30 août, Modric reçoit le prix du joueur de l’année UEFA. Le clan Ronaldo grince, lui affiche son plus beau sourire. "Je suis très heureux de recevoir ce grand prix. J'ai travaillé dur pour ça, pour atteindre le point le plus haut possible, lâche-t-il. C'était véritablement la plus belle année de ma carrière, et je savoure."

Celui qui, longtemps, a été décrit comme un joueur d’équipe, se détache individuellement. En septembre, c’est le prix "The Best" du meilleur joueur Fifa de l’année qui vient remplir son armoire à trophées.

Son début de saison avec le Real a beau être très moyen, ce qu’il reconnaît volontiers, le Croate était devenu le grand favori au Ballon d’Or. Même si le sujet le gênait... "Je n'aime pas parler de cette manière et clamer: 'Oui, c'est moi qui mérite le Ballon d'Or', explique-t-il dans une interview à France Football en octobre. L'important pour moi est d'être sur le terrain comme je le suis depuis des mois. Cette année 2018 a été sans aucun doute la meilleure de ma carrière. Mais vous n'allez pas me faire dire: 'C'est moi qui dois le gagner'."

Soucieux de laisser l'image d'un joueur modeste, le Madrilène avait même dressé une liste de cinq favoris: Raphaël Varane, Antoine Griezmann, Kylian Mbappé, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. Il n’aura pas été entendu. Et il ne devrait pas s’en plaindre.

Clément Chaillou