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Incidents Paris FC-OL: le récit de cette soirée de violences

Vendredi soir, le 32e de finale de Coupe de France entre le Paris FC et l'Olympique Lyonnais tournait au cauchemar après des affrontements entre supporters. RMC Sport retrace le scénario de cette soirée invraisemblable.

Cinq jours après les incidents lors de la mi-temps du match Paris FC-Olympique Lyonnais, pour le compte des 32es de finale de la Coupe de France, la lumière commence à se faire sur certains points du dossier. L’enquête ouverte samedi du chef de violences volontaires au sein d'une enceinte sportive avance. Retour sur une soirée cauchemar pour les deux clubs et les services de police. 

La préparation d’un match comme ce Paris FC- Lyon commence avec des réunions de sécurité en amont de la rencontre et des échanges de mail entre les deux clubs et les services de l’État. Comme annoncé dès dimanche par RMC Sport, les services de renseignement disposaient d’indices qui permettaient d’établir un risque de grave trouble à l’ordre public avant et pendant cette rencontre de Coupe de France. En clair, des supporters du PSG voulaient en découdre avec des fans lyonnais. Mais ce "fight" ne devait pas se produire à l’intérieur du stade, selon les premiers éléments recueillis par RMC Sport.

Un flou sur la dangerosité du match

Depuis samedi, Pierre Ferracci, le président du PFC, affirme que les services de renseignement n’ont pas alerté la sécurité du club de Ligue 2 sur la dangerosité du match. Il est vrai que lors des réunions de sécurité en amont de la rencontre, la préfecture de police de Paris avait surtout parlé d’un risque à l’extérieur de l’enceinte. Même si les services de police ont demandé au Paris FC d’augmenter de manière importante le service de sécurité avec le recrutement de stadiers pour ce match.

Ce flou sur la dangerosité de la rencontre est même raconté par des policiers à RMC Sport. Pour prouver leurs propos, certains responsables de la préfecture de Police de Paris mettent en avant l’arrêté d’interdiction des supporters du PSG qui avait été pris par la préfecture juste avant le match. Une question est posée par plusieurs interlocuteurs: "Avec la connaissance de ce risque, pourquoi ne pas tout simplement interdire le déplacement des Lyonnais?"

Le retard du train a posé problème

Le train des supporters lyonnais a connu du retard à son arrivée à la Gare de Lyon. Dès sa descente, le groupe, en accord avec les forces de l’ordre, est pris en charge. "De la gare au stade, le trajet se déroule parfaitement, confie un ultra présent dans l’un des deux bus affrétés pour transporter les supporters. L’escorte policière était assez conséquente." Selon nos informations, 60 policiers étaient dédiés à cette protection.

Un policier nous décrit "une ambiance normale" à la Gare de Lyon. Le trajet se déroule donc sans problème. Les fans sont arrivés à la fouille devant le stade vers 21h10. La fouille des supporters lyonnais intéresse grandement les enquêteurs. Pour faire accélérer la démarche, certains supporters n’auraient pas été fouillés selon la norme et des objets interdits auraient pu pénétrer au sein de l'enceinte sportive. L’ensemble des 120 ultras lyonnais étaient installés dans leur parcage à 21h25, soit 25 minutes après le début de la rencontre.

Le cortège de police encadrant les ultras de l'OL entre la Gare de Lyon et le stade Charléty, à Paris le 17 décembre 2021
Le cortège de police encadrant les ultras de l'OL entre la Gare de Lyon et le stade Charléty, à Paris le 17 décembre 2021 © BFM Lyon / RMC Sport

"Un premier pétard" lance la bagarre

L’enquête de police avance et couvre plus de trois heures de caméras de vidéo-surveillance. Mais que ça soit du côté des supporters lyonnais ou des forces de police, la version est la même: le retard du train aurait joué de manière indirecte sur le début des événements. Le flou demeure encore sur l’accès des Parisiens au stade, surtout pour un individu interdit de stade. 21h45, à la mi-temps de la rencontre, les incidents éclatent. "C’est un premier pétard qui fait peur à beaucoup de monde et qui va créer ces minutes interminables", confie un Bad Gones. 

Sur les vidéos que nous avons pu consulter, RMC Sport est en mesure d’identifier des membres du groupe "porte 411" présents dans une bagarre en haut de la tribune. Sur les images disponibles sur Internet et dans des groupes Telegram, on peut voir un supporter parisien craquer un fumigène et  le pointer en direction du visage d’un Lyonnais. À ce moment-là, huit à neuf Parisiens font face à trois à quatre Lyonnais armés de ceintures et d’autres éléments non-identifiables via les vidéos. La bagarre se poursuit et juste en dessous, une trentaine de lyonnais continuent de compresser les stadiers contre les vitres de leur parcage. Des coups sont échangés juste au-dessus des plexiglas. 

Mouvement de foule et invasion de terrain

Derrière, un supporter, a priori parisien, tombe dans les escaliers de Charléty sur plusieurs mètres, cette vidéo fait le tour des réseaux sociaux depuis vendredi. Et le mouvement de foule va commencer juste après cette scène. Un fumigène est lancé en hauteur et atterri en bas de la tribune auprès de supporters qui voulaient juste regarder un match de football.

Ces supporters prennent peur, un mouvement se produit en bas de la tribune et les premiers supporters pénètrent sur le stade de Charléty, dans un premier temps stoppés par une barrière de sécurité disposée devant les tribunes. Le mouvement continue et les supporters enjambent la dernière barrière. Le service de sécurité du PFC est débordé et les fans sont présents sur la piste d’athlétisme et la pelouse de Charléty.

RMC Sport a pu échanger avec plusieurs ultras Lyonnais depuis vendredi. Tous répètent un élément: "Il fallait protéger notre bâche". La bâche est le totem ultime dans le monde ultra, le symbole d’une identité. "On était très méfiant dès le début des incidents, on avait peur pour notre bâche. Si on était reparti sans, c’était l’affront ultime", affirme un Bad Gones. Finalement, les Lyonnais ont réussi à la conserver.

Les incidents se déroulent pendant plusieurs minutes. Jusqu’au retour des joueurs sur la pelouse, des CRS étaient encore dans les tribunes face aux supporters. Le calme reviendra par la suite. Sur le moment, aucune interpellation par les forces de police. Les Lyonnais (venus de Lyon) ont quitté en premiers le stade avec les deux bus affrétés. 300 mètres après le départ, juste derrière le cimetière présent à côté du stade, un bus sera caillassé et une vitre brisée.

"On a connu les policiers plus rapides"

Un dernier point pourrait aussi alimenter les discours des deux clubs: l’intervention des forces de l’ordre. "Ils ont mis un temps fou à intervenir", confie un stadier du service d’ordre du Paris FC. "Il est vrai qu’on a connu les policiers plus rapides et plus vifs", complète un ultra de l’OL. Selon des sources policières à RMC Sport, les CRS interviennent à l’intérieur du stade lorsque le club qui reçoit fait appel à eux et n’est plus en mesure de garantir la sécurité des personnes présentes.

Les enquêteurs ont encore plusieurs points à étudier et des gardes à vue pourraient se reproduire dans les prochains jours à Paris et à Lyon. Comme RMC Sport l’a dévoilé mercredi, les gardes à vue des trois personnes membres de la "porte 411" ont été levées dans la journée. Un classement sans suite a été décidé hier pour l'une d'entre elles, faute d'infraction suffisamment caractérisée. Les deux dernières sont convoquées devant le Tribunal correctionnel à une date ultérieure pour être jugés du chef de violences en réunion. Elles ont été placées sous contrôle judiciaire ce mercredi dans l'attente de leur comparution, avec notamment interdiction de paraître dans un stade ou aux abords.

Nicolas Pelletier