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Sparta Prague-OL: pourquoi Paqueta est si épanoui à Lyon cette saison

Etincelant cette saison et véritable patron du jeu installé par Peter Bosz, Lucas Paqueta n'en finit plus de faire chavirer les foules à Lyon. Très attendu pour le match de Ligue Europa entre le Sparta Prague et l'OL, le milieu de terrain brésilien semble enfin épanoui, après son expérience en demi-teinte à l'AC Milan.

Sa dernière apparition au Groupama Stadium face à Monaco, sur le coup des 22h20 samedi soir, 42 heures après un match avec le Brésil à Manaus à 9.000 kilomètres de Lyon, a confirmé la tendance: l’OL et surtout ses fans, dans un stade hypnotisé à son entrée, ne peuvent se passer de lui. Lui, c’est Lucas Paqueta. Plongée au coeur de son épanouissement rhodanien, son intégration et sa vie lyonnaise, son univers dans lequel ce guerrier atypique, aux pieds soyeux et décisif, puise son énergie communicative.

La déception milanaise

Pour comprendre l’épanouissement de Lucas Paqueta en cet automne 2021, il faut rencontrer deux personnages, clefs de son histoire lyonnaise entamée en octobre 2020, après un parcours à l'AC Milan qui a tourné au Milan "Assez" pour lui: 37 matchs, 2.400 minutes de jeu, un but et deux passes décisives en 21 mois de présence en Lombardie. Les deux témoins se nomment, Isabelle Dias et Bruno Guimaraes, une incontournable salariée et un joueur complice.

Il faut remonter le temps. Tout démarre avec Bruno Guimaraes, avant même qu’il ne pose le pied à l’aéroport d’affaires de Lyon-Bron, un jour de septembre 2020, contre un chèque de 20 millions d’euros signé par l’OL sur insistance du directeur sportif Juninho: "Je lui ai parlé pendant les négociations, en lui expliquant comment cela se passe ici, où tu peux loger, comment est le club et tout le travail fait pour accueillir les nouveaux, rembobine Bruno Guimaraes, autre Brésilien du groupe, débarqué entre Saône et Rhône huit mois plus tôt. Pour nous qui 'sortons'très tôt de notre pays, je voulais lui montrer qu’il pouvait avoir de vrais amis à Lyon, pour qu’il se sente bien rapidement. C’est important pour que la confiance naisse."

Ce lien qui se crée le ramène aussi à Rio, lieu de leurs premiers pas en crampons quand l’un jouait à Flamengo et l’autre à Osasco Audax, deux quartiers distincts de la mégalopole brésilienne. Des racines indispensables à son équilibre. D’ailleurs, ils les a toujours… sur le dos: "Paqueta", "son île", lui dont le nom à l'état civil et couché sur la feuille de match est: "Lucas Tolentino Coelho de Lima". Paqueta, cette île de la baie de Rio, ce ("son"?) petit paradis au milieu de la baie de Guanabara, où il a appris à jouer au foot, pied nu sur la plage, avec Matheus, son aîné de deux ans.

La paternité lyonnaise et le cocon familial

Il se passe donc quelque chose d’emblée entre Lucas Paqueta et son nouveau club, un lien "invisible" que va contribuer à solidifier Isabelle Dias. Venue à l’OL comme professeur de français pour Edmilson, fraîchement débarqué à Lyon en août 2000, elle comprend rapidement que son rôle ne doit pas s’arrêter là: le couple Edmilson arrive à l’époque dans une période "intime" importante, puisque l’épouse du défenseur attend un heureux événement. Isabelle va les aider dans les démarches pré-accouchement. Deux décennies plus tard, celle qui a acquis une vraie légitimité auprès de tous les Sud-Américains va revivre les mêmes moments cruciaux auprès du couple Paqueta: "Quand il est arrivé, Maria Eduarda Fournie était enceinte, détaille Isabelle Dias. Ce n’était pas évident aussi, dans un nouveau pays, une nouvelle langue. Elle a hésité à accoucher au Brésil, d’autant que nous étions en pleine période de Covid-19 avec toutes les restrictions inhérentes à la situation."

Et Isabelle Dias de fouiller dans son carnet d’adresses, tricoté au fil des ans à gérer ces intégrations de tous les joueurs étrangers signant à l’OL, pour que tout se passe au mieux. Elle bataille même pour avoir une suite parentale dans une maternité lyonnaise afin que quelques visites de famille soient possibles. "Finalement, le couple a fait le choix de rester à Lyon pour l’arrivée de leur deuxième enfant, dit l’incontournable Isabelle Dias. Ils ont pris la décision de nous faire confiance. Paqueta a vu que nous étions là aussi, que tout le club était là pour les accompagner avec amour et affection."

A ses yeux, ce n’est pas qu’un détail dans son histoire lyonnaise. "Il doit se dire, consciemment ou inconsciemment qu’en toutes circonstances, il peut avoir quelqu’un autour de lui pour faciliter sa vie, ressent Isabelle Dias. Sentir qu’il est bien entouré dans ces instants là, dans la vie d’un couple, c’est crucial. Je pense que ça peut aussi expliquer son bien-être en tout cas sur le terrain."

Filippo naîtra donc à Lyon début mai 2021, après Benicio, leur aîné arrivé l’année d’avant. "J’ignore l’accompagnement qu’il a eu en Italie, explique Isabelle Dias, mais ici, je sais: les Brésiliens, la confiance de Juninho et celle démontrée par le club à travers cet accompagnement." La tête ainsi allégée des questionnements liés à cette nouvelle vie de parents et de contraintes, les jambes peuvent gambader sans retenue. "Il est arrivé pour jouer et seulement jouer, explique-t-elle. Il avait également cette soif de montrer aussi qu’il avait de la valeur."

Car la famille, "sa bulle" selon Isabelle Dias, c’est tout ou presque: "Il est un gentil papa, sa femme me le dit toujours. Il veut toujours être avec ses enfants. Il est toujours là pour les aider. Elle est fière de lui", explique Bruno Guimaraes. Isabelle Dias confirme: "Il me demande toujours si lors du match, sa femme, les enfants sont bien installés dans le stade. Je m’attache à soigner cela, avec le service protocole, car c’est important à ses yeux pour qu’il se sente bien sur le terrain."

Très attaché au bien-être de ses proches

Sa famille, ce sont aussi ses parents avec Christiane, la maman, et Marcelo, le papa. "Ils sont régulièrement présents à Lyon, détaille Isabelle Dias. Avec sa femme, ses deux enfants, tout cela crée sa base, ses fondations. Ils ont toujours été derrière lui durant sa carrière et ce ne sont pas les kilomètres qui les séparent qui vont inverser cette tendance. La dernière fois qu’ils sont venus, ils sont restés trois semaines pour les entourer avec leur nouveau-né."

Pour être visible sur le terrain, il reste invisible en dehors. "Nous faisons quelques restaurants de temps en temps, lui, sa femme, ma compagne et moi, explique Bruno Guimaraes. Mais pas beaucoup, une à deux fois par mois." Isabelle Dias complète: "Sa vie, c’est maison–entraînement–match. Il a besoin de ce cocon familial vraiment pour se ressourcer et trouver cette énergie qui rejaillit sur le terrain. Ce n’est même pas qu’il en a besoin, c’est vital d’avoir ce noyau, cette cellule."

Lucas Paqueta embrassant l'écusson de l'OL
Lucas Paqueta embrassant l'écusson de l'OL © ICON Sport

Alors, la maison, il l’a un peu relookée: "Il a construit une pièce de jeu pour ses enfants, précise Isabelle Dias. Il a complétement transformé une partie du salon pour eux, où il joue avec son fils et sa voiturette ou avec le deuxième et un ballon en mousse. Il est ancré dans sa vie de Papa. Un vrai 'papa poule'. C’est rêvé pour les enfants." Avec un bémol sur cet 'effacement' d’une vie 'people' à Lyon, son interaction sur les réseaux, via aussi son équipe de jeux vidéos: "Ah oui, il a sa 'deuxième bulle', sa salle de jeux vidéos, explique Isabelle Dias. Et là, il est en lien avec ses amis au Brésil, et il est avec Bruno, en équipe face à d’autres amis, principalement à Rio. Il ne peut s’empêcher d’être en interaction avec les autres, sa famille, ses amis, ses fans sur les réseaux...' Et là, Paqueta aiguise son appétit de victoires: "Paqueta, il a le regard noir quand ils jouent l’un contre l’autre, témoigne Isabelle Dias. Il n’aime pas perdre. Bruno, lui est plus un joueur plaisir."

Un état d'esprit de compétiteur, au football comme au ping-pong

L’intéressé prolonge: "On joue ensemble, au ping-pong, là il est fort, c’est difficile de le battre, avoue Guimaraes. Au billard, je gagne un peu. Mais je lui dis 'T’es un malade, on est là pour jouer, tranquille...' Et cela se finit en éclats de rires!" Et les yeux de Bruno Guimaraes de s’illuminer: "C’est mon frère…" L’émotion pointe à l’évocation de ce lien de ballon, cela se voit et se sent dans sa voix: "On se parle tout le temps par WhatsApp, dit-il. On est sans arrêt ensemble… Oui, c’est un frère." Bruno Guimaraes, fils unique, apprécie.

Les deux, nés en 1997, ont renoué un lien ancien: "Nous avons joué l’un contre l’autre dans nos clubs de Rio, quand nous étions petits, rappelle le milieu défensif de l’OL. Je ne me souviens pas de tout, sauf qu’il était déjà fort à cet âge. Il était petit mais il avait déjà tout dans la tête, avec une grande intelligence." C’était avant qu’il ne grandisse de 27 centimètres en trois ans à partir de 15 ans, grâce à un suivi physique et nutritionnel à Flamengo.

C’est un autre lien invisible dans le bien-être de Paqueta, cette complicité avec le n°39. Isabelle Dias, aux premières loges, constate: "Je ne peux pas les voir l’un sans l’autre. Ils sont toujours ensemble, ils rigolent, ils se charrient. Je les sens comme des frères siamois! Il y a des gestes communs, une culture commune. Mais je n’aime pas parler de clans parce que c’est vrai que s’ils sont souvent ensemble, c’est parce qu’ils sont connectés par des blagues, par la langue, par la musique, par des anecdotes. Mais il parle avec tout le monde. C’est normal qu’ils se retrouvent par la musique, par les habitudes des repas, par ce qui se passe au pays. Ils constituent un petit noyau. Ainsi, si Paqueta a des doutes, Bruno lui dit 'Mais tu peux demander ça, et ça et peut-être autre chose, parce que c’est possible!'"

Paqueta-Guimaraes, les "frères siamois"

Bruno Guimaraes-Lucas Paqueta, à la ville comme sur le terrain? "C’est un duo … de bonheur, poursuit Isabelle Dias. Cela compte sur le terrain, c’est certain. Ils ont retrouvé la confiance séparément car ils sont connectés l’un à l’autre et cela rejaillit sur l’équipe." De la naît une forme d’énergie positive: "Je ne suis pas tacticienne du foot, mais je vois des choses: ils se parlent, ils échangent et lancent parfois ensemble des gestes complices avec les supporters pour qu’ils donnent encore plus dans les tribunes ; c’est bluffant."

Le coéquipier résume: "Pour faire de grands matchs, il faut se sentir important auprès des amis ; il faut se sentir bien et c’est le cas."Tous ces liens invisibles ont tricoté le Paqueta collection automne 2021. "Oui, il y a cette générosité, ce bonheur solaire aussi. J’aime bien le qualifier de solaire. Au départ, ce n’était pas vraiment le cas. Il était plutôt renfermé. Je me disais 'mais il n’est pas Brésilien, lui!' Et petit à petit, il s’est transformé. Il avait besoin d’observer, il avait besoin d’avoir confiance et aujourd’hui, il est très câlin avec tout le monde, il t’embrasse et depuis quelques mois, je le trouve très fusionnel, très proche. Il y a des gestes qui ne trompent pas."

Alors, forcément, quand on évoque Paqueta, son avenir à Lyon, son "frère siamois" use du "nous": "On se sent ici, à l’OL, comme une famille. Nous avons vraiment envie de gagner un trophée à Lyon. Nous voulons marquer l’histoire. Pour les Brésiliens, l’OL, c’est important. Nous allons donner à 100% pour cela et pour les supporters."

Marquer l’histoire à Lyon, la formule revient souvent: "Depuis qu’on porte le maillot de l’OL, on se dit qu’on veut aller en sélection et pour cela, il faut être très bon, tout donner", poursuit Guimaraes. Et à la mode Paqueta, avec ce don de soi qui consolide ce lien invisible avec des supporters lyonnais sous le charme: "Le foot, c’est 'Alegria', comme il dit toujours, s’enthousiasme Isabelle Dias. Alegria, c’est la joie en portugais, c’est le bonheur. Lui, il s’éclate toujours, il ne calcule jamais.

D’ailleurs, qu’a-t-il fait entre son match avec la sélection du Brésil disputé à Manaus la nuit précédente et son récital de 24 minutes à Lyon? Il n’a… pas calculé ses heures de décalage horaire et de sommeil, pour le plus grand soulagement de son entraîneur Peter Bosz, qui a avoué avoir pris un gros risque en le faisant jouer dans de telles conditions.

Edward Jay