RMC Sport

A Rennes, une équipe féminine s’entraîne en culotte pour dénoncer les inégalités

L’équipe féminine de l’équipe rennaise du CPB Bréquigny s’est entraînée en culotte pour illustrer la différence de traitement avec les équipes masculines qui reçoivent un équipement complet en Coupe de France quand elles doivent se contenter d’un maillot.

Comme chaque semaine depuis que cela est autorisé, les joueuses de l’équipe féminine du CPB Bréquigny se sont entraînées, dimanche. Mais elles portaient une tenue un peu spéciale pour l’occasion: un maillot, des chaussures… et une culotte. Pas de short, ni de chaussettes donc. Le but en cette journée internationale des droits de la femme: mettre en avant les différences dans l’équipement pourvu par la Fédération française de football aux équipes masculines et féminines pour la Coupe de France. Les messieurs ont droit à la totale (short, chaussettes, maillot) quand les dames doivent se contenter d’un maillot… taille homme.

Les joueuses du CPB Bréquigny
Les joueuses du CPB Bréquigny © Pauline Herviaux

Les joueuses ont donc ressorti une relique reçue lors de l’édition 2018-2019 pour se mettre en scène dans une tenue minimaliste. "On parle souvent entre nous des inégalités hommes/femmes, de ce qui se passe actuellement avec la reprise du championnat chez les garçons, mais pas chez les femmes où seule la D1 a repris, raconte Manon Eluère, attaquante de l’équipe à l’origine de cette initiative. Avec la journée internationale des droits de la femme, j’ai prévenu les filles samedi soir. On avait déjà parlé de cette idée avec le président."

"Il reste du chemin à parcourir"

La joueuse de 27 ans a déjà créé une page Instagram pour discuter de l’actualité de la section féminine du club. La récente décision du ministère des Sports de ne pas faire reprendre la D2 féminine alors que les trois premiers échelons masculins ont poursuivi leurs matchs fait partie de ces inégalités persistantes. "Le short, les chaussettes et le maillot, c’est un détail, ce n’est pas le cœur du problème, explique encore Manon Eluère. On ne pointe pas spécialement du doigt la Fédé, c’était pour mettre en avant qu’il reste du chemin à parcourir."

Les joueuses du CPB Bréquigny
Les joueuses du CPB Bréquigny © Pauline Herviaux

Pensionnaires de R1 (troisième échelon) depuis leur relégation de D2 en 2018-2019, les joueuses du CPB sont à l’arrêt depuis octobre après trois matchs de championnat et un tour de Coupe de France disputés. La reprise de la saison semble mal engagée, comme l’a confié Noël Le Graët la semaine dernière, même si un doute existe sur la Coupe de France féminine. Le mouvement de la section féminine de Bréquigny est particulièrement significatif dans la ville du Stade Rennais, l’un des rares clubs de L1 à ne pas posséder de section féminine, même si un projet de création est dans les cartons. En attendant, les filles de Bréquigny sont la meilleure équipe de la ville.

Les joueuses du CPB Bréquigny
Les joueuses du CPB Bréquigny © Pauline Herviaux

"La Fédé met en place pas mal de choses"

Elles veulent se faire entendre par ce genre de messages ou en mettant à l'honneur les résultats de leur section, comme ceux de l'équipe U15 qui a terrassé ses adversaires garçons. "L’idée est d’attirer l’attention, d’avoir plus de visibilité, d’attirer des sponsors, des bénévoles, poursuit Manon Eluère. On ne le fait pas de manière agressive mais on continuera de souligner les choses qui nous semblent devoir être mises en lumière. L’idée est de montrer que les filles aussi sont des 'bad ass' et qu’elles peuvent jouer au foot. On va continuer l’engagement féministe sans rechercher le buzz à tout prix."

Derrière le message, elle souligne les travaux mis en place par la FFF sur le football féminin même si les récentes déclarations de son président, Noël Le Graët, grippent un peu le message. "C’est dommage qu’il gâche un peu ce qui est fait alors qu’il y a des personnes qui travaillent dur dessus, insiste la joueuse qui est aussi doctorante en psychologie du sport. Il ne faut pas ignorer les sujets et baisser la tête. On n’incrimine pas la fédé, pas mal de choses sont mises en place, un diplôme a été créé pour l’entrainement du football féminin, par exemple. Les maillots, c’est un détail pas si anodin. C’était plus un clin d’œil sur le football féminin de manière générale. La fédé peut encore progresser mais il y a un vrai effort et ce serait dommage de les pointer du doigt."

Nicolas Couet Journaliste RMC Sport