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Ligue 1: pourquoi les débordements de supporters se multiplient?

A Montpellier comme à Angers, de nouveaux incidents impliquant des supporters ont été constatés mercredi soir en Ligue 1. Mais comment expliquer cette recrudescence des débordements depuis le début de la saison?

Une bouteille envoyée dans la tête de Valentin Rongier dès la première journée, des supporters niçois qui entrent sur la pelouse de l'Allianz Riviera pour en découdre avec des joueurs olympiens, des Lillois et des Lensois qui s'affrontent au coeur du stade, des Marseillais et des Angevins aussi, et puis ce dernier exemple, marquant, des bagarres entre fidèles de Bordeaux et de Montpellier...

Alors que la gestion des fans dans les stades semblait progresser ces dernières années au fil des multiples échanges entre l'ANS (Association nationale des supporters), les autorités sportives et publiques, plusieurs incidents graves impliquant des supporters ont été constatés depuis le début de la saison pendant ou en marge des rencontres de Ligue 1. Mais comment expliquer cette recrudescence des débordements?

Un relâchement post-Covid ?

Covid-19 oblige, les passionnés de football et les fervents supporters ont été privés pendant un an et demi de matchs au stade, en devant en plus faire face - comme le reste de leurs concitoyens - à de multiples contraintes sanitaires, entre confinements et couvre-feux. Une situation qui a pu créer de nombreuses frustrations. Et faciliter la multiplication des actes de violence?

"Je pense que la société post-Covid est malade, je pense qu’on a besoin d’une thérapie nationale, et je me mets dans le lot, expliquait Eric Di Méco sur RMC il y a quelques semaines. Moi-même j’ai des réactions bizarres depuis, et ce qu’on voit dans le football, ce sont des phénomènes de société multipliés par dix. On va découvrir, au fil des mois qui passent, des effets de ces deux ans d’enfermement. Le monde devient fou."

Avec la réouverture des stades, les matchs seraient devenus, plus que jamais, des exutoires. "C’est le reflet de la société, estimait Jérôme Rothen ces derniers jours. On a aujourd’hui les effets des confinements qu’on a vécus, du Covid. (...) On a l’impression que ce sont des animaux qu’on a lâchés..."

Outre la pandémie, le contexte social global en France s'est tendu ces dernières années. Cela a-t-il pu jouer? Sacha Houllié, député LREM de la Vienne et auteur d’un rapport parlementaire sur le supportérisme, le pense: "Dans un stade de foot, on trouve tous les publics présents dans la société, c’est populaire, c’est mixte, rappelait-il lundi dans Apolline Matin. Parce que la violence augmente dans la société, elle augmente aussi dans les stades de foot, et ça c’est regrettable."

Les incidents durant Nice-OM
Les incidents durant Nice-OM © Icon Sport

Des sanctions trop légères, ou inadaptées ?

Interrogé mercredi sur les débordements, l'attaquant montpelliérain Valère Germain évoquait pour sa part des sanctions trop peu dissuasives après les premiers incidents de la saison. "Je pense que les décisions prises (par la commission de discipline de la LFP, ndlr) n’ont pas été assez dures, confie-t-il. Même si j’ai de bonnes relations avec les supporters niçois, et que ceux de Lens sont exceptionnels, pour moi quand on envahit un terrain il doit y avoir des sanctions beaucoup plus dures. Si à Nice il y avait eu 10 ou 15 matchs de huis clos (le club azuréen a été puni de trois matchs à huis clos, dont la rencontre à rejouer contre l'OM, et d'un retrait de point, ndlr), je ne suis pas sûr que les supporters de Lens seraient rentrés sur le terrain quelques semaines plus tard..."

Un constat que faisait également Sacha Houllié: "Les Niçois s’en sont bien sortis alors que ce sont eux qui ont mis un terme à un match durant lequel ils avaient causé eux-mêmes les violences. Ce laxisme est à l’origine de la reproduction de certains faits. Si vous aviez une perte sur tapis vert de ce match, il y aurait certainement des supporters qui réfléchiraient davantage."

Sur ce sujet, deux écoles s'opposent: les observateurs demandant - comme Houllié - des sanctions sportives pour les clubs, qui ne sont évidemment pas de cet avis, et ceux demandant des sanctions plus ciblées envers les fauteurs de troubles. Car la France - entre les interdictions administratives et judiciaires de stade, les amendes, voire les peines de prison - possède contrairement aux idées reçues un arsenal de répression individuelle très large. Encore faut-il se donner la peine d'identifier les vrais responsables, et que les clubs, parfois complaisants avec leurs fidèles, jouent le jeu.

"Il ne faut pas punir tout un stade ou un groupe de supporters parce qu’il y a des débordements qui concernent quelques personnes et provoquent l’arrêt de la diffusion du match pour les passionnés qui suivent ça à distance", estimait la ministre des Sports Roxana Maracineanu, mardi sur BFMTV. En mettant la pression aux formations: "Il faut aussi que les clubs osent se séparer de certains fans avec lesquels, historiquement, ils n’ont pas voulu se fâcher. Les moyens existent pour individualiser les sanctions. Je suis prête à accompagner ces dépôts de plaintes, encore faut-il identifier ces personnes et c’est uniquement avec les clubs que cela pourra se faire."

Plus que la "sévérité" des sanctions prises, c'est donc peut-être leur nature qu'il faudrait revoir. Sauf qu'aujourd'hui, elles sont généralement collectives, avec des huis clos et des interdictions générales de déplacement. Et, de fait, assez inefficaces.

Des supporters lensois face à Lille
Des supporters lensois face à Lille © Icon Sport

Des failles dans les dispositifs de sécurité ?

Si l'on part du principe que tous les supporters, contrairement à ce qu'espère l'Angevin Pierrick Capelle, ne se responsabiliseront pas d'eux-mêmes, c'est peut-être leur gestion dans les stades qu'il faudrait questionner. Or, sur ce point-là, les dispositifs de sécurité ne sont pas toujours adaptés.

"On avait écrit dans notre rapport avec Marie-Georges Buffet que la sécurité était défaillante dans plusieurs stades, rappelait Sacha Houllié sur RMC. On avait relevé l’absence de filets à Nice, le fait de coller les supporters des deux équipes en tribunes, ou le manque de stadiers." Des stadiers souvent "nouveaux" dans le métier, mal formés, ou plus habitués à gérer les confrontations (même non violentes) entre supporters de deux camps. Parce que la pandémie est passée par là, et parce qu'avant celle-ci, les interdictions de déplacement avaient tendance à fleurir.

"Il faut qu'on réfléchisse ensemble avec les clubs, c'est leur devoir d'assurer la sécurité avec leurs stadiers, la formation des stadiers, qui ont peut-être perdu l'habitude d'être là", résumait Maracineanu, regrettant une séquence qui "gâche les émotions et la passion que les supporters étaient contents de retrouver dans les stades".

C.C.