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OL: le bilan complet de Genesio en trois ans et demi, avant sa probable prolongation

Le suspense touche à sa fin. Jean-Michel Aulas devrait annoncer ce mardi, après la demi-finale de Coupe de France entre l'OL et Rennes, la prolongation de contrat de Bruno Genesio à l’issue de la saison. Le technicien français, qui a pris ses fonctions en décembre 2015, n’aura jamais su conquérir totalement des supporters qui rêvaient d’un grand nom. Mais son bilan, malgré l’absence de titre, est tout sauf infamant.

C’était un cadeau de Noël mais pas celui qu’attendaient les supporters. Le 24 décembre 2015, Bruno Genesio devenait l’entraîneur numéro 1 de l’OL et succédait à Hubert Fournier, dont il était l’adjoint et qui venait d’être démis de ses fonctions. "Différentes hypothèses ont été étudiées (arrivées de techniciens étrangers, français, promotion interne), qui ont conduit pour être efficace le plus rapidement possible, à la décision de privilégier l'unité institutionnelle en confiant jusqu'à la fin de cette saison dans un premier temps, le poste d'entraîneur à Bruno Genesio."

"Dans un premier temps". Mais les promesses de grand nom pour prendre place sur le banc lyonnais ont finalement été enterrées au profit de l’installation du technicien français sur le plus long terme. En juin 2016, Bruno Genesio est prolongé. Il devrait l'être de nouveau à l’issue de la saison actuelle, Jean-Michel Aulas devant a priori le confirmer ce mardi. L’occasion d’un bilan.

Pas de titre et un écart abyssal avec le PSG

Principal grief des supporters: l’absence de titre pour l’OL depuis 2012 et le dernier sacre en Coupe de France. "Je pense qu'un trophée est aussi important qu'une qualification en Ligue des champions", estimait Jean-Michel Aulas mi-mars, histoire de remobiliser les troupes après l’élimination face au Barça en Ligue des champions et avant la demi-finale de Coupe de France contre Rennes ce mardi. Au-delà du discours affiché par le président de l’OL, l’amertume d'une partie des fans du club se concentre sur Bruno Genesio.

En Coupe de France, Bruno Genesio, troisième entraîneur en pourcentage de victoires dans l'histoire du club (avec 55%, derrière Gérard Houllier et Alain Perrin), aura mené les Lyonnais à… un huitième de finale en janvier 2016 (défaite 3-0 chez le PSG) et un quart de finale l’an dernier (perdu 1-0 à Caen), après une élimination aux tirs au but par l’OM en 2017 dès les 16es de finale, avant ce dernier carré et peut-être mieux cette saison. En Coupe de la Ligue, ce sont trois éliminations en huitième de finale (2016, 2017 et 2018) et une nouvelle désillusion en quarts cette saison… au même stade que le PSG, qui avait donc laissé la voie parfaitement libre.

S’ajoute également la désillusion de 2018 en huitième de finale de Ligue Europa face au CSKA Moscou. Et, comble de l’infamie pour les supporters, le Groupama Stadium a accueilli la finale de la compétition entre l’Atlético et l’OM (3-0). Mais au-delà du palmarès vierge, c’est surtout l’écart qui sépare le club du PSG qui passe mal: 24 points à ce moment de la saison, alors que le club parisien compte un match en moins. Colossal. Cet écart était de 31 points en 2016 (PSG champion, l’OL deuxième), de 15 points l’an dernier. Avec en prime, ce sacre monégasque en 2017 qui laisse quelques regrets aux Gones.

Des objectifs globalement atteints

La priorité de l’OL, fort de son nouveau stade, c’est la Ligue des champions. "L’Olympique Lyonnais est parti pour un cycle de quatre ans avec l’ambition de gagner la Coupe d’Europe", confiait déjà Jean-Michel Aulas en 2011. Un poil ambitieux sans doute. Car l’objectif est surtout d’accueillir des matchs de la plus belles des Coupes d’Europe.

En 2016, après un départ catastrophique sous l’impulsion d’Hubert Fournier, l’OL de Bruno Genesio était parvenu à arracher la deuxième place de Ligue 1 à la faveur d’une deuxième partie de saison canon. Une saison couronnée, en prime, d’une victoire de prestige contre le PSG (2-1) et d’un carton contre Monaco (6-1) lors de l’avant-dernière journée.

L’accroc majeur est venu la saison suivante. En 2017, tandis que Monaco achève une saison fabuleuse avec un titre de champion de France, l’OL doit se contenter de la quatrième place, derrière Nice. Encore une fois, et malgré une préparation pleine pour l’entraîneur, le début d’exercice s’est avéré catastrophique. Et puisque le club a échoué en demi-finales de Ligue Europa après avoir été reversé à l’issue de la phase de poules de C1 (face à l’Ajax)… pas de Ligue des champions.

Troisième l’an dernier derrière le PSG et Monaco malgré quelques frayeurs en début de saison, Lyon a de nouveau atteint ses objectifs en retrouvant la petite musique de la plus belle des Coupes d’Europe. Strict minimum, répondent les supporters, qui ont mangé du caviar entre 2002 et 2008 avec sept titres de champions de France.

"Il s’est qualifié directement pour la Ligue des champions, il est sorti des phases de poules, son équipe est encore en demi-finales de la Coupe de France… Si ça se passe bien pour lui dans cette fin de saison, j’espère qu’il pourra continuer, notait lundi Julien Stéphan, son adversaire en demi-finales de Coupe de France. En tout cas, c’est tout le mal que je lui souhaite."

Des exploits qui restent en tête

L’image qui restera du parcours de l’OL en Ligue des champions cette saison – conclu sur un non match ou presque face au Barça en 8es – c’est cet exploit contre Manchester City en phase de poules (2-1 à l’Etihad Stadium). Et les éloges de Pep Guardiola. "On a joué contre une équipe très bonne, on parle tout temps le temps du PSG en France, mais on a joué contre une équipe très physique qui nous a posé beaucoup de problèmes, il y a beaucoup de très bons joueurs et de bonnes idées de l’entraîneur", notait le coach catalan.

L’OL est surtout devenu la bête noire du mastodonte parisien. Le 3 février dernier, les hommes de Bruno Genesio s’imposaient dans leur stade (2-1) grâce à Moussa Dembélé et Nabil Fekir. C’était déjà le même score à Lyon la saison dernière (2-1, buts de Fekir et Memphis Depay), effaçant la frustration d’un match aller maîtrisé pendant une heure (défaite 2-0). En février 2016, c’était déjà sur ce score que l’entraîneur des Gones signait son premier coup d’éclat.

L’éclosion des jeunes mais un effectif pas à son maximum?

Tanguy Ndombele, Houssem Aouar, Lucas Tousart, Moussa Dembélé, Ferland Mendy… Une grande partie de l’équipe-type (ou élargie) de l’OL actuelle est jeune et talentueuse, potentiellement valorisable sur le marché des transferts. Et c’est tout le travail de Bruno Genesio, qui n’a jamais perdu son vestiaire malgré la gronde des supporters.

"Depuis qu’il a repris l’équipe, on voit que l’équipe est toujours en haut du tableau. L’année dernière, on a fait un très beau parcours en Ligue Europa. Il est proche des joueurs, il donne le meilleur de lui. Il est parfois plus déçu que nous quand on perd un match. C’est quelqu’un qui fait très bien son boulot et j’espère qu’il va continuer encore longtemps à Lyon", notait encore Nabil Fekir en février dernier.

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- © AFP

Nabil Fekir justement. Victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit en 2015, le capitaine aura galéré pour retrouver son niveau. S’il n’affiche plus la constance de son éclosion, le meneur de jeu est redevenu indispensable, notamment lors du parcours européen de son club, et en dépit d’un transfert avorté l’été dernier.

Pour les points noirs, Jean-Michel Aulas regrette sans doute que ses recrues phares n’aient pas davantage apporté au collectif. Malgré des tentatives diverses – entre autorité affirmée et coton – Bruno Genesio n’aura jamais su tirer le meilleur de Memphis Depay sur la longueur. Même constat pour Bertrand Traoré.

La gronde permanente des supporters

Le principal échec de Bruno Genesio demeure sa relation avec les supporters. Tout est parti d’un malentendu avec ceux qui espéraient un grand nom. Il ne fut jamais vraiment levé. Risée régulière de Twitter – un mouvement atténué par son exploit contre Manchester City – "Pep" Genesio était au cœur des récentes discussions de Jean-Michel Aulas avec les collectifs d’ultras.

"J’aimerais tellement que ma relation avec les supporters soit différente en tant qu’ancien lyonnais, regrettait le principal intéressé en conférence de presse lundi. Mais j’ai appris à prendre du recul et à vivre avec." Entre un jeu qui ne les fait vibrer que sur certaines fulgurances, des contre-performances face à des adversaires accessibles, une disette de titres et une communication pas toujours idéale, c’est un package de reproches que les fans ont emmagasiné. Des supporters qui restent aussi nostalgiques des grandes années lyonnaises et qui rêvent à nouveau de grandeur. Cela passera, a priori, par Bruno Genesio.

A.Bouchery