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Rennes: ils ont vu grandir le phénomène Camavinga, ils racontent

Révélation de la première moitié de saison avec le Stade Rennais, Eduardo Camavinga impressionne déjà en Ligue 1, à seulement 17 ans. RMC Sport a interrogé les formateurs et éducateurs qui ont vu le nouveau phénomène du football tricolore grandir et s’épanouir sur les terrains.

A quelques heures du choc de la 20e journée de Ligue 1 entre Rennes et l’OM ce vendredi, un joueur breton suscite de nombreuses convoitises. Cadre de l’équipe de Julien Stéphan cette saison, Eduardo Camavinga réalise des débuts professionnels tonitruants dans l’entrejeu, à seulement 17 ans, et enchaîne les prestations de haute-volée.

Titulaire lors de seize matchs de championnat cette saison, le natif de Cabinda en Angola, impressionne notamment par sa maturité et sa vision du jeu. A tel point que la direction bretonne a déjà été obligée de démentir une approche du Real Madrid pour son prodige.

Un environnement familial soudé malgré les épreuves

Eduardo Camavinga se révèle auprès du grand public lors de l’exercice 2019-20 mais ses premiers formateurs se rappellent volontiers d’un talent qui sautaient aux yeux dès son plus jeune âge. Et pour les premiers à avoir profité de son football, le milieu de terrain s’est forgé dans les difficultés rencontrées par sa famille. Venue d’Angola pour fuir la guerre civile dans l’ancienne colonie portugaise, la famille Camavinga a été ballottée par les services sociaux avant de se poser à Fougères, à une quarantaine de kilomètres de Rennes.

Malgré les difficultés, le joueur de 17 ans et sa famille sont restés soudés et confiants dans l’avenir. Entre leur fuite d’Afrique ou l’incendie de leur maison à Fougères, leur quotidien n’a pas été facile. Mais c’est dans l’adversité que le jeune footballeur a pu se former. "On est attaché à Eduardo de par son parcours footballistique. Mais en plus, quand on connaît l’histoire, cela nous touche deux fois plus, avoue au micro de RMC Sport Nicolas Martinais, proche de la famille et ancien éducateur au club du Drapeau Fougères. Le voir en arriver-là avec toutes les péripéties, tant mieux pour sa famille. Cela fait plaisir. Ils ont quand même vadrouillé et en retiennent le positif. Parfois, on se plaint mais quand on les voit retenir le positif malgré leurs galères, chapeau !"

Camavinga, une dose de bonheur en plus

Et c’est justement accompagné de toute sa famille qu’Eduardo Camavinga a obtenu la nationalité française à la fin de l’année 2019, dans la foulée de son premier match avec les Espoirs à la mi-novembre. Une bonne nouvelle que le jeune milieu de terrain français a accueilli comme toujours, avec un grand sourire. 

"Je ne retiens même pas le footballeur dans un premier temps mais son sourire. Ce sourire, il l’a encore sur le terrain, se réjouit Landry Chauvin, ancien directeur de formation du Stade Rennais. Eduardo Camavinga, c’est un garçon qui rayonne au quotidien. Je l’ai très très rarement vu faire la tête. Il a eu quelques soucis musculaires en classe de troisième et était un peu en pétard car il ne jouait pas tous les matchs. Sinon, il a toujours gardé le sourire."

Une bonne humeur liée à l’atmosphère au sein de son cocon familial, selon l’ancien entraîneur de Nantes: "Le papa a des yeux rieurs et la maman a toujours le sourire, systématiquement. On est loin d’imaginer leur histoire quand on les voit."

Idem, on est loin d’imaginer le parcours d’Eduardo Camavinga quand on le voit tout sourire sur les pelouses de Ligue 1 chaque week-end. C’est probablement lié à cette faculté du jeune prodige à se concentrer sur le terrain et uniquement sur son match, une fois le coup d’envoi donné.

Camavinga, un talent à part

Véritable mordu de foot, capable d’assister aux matchs des plus grands à la fin de son match avec les jeunes, Eduardo Camavinga montre rapidement un gros potentiel selon ses premiers éducateurs. Son entraîneur à l’AGL Drapeau-Fougères raconte volontiers l’anecdote d’une passe dans la profondeur réalisée par le gamin de sept ans.

"Il a fait une passe dans le contre-pied d’un adversaire pour emmener son partenaire vers le but. Même chez les seniors, je ne vois pas forcément ce genre de passe, raconte Yannick Courteille pour RMC Sport. Son partenaire de huit ans lui reproche alors de ne pas lui avoir fait une passe dans les pieds. Je vais voir Eduardo pour lui demander et il me dit qu’en faisant une telle passe, son partenaire pourrait aller directement au but. Il était trop petit pour qu’on lui ait expliqué mais il l’avait senti. Il sentait déjà le foot à ce moment-là, tout simplement."

Aujourd’hui encore, son excellente vision du jeu reste l’une des principales forces d’Eduardo Camavinga sur le terrain. Sa capacité à casser la ligne adverse avec une passe verticale fait des merveilles en Ligue 1 et montre une impressionnante maturité malgré ses 17 ans.

"Il avait déjà quelque chose à part par rapport aux autres enfants. Il avait du charisme, avance encore Fabrice Dubreil, bénévole au club de Fougères qui accompagnait les enfants lors des déplacements. Dès qu’il mettait le pied sur le terrain, même depuis le banc de touche, il observait le jeu."

"Il voulait jouer au Stade Rennais"

Outre un énorme potentiel, le Rennais s’illustre également par une mentalité digne des plus grands professionnels. Et là encore, Eduardo Camavinga a rapidement montré une grosse volonté de réussir au plus haut niveau.

"J’avais posé une question dans la voiture en emmenant les enfants. Je leur avais demandé ce qu’ils voulaient faire plus tard en grandissant, se remémore encore Fabrice Dubreil. J’avais eu plein de réponses mais Eduardo a été clair, il voulait jouer au Stade Rennais. Cela avait été une réponse directe et franche. C’était déjà dans sa tête même si le parcours s’annonçait très long."

Eduardo Camavinga à l'échauffement du Stade Rennais
Eduardo Camavinga à l'échauffement du Stade Rennais © Icon Sport

Et grâce à un gros travail pendant son adolescence, le rêve d’enfant est finalement devenu réalité. "Dans ce qu’il fait au quotidien, à l’entraînement comme dans tout l’extra-sportif, il met tout en œuvre pour y arriver, lance également Philippe Barraud, responsable du recrutement des jeunes au sein du Stade Rennais. Quand on le voit jouer, dans tout ce qu’il peut faire, on voit un garçon qui n’a pas de limites. Aujourd’hui, il s’adapte à toutes les situations."

Un potentiel immense, comme sans limite, et une énorme volonté. Finalement, il ne manque déjà plus grand-chose à Eduardo Camavinga pour être un grand joueur. Ah si, peut-être de l’expérience, mais avec déjà seize titularisation en Ligue 1 cette saison ou encore quatre apparitions en Coupe d’Europe, le milieu de 17 ans poursuit sa fantastique progression. Tutoyer les sommets de la planète foot, voilà bien ce à quoi le souriant et talentueux milieu tricolore semble destiné.

Jean-Guy Lebreton avec Pierre-Yves Leroux