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Lens: pourquoi les smartphones sont interdits dans le vestiaire

L’entraîneur du RC Lens, Philippe Montanier, a décidé en début de saison de bannir le téléphone portable au centre d’entraînement. Les joueurs ont tous accepté un nouveau cadre de vie. Et le groupe s’en porte mieux.

Un joueur de football professionnel du Toulouse Football Club a été pris en flagrant délit, en train de regarder un autre match que celui de son équipe sur le banc, avec son téléphone portable. Aucune chance que cela se produise à Lens. Et pour cause, l’entraîneur des Sang et Or, Philippe Montanier, a tout simplement banni les téléphones dans le vestiaire. 

Le déclic est intervenu en fin de saison dernière. "Chaque fois que je rentrais dans le vestiaire, j’arrivais dans une pièce où chacun était avec son portable, a-t-il expliqué à RMC Sport. J’avais vingt joueurs qui ne se parlaient pas et qui étaient obnubilés par leur écran, soit pour jouer à un jeu vidéo, soit pour envoyer un message à la fiancée et aux parents."

Montanier: "Au début, ça grince un peu des dents"

Depuis cet épisode, Philippe Montanier a pris l’habitude de récupérer les téléphones de ses joueurs. Une tâche qu’il confie à Charles Boli (fils de Roger Boli, ancien vedette du RCL) et Tom Ducrocq, deux jeunes du groupe. "Il arrive de temps en temps qu’un joueur dise: 'Je l’ai laissé chez moi.' On prend les clés de voiture à ce moment-là, pour compenser", ajoute Philippe Montanier. Intraitable. 

L’entraîneur ne regrette pas sa décision, car il en récolte les bénéfices tous les jours. "Il y a plus d’échanges avec les joueurs lorsqu’ils n’ont pas le portable, a-t-il constaté. On essaye, nous, le staff, de se l’appliquer aussi, parce qu’on est tous de plus en plus dépendants du numérique. On s’aperçoit qu’au début, ça grince un peu des dents, on n’est pas des enfants. Puis une fois qu’on insiste un peu, cela devient naturel."

Mauricio: "Respecter le métier qu'on pratique"

La vie de groupe ne s’en trouve pas perturbée, les joueurs ont appris à gérer cette nouvelle donne. "C'est vraiment intéressant de réussir à se déconnecter, pour avoir une vie de groupe", souffle Tony Mauricio, milieu de terrain. Personne n'échappe à cette règle, pas même les blessés, pour lesquels des magazines sont mis à disposition en salle de soins.

"Pour sensibiliser, j’avais un imprimé un article sur ‘les smartphones, un poison dans le football’, que j’avais mis dans la salle de soins, précise l'entraîneur. Pas mal de joueurs y ont été sensibles. Les joueurs, on les a sensibilisés là-dessus. Après, chez eux, ils font ce qu’ils veulent. Mais au moins, quand on vient à l’entraînement, on travaille."

Tout le monde est logé à la même enseigne. Les joueurs récupèrent leurs téléphones en même temps. Celui qui est blessé ou qui n’a pas fait la séance collective doit attendre le retour de ses coéquipiers. Sur le banc, c'est pareil: hors de question de brandir le téléphone. "Pour moi, c'est inenvisageable, affirme Mauricio. C'est notre métier, il faut respecter ce qu'on fait, c'est une chance, et être conscient de la chance qu'on a de le réaliser."

QM avec Jean Bommel