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Manchester United: ce qu'il faut savoir sur Ralf Rangnick, le nouvel entraîneur des Red Devils

Ralf Rangnick (63 ans) va assurer l'intérim sur le banc de Manchester United jusqu'à la fin de la saison ont officialisé ce lundi les Red Devils. Le technicien allemand, qui a inspiré de nombreux compatriotes avec son "gegenpressing", a déjà 35 ans de coaching derrière lui, et demeure essentiellement connu pour avoir fait passer le RB Leipzig dans une autre dimension.

Son nom avait circulé ces derniers mois du côté de l’AC Milan, du Barça, d’Everton, de Newcastle, et même de Chelsea, qui lui avait proposé en fin d’année dernière un intérim avant de se "rabattre" sur Thomas Tuchel. Finalement, c’est sur le banc de Manchester United que Ralf Rangnick (63 ans) a atterri. Les Red Devils ont officialisé sa nomination ce lundi.

Le désormais ex-directeur sportif du Lokomotiv Moscou va prendre les rênes des Red Devils jusqu’à la fin de la saison avant de basculer sur une obscure fonction de consultant pour le club anglais.

Plus de 35 ans de coaching derrière lui

Modeste joueur amateur durant sa jeunesse (il a notamment évolué pour la réserve de Stuttgart), Ralf Rangnick s’est toujours vu terminer sur un banc. "Vous devez être né pour ça, expliquait-il au Red Bulletin (le magazine de Red Bull) il y a quelques mois. Même à six ans, quand je jouais avec des enfants plus âgés que moi, je voulais déjà faire les équipes, organiser le jeu et donner des conseils à tout le monde."

Tout en menant des études pour devenir professeur d’anglais et/ou de sport, Rangnick s’est d’ailleurs essayé à une expérience d’entraîneur-joueur dès l’âge de 25 ans (en 1983), avec le club de sa ville, le Viktoria Backnang. Avant de retourner bachoter. Impressionné par le Dynamo Kiev de Valeri Lobanovski, l’Allemand a beaucoup observé le travail du légendaire technicien ukrainien pendant qu’il passait ses diplômes, ainsi que l’AC Milan d'Arrigo Sacchi.

Devenu entraineur des jeunes de Stuttgart à la fin des années 80, Rangnick a ensuite dirigé des équipes de divisions inférieures au milieu des années 90 (Reutlinger, Ulm), pour revenir à Stuttgart en 1999 et cette fois prendre en charge l’équipe A. Sa première expérience à la tête d’un "gros" club. Ont suivi des passages à Hanovre (2001-2004), Schalke (2004-2005, puis 2011) et Hoffenheim (2006-2011), puis au RB Leipzig (2015-2016 et 2018-2019).

Ralf Rangnick en 2004 avec Schalke
Ralf Rangnick en 2004 avec Schalke © AFP

Un intello du football

Dans ces clubs, l’entraîneur a laissé l’image d’un homme obsédé par les détails, très planificateur, très organisé, soucieux de tout structurer et ayant parfois du mal à déléguer. Ce qui lui a valu quelques problèmes. En 2011, alors que son retour à Schalke avait été marqué en quelques mois seulement par une victoire en Coupe d’Allemagne, une victoire en Supercoupe, et une demi-finale de Ligue des champions, et qu’il était adoré par les supporters, Rangnick avait abandonné son poste à la surprise générale… pour burnout. Epuisé psychologiquement et physiquement, le technicien avait reconnu "ne plus avoir l’énergie nécessaire pour aider l’équipe à se développer", et être arrivé à la conclusion qu’il avait "besoin d’un break".

Le souci étant que l’Allemand, quand il est en poste, a du mal à débrancher. Comme beaucoup de grands techniciens, il vit football, mange football, dort football. Son surnom, "le professeur", n’a pas toujours été utilisé comme un compliment, d’ailleurs. Car Rangnick, véritable intello du ballon, peut renvoyer l’image d’un personnage donneur de leçons, d’un universitaire trop froid pour ce milieu. Pourtant, nombre de ses anciens joueurs le décrivent comme un homme chaleureux dans l’intimité du vestiaire, et surtout très droit. Qui, quand il donne sa parole, s’efforce de la tenir. Dix ans après son départ d’Hoffenheim, plusieurs de ses ex-poulains seraient d’ailleurs toujours en contact avec lui.

Le bâtisseur de la galaxie Red Bull

C’est là-bas, dans cette bourgade de 3000 habitants, que sa carrière a basculé une première fois, quand en 2006, le milliardaire Dietmar Hopp l’a contacté en lui fixant l’objectif de faire passer son club de troisième division à la Bundesliga. En s’appuyant sur des joueurs boudés par les gros clubs allemands, des étrangers méconnus (Demba Ba, Vedad Ibisevic, Luiz Gustavo…), et un style de jeu très offensif, Rangnick y est non seulement parvenu, mais il a même réussi à bousculer les cadors historiques de l’élite dans des rencontres souvent animées.

C’est grâce à cette expérience, grâce à cette image de bâtisseur, que Ralf Rangnick – quelques mois après son burnout – a été sollicité en juin 2012 par le groupe Red Bull pour devenir directeur du football à la fois du RB Leipzig (alors pensionnaire de quatrième division) et du RB Salzbourg. Dans l’ombre, Rangnick a contribué à la structuration des deux clubs à tous les niveaux, et à la mise en place d’un système selon lequel l’équipe autrichienne devait être la pépinière de l’équipe allemande. Durant son ère, Leipzig – totalement rajeuni – est passé de la D4 à la D3 (2012-2013), de la D3 à la D2 (2013-2014), puis a validé sa montée en Bundesliga à la fin de la saison 2015-2016, durant laquelle il s’est lui-même désigné entraîneur, comme il le refera en 2018-2019. Bref, si vous avez l’impression de voir du Red Bull partout aujourd’hui en regardant des matchs européens, c’est en bonne partie grâce à lui. Avant son départ à l’été 2020, Ralf Rangnick a même eu en charge la supervision et le développement des franchises américaine et brésilienne du groupe, à savoir les New York Red Bulls et le Red Bull Bragantino.

Ralf Rangnick (à droite) avec Ralph Hasenhüttl et Jean-Kevin Augustin à Leipzig en 2017
Ralf Rangnick (à droite) avec Ralph Hasenhüttl et Jean-Kevin Augustin à Leipzig en 2017 © AFP

Une inspiration pour les coachs allemands les plus cotés

Présenté outre-Rhin comme le "parrain du gegenpressing", ce style de jeu qui consiste (entre autres) à presser très vite et très haut l’adversaire à la perte du ballon pour le récupérer le plus rapidement possible, Ralf Rangnick a inspiré, voire influencé, de nombreux compatriotes. On pense à Jürgen Klopp, qui a sublimé le gegenpressing à Liverpool, mais aussi à Ralf Hasenhüttl (Southampton), dont le passage à Leipzig entre 2016 et 2018 a été un tournant, et bien sûr à Julian Nagelsmann (Bayern), l’un de ses derniers élèves au sein du club saxon.

Rangnick est aussi l’un des mentors de Thomas Tuchel, qu’il a dirigé à Ulm, et à qui il a offert son premier rôle de coach, chez les jeunes de Stuttgart à l’été 2000. Les deux compères auraient pu se retrouver face-à-face dimanche pour le choc de Premier League entre Chelsea et Manchester United, mais le timing était un peu trop serré. C’est donc Michael Carrick qui officiait sur le banc des Red Devils, avant de céder sa place cette semaine.

https://twitter.com/clementchaillou Clément Chaillou Journaliste RMC Sport