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Jeux olympiques: pourquoi la boxe et l'haltérophilie sont menacés pour Paris 2024

Dans une interview à France Info, Thomas Bach, président du Comité international olympique (CIO), a laissé entendre que la boxe et l'haltérophilie pourraient être retirés du programme des JO de Paris 2024. Ces deux disciplines sont dans la tourmente, à cause de nombreux scandales de dopage et de tricherie.

À force d'être source de polémiques autour du dopage et de la corruption, la boxe et l'haltérophilie risquent leur place pour les Jeux olympiques de Paris 2024 et pour les suivants. "Dans ces fédérations, il y a un de grands problèmes de gouvernance. (...) Nous surveillons la situation de très près et nous prendrons une décison le plus tôt possible dans l'intérêt des athlètes", a déclaré Thomas Bach, président du Comité international olympique, ce jeudi sur France Info. Malheureusement pour ces deux disciplines, cette sortie médiatique était prévisible. En particulier pour la boxe, encore tout récemment ébranlée par un nouveau scandale.

La boxe plombée depuis des dizaines d'années

Le 30 septembre, un rapport accablant de 150 pages a été dévoilé par le juriste canadien Richard McLaren, spécialiste des investigations dans le sport. Il révèle l'existence d'un "système" de tricherie orchestré au sein de la Fédération internationale de boxe (AIBA). Onze combats des JO de Rio ont été désignés "suspects". Parmi eux, près de la moitié ont abouti à des médailles françaises, dont les finales remportées par Tony Yoka et Estelle Mossely. Les succès en demi-finales de Sarah Ourahmoune et Sofiane Oumiha et la victoire en quarts de Souleymane Cissokho sont également concernés.

Si l'instance dirigeante de la boxe est dans la tourmente, c'est parce que le rapport n'accable ni les boxeurs, ni leur entourage, mais précisément des responsables de la fédération. L'enquête met particulièrement en cause le Français Karim Bouzidi, ex-directeur exécutif de l'AIBA, qui avait été licencié à trois jours de la fin des JO de Rio. Il y a deux ans, il avait déjà été soupçonné de s'être entendu avec les juges-arbitres les plus réputés pour favoriser certains pays.

Les soupçons dans la boxe sont récurrents, notamment parce que les victoires et les défaites reposent sur des appréciations de juges. En 1988 à Séoul, déjà, le multiple champion du monde américain Roy Jones Jr. avait clairement été victime d'une manipulation offrant la médaille d'or à son adversaire sud-coréen Park Si-hun. En 1996, à Atlanta, le Français Christopher Mendy avait été disqualifié de façon difficilement justifiable. En 2008 et 2012, le clan tricolore s'émouvait légitimement des décisions défavorables pour Alexis Vastine. C'est pourquoi, pour les Jeux de Tokyo, le CIO avait décidé d'écarter l'AIBA et de superviser lui-même les compétitions de boxe.

L'haltérophilie face à une "culture de dopage"

En haltérophilie, une bonne nouvelle a récemment été commentée par le CIO. Aux JO 2021, aucun cas de dopage n'a pour le moment été recensé. "C'est un succès de ces Jeux. On touche du bois. Si on regarde les chiffres du dopage, je ne suis pas au courant de cas dans la compétition, ni de disqualification en raison du dopage. Et c'est un élément à prendre en considération", avait déclaré Thomas Bach, en insistant sur les programmes mis en place pour "attraper les tricheurs" avant la quinzaine olympique.

Mais quelques mois plus tôt, un sérieux avertissement avait été adressé à la discipline: "La situation devient de plus en plus grave". Pour l'haltérophilie aussi, le juriste Richard McLaren avait rendu un rapport accusateur pour la fédération et son ancien patron Tamas Ajan. Selon ces investigations, 40 contrôles antiopdages avaient été "dissimulés". En parallèle, une enquête de l'Agence mondiale antidopage a révélé en 2020 que 18 haltérophiles avaient triché avec des sosies lors de tests d'urine. Sans compter que de nombreux podiums ont dû être modifiés a posteriori.

"Pendant trop longtemps, les haltérophiles propres ont dû faire face à une culture de dopage bien ancrée dans leur sport, où la promotion de la peur permettait de cacher la vérité et d’isoler les personnes qui voulaient agir correctement", avait tonné Witold Banka, le président de l'instance antidopage. Cette "culture de la corruption" également dénoncée par un récent documentaire de la télévision allemande avait poussé le CIO à réduire les quotas d'haltérophiles pour 2024. Ils étaient 260 à Rio et 196 à Tokyo. Ils seront 120 à Paris... si les épreuves sont maintenues.

Julien Absalon avec AFP