RMC Sport

Galles-France: récit d'un match fou depuis le pub de Gareth Bale à Cardiff

Arrivé sûr de sa force, le pays de Galles s'en est sorti d'un petit point contre le XV de France ce dimanche (20-19), en quarts de finale de Coupe du monde. Un match fou que notre reporter a vécu à Cardiff, dans le pub qui appartient à Gareth Bale, au milieu de supporters stressés, presque dingues de colère avant le soulagement final.

Cardiff. Son Millenium. Ses pubs de la Saint Mary Street. Ses maillots "Wales" les matins de match de la sélection. Dans la capitale galloise, un vent de confiance vient enivrer les fans des Dragons rouges ce dimanche. La bière aussi fait son effet. Qu’importe si le jour vient de se lever, le nectar coule déjà à flot au Eleven Bar, 15 Castle Street. Face au Château de Cardiff, le pub détenu par la star locale et footballeur du Real Madrid Gareth Bale ouvre ses portes, à 45 minutes d’un quart de finale tant attendu. Ici, on a encore en travers de la gorge l’élimination en demi-finales de la Coupe du Monde 2011 contre cette même équipe de France. Ce jour-là, un carton rouge adressé au gallois Sam Warburton avait fait basculer la rencontre côté Bleu avant qu’une pénalité manquée par Halfpenny envoie la France en finale. 

Vendredi soir, à l’entrée du City Arms, pub situé à deux pas du Millenium désormais appelé Principality Stadium, les Welsh fans commençaient l’avant-match. Parmi eux, Jake se montrait serein: "Nous avons probablement la meilleure équipe du moment, nous abordons ce match dans la peau de favoris. Je pense que nous faisons probablement plus peur que la France mais sur un match, la France peut battre n'importe qui. Il suffit qu'elle soit dans un bon jour." Ce dimanche matin, sur le trottoir du 15 Castle Street, le discours était plus retenu. "Bien sûr qu’on y croit, sourit Ben, les yeux trahissant sa présence au Sun Festival dans les rues de Cardiff la veille. Mais attention aux Français quand même, ils sont capables de tout, on l’a vu en 2011. C’est l’heure de la revanche."

La confiance puis la clim'

Le coup d’envoi approche, le Eleven Bar est plein. En bout de salle, Maryline présente une écharpe bleu-blanc-rouge, entourée par son mari Hervé et ses deux enfants. La famille vient de Montélimar. En vacances en Angleterre, elle a décidé de faire un détour par Cardiff pour assister au match "chez l’adversaire". Alors après que l’hymne gallois a résonné, la Marseillaise a, elle aussi, le droit à son moment de gloire.

La partie est lancée, Hervé est la première personne du pub à exprimer sa joie. Cinq minutes de jeu, premier essai pour les Bleus. Cinq minutes plus tard, la France mène 12-0. Silence dans le pub. Hervé, lui, préfère reste prudent: "On a tendance à bien commencer mais après… Il faudrait que les matchs durent deux fois dix minutes." Côté gallois, les mines sont crispées. A la mi-temps, le XV du Poireau est mené 19-10 et Jim ne s’y attendait pas vraiment. "Je suis très déçu par le pays de Galles, regrette-t-il. L’équipe de France joue bien, ils se débrouillent mieux que ce que je pensais. Honnêtement, je croyais que ça allait être un match facile pour nous, mais ce n'est pas ce qu'il se passe."

"France paid the ref!"

Le temps de la pause, les tournées de bière se commandent à toute vitesse. "On n’est pas dedans!", crie un Cardiffois énervé en dévorant ses "eggs and bacon". Le match a repris depuis quelques minutes et l’ambiance monte d’un cran. Les décisions arbitrales mettent hors d’eux les supporteurs gallois: "Open your eyes ref’ (Ouvre les yeux l’arbitre)" ou encore "That’s not possible. France paid the ref! (Ce n’est pas possible. La France a payé l’arbitre)", peut-on entendre.

Le tournant du rouge de Vahaamahina

Point d’orge des contestations, la 49e minute. Le Français Sébastien Vahaamahina est coupable d’un vulgaire coup de coude en pleine mâchoire du Gallois Wainwright. "Oh gosh! Red card, red card, red card! (carton rouge)" réclame-t-on côté gallois. Le souvenir de 2011 remonte à la surface, on se souvient alors que c’est un carton rouge qui avait été le tournant du match. Et c’est ce même carton qui est sorti contre le deuxième ligne des Bleus… Le Eleven Bar exulte et des "COME ON WALES! IT’S NOW! (Allez le pays de Galles, c’est maintenant)" retentissent. La suite leur donne raison, la sélection locale inscrit dix points quand les Bleus ne parviennent pas à scorer en seconde mi-temps. 

Joie intense mais mesurée 

La fin de match est tendue, un point sépare les deux équipes. On se mange les doigts, on se ronge les ongles, on se tire les cheveux, la crise de nerfs n’est pas loin. Jack est assis, en pleurs, les yeux rivés sur le chrono. Soudain, le gong retentit, le ballon est sorti de l’aire de jeu. Explosion de joie! Le pays de Galles s’impose 20 à 19, de quoi faire monter sur les tables quelques ultras. Kelly est plus calme, soulagée mais mesurée: "Ils nous ont fait cravacher. L'équipe de France était la meilleure équipe aujourd'hui, mais une victoire reste une victoire". Surtout quand elle est acquise dans la douleur.

"J'ai besoin de voir le médecin demain, souffle John, chapeau gallois sur la tête et lunettes de soleil sur le nez. C'était vraiment intense. L'essai qui est venu tôt a donné le ton pour le reste du match, comme on craignait. J’avais des frissons. Ça allait être un match fou, jusqu'au bout. Personne ne veut concéder un essai tôt. Pour un spectateur neutre, c’était un match absolument génial. Si vous étiez français, vous avez dû le vivre comme des montagnes russes."

La chance a tourné

Le mot qui revient le plus dans les bouches galloises? La chance, comme dans un jeu de loterie. "Je crois qu'on est chanceux de s'être sortis de ce match. On a utilisé notre carte 'sortir de prison gratuitement', s’amuse à dire James rapidement rejoint par Jack, le visage laissant apparaître des larmes séchées. Qu’est-ce que c’était stressant! La France a super bien joué, c’était génial. Bravo au pays de Galles mais un grand merci à la France qui a été très forte." 

A la sortie du pub, Greg enfile son écharpe aux couleurs du pays: "Je n’ai plus de voix à cause des encouragements, c’était un super match." En l’espace de vingt minutes, le Eleven Bar s’est vidé, Saint Mary Street aussi. Les Gallois sont désormais rentrés se reposer avant de vibrer à nouveau dimanche prochain en demi-finales, contre l’Afrique du Sud.

Clément Brossard à Cardiff