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XV de France: le bilan des Bleus, Brunel, Vahaamahina... Laporte se confie après l'élimination

Après la défaite rageante du XV de France contre le pays de Galles ce dimanche (20-19), en quart de finale de Coupe du monde, Bernard Laporte fait le bilan pour RMC Sport. Le président de la FFR apporte son soutien à Sébastien Vahaamahina après son carton rouge et se dit confiant pour l'avenir. Avec 2023 déjà en tête.

Bernard Laporte, quel est votre sentiment après cette défaite d'un point contre les Gallois?

Comme tous les Français, c'est beaucoup de déception mais aussi l'envie d'aller plus loin, d'encouragements vis-à-vis de cette équipe. Comme on le disait avec les joueurs, la discipline, c'est la qualité numéro 1 dans le sport de haut niveau. On ne peut pas se pénaliser soi-même. Sébastien Vahaamahina a fait cette erreur. Il est le premier blessé. On doit l'entourer. Il sait qu'il a fait une grave erreur, il assume sa responsabilité. Mais qui n'en a pas fait? C'est comme ça, c'est mal tombé, ça nous fait mal. Mais je retiendrai surtout un grand match de notre équipe de France. Les Gallois n'ont pratiquement pas existé. Sans cette erreur, je crois qu'on aurait largement gagné. C'est pour cela que c'est bien regrettable. Beaucoup de déception mais aussi beaucoup d'encouragements pour la suite. 

Le groupe en veut-il à Sébastien Vahaamahina après son carton rouge pour un coup de coude à la 49e minute?

Non le groupe ne lui en veut pas du tout. Quand on joue au rugby, on sait que ça peut arriver. Ce n'est pas une excuse, mais le premier blessé, c'est lui. Ce qui est important, c'est de lui apporter notre soutien dans ce moment-là. C'est un moment difficile qu'il va traverser, qui va lui rester un peu, peut-être. Même très longtemps. On est là pour l'épauler, pour l'aider. C'est dommage pour tout le rugby français, pour tous nos supporters, pour les millions de gens qui ont regardé le match. Mais c'est la vie, c'est le sport. 

L'équipe de France vous a-t-elle séduit durant ce match?

Je crois que c'était une très grande performance. Je parlais avec Warren Gatland (sélectionneur gallois ndlr) après le match, il me disait 'je ne sais pas si en dix ans, on s'est fait secouer comme aujourd'hui, si on s'est fait traverser comme ça'. Donc oui ça fait râler. J'entendais les sons de cloche à droite à gauche mais je les voyais s'entraîner. Je le disais qu'il y avait du talent dans cette équipe, qu'elle est jeune certes. Donc elle manque par moments d'expérience. Mais elle a un talent fou. C'est pour ça que c'est vraiment dommage. 

Quel bilan tirez-vous de ce Mondial?

Je crois que c'est une Coupe du monde réussie dans la mesure où on sort de cette poule avec l'Argentine et l'Angleterre, et qu'on est qualifiés au bout du troisième match sans avoir joué les Anglais. Après, cela aurait été abouti si on avait été en demi-finale de Coupe du monde. Parce que qui dit demi-finale dit au moins petite finale, voire la grande. Mais sortir de cette poule n'était pas simple, ils l'ont fait. Ce n'était pas simple de trouver des repères. Aujourd'hui on a vu une équipe qui joue ensemble, qui est organisée, qui sait ce qu'elle fait. Cela n'a pas suffi, on s'est bouffé le match et on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes.

Etes-vous confiant pour la suite?

Oui je suis optimiste sur ce que j'ai vu là. Cette équipe est jeune, 75% des joueurs seront là pour l'avenir. Et l'avenir, c'est le France-Angleterre du Tournoi des VI Nations 2020. Et bien sûr qu'on a en ligne de mire la Coupe du monde 2023 en France.

Qu'avez-vous dit à Guirado et Picamoles, qui mettent fin à leur carrière internationale?

Guirado et Picamoles s'en vont, peut-être que d'autres arrêteront mais ne l'ont pas encore dit. Je les ai simplement remercié pour tout ce qu'ils ont apporté au rugby français. Ils ont beaucoup donné, beaucoup oeuvré avec beaucoup de difficulté puisque l'équipe de France est dans la difficulté depuis dix ans. Mais j'avais retrouvé l'équipe de France qu'on aime contre l'Argentine en première période et aujourd'hui. Warren Gatland me disait 'c'est incroyable les progrès que vous avez fait en cinq mois'. C'est encourageant mais il y a beaucoup de déception parce qu'on rentre à la maison. 

C'était aussi le dernier match de Jacques Brunel en tant que sélectionneur...

Oui c'était le dernier match de Jacques... c'est comme ça. A l'image de tous les joueurs, il est déçu. Pour lui, dire que c'est encourageant c'est bien, mais il n'y sera pas. Mais il y a au moins ça. Il aura fabriqué une équipe pour l'avenir. Sa patte sera là, il pourra dire que 75% des joueurs joueront au moins dans les quatre ans qui arrivent. Il a préparé un nouveau cycle.

L'objectif de Fabien Galthié et de son staff, c'est désormais de briller en 2023?

C'est d'abord de briller au Tournoi des VI Nations 2020. Il faut prendre les étapes les unes après les autres. Il y a d'abord le tournoi à gérer, avec un France-Angleterre extraordinaire à jouer. Après il y a, en ligne de mire, la Coupe du monde 2023. C'est tellement passionnant! Beaucoup d'hommes aimeraient avoir ce challenge. Fabien est capable de le relever, il sera super bien entouré. J'ai vu Shaun Edwards (entraîneur de la défense galloise, qui va rejoindre les Bleus ndlr), il nous a dit qu'ils ne méritaient pas de gagner (sourire) mais il est ravit de venir, il m'a dit 'j'ai vu de bonnes choses et d'autres à améliorer'. 

Avoir été là pour ce Mondial va faire gagner du temps à Fabien Galthié...

C'est une aubaine. Si on regarde les grandes nations, c'est souvent le second qui prend la place du premier. On va voir ce que vont faire les Blacks. C'est important: les joueurs connaissent le sélectionneur, sa façon de travailler, ses attitudes... c'est important.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud