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Procès de Benjamin Mendy: "Quand il ne regardera pas, je te kidnapperai", le récit du premier témoignage d'une plaignante

Le procès de Benjamin Mendy se poursuit en Angleterre, avec en ce mercredi le premier récit d'une plaignante qui accuse l'international français de tentative de viol. Des faits remontant à octobre 2018.

Ce mercredi, au tribunal de Chester, a démarré l'audition des témoignages des victimes présumées, qui accusent Benjamin Mendy de huit viols, une agression sexuelle et une tentative de viol, mais aussi son ami Louis Saha Matturie (aucun lien avec l'ancien joueur) de huit viols et quatre agressions sexuelles. La première plaignante à être entendue dit avoir été victime d'une tentative de viol de la part de l'ex-joueur de Manchester City en octobre 2018.

Son témoignage ne s'est pas fait devant le tribunal, mais auprès de la police lors de son dépot de plainte en janvier 2022. C'est l'enregistrement de cette audition qui a été diffusé au cours de l'audience, ce mercredi. Ce dispositif permet à la victime présumée de ne pas se rendre à la cour, selon une disposition propre à la loi anglaise. L'audition a démarré et duré 1h40.

Dans son récit, la victime précise à la police avoir rencontré Benjamin Mendy et un de ses amis à Barcelone en 2017. Elle ajoute avoir échangé avec un ami du joueur, plus tard identifié comme Diacko Fofana (un footballeur né en 1994 comme Mendy et avec qui il a passé une partie de sa formation au Havre, qu'elle n'accuse pas), sans vraiment avoir d'interactions avec Mendy.

Quelques mois plus tard, en octobre 2018, elle raconte avoir retrouvé les deux hommes ainsi que d'autres personnes dans un restaurant, où ils jouaient à des jeux d'alcool. Le groupe a ensuite pris la direction de deux clubs. La victime dit qu'elle se trouvait avec Diacko Fofana lorsque Benjamin Mendy serait venu pour lui dire: "Quand il ne regardera pas, je te kidnapperai." Une phrase qu'elle prenait alors comme une plaisanterie.

Mendy accusé de s'être exhibé sans consentement

Elle et le reste du groupe ont alors pris la direction du domicile de l'international français. La victime affirme dans son témoignage à la police qu'elle était ivre à ce moment-là, mais consciente. Le lendemain matin, elle s'est réveillée chez le joueur puis est allée prendre une douche. Benjamin Mendy serait alors entré dans la salle de bain alors qu'elle était nue. La victime dit avoir demandé au Français de partir. Elle aurait alors mis une serviette avant d'attraper des sous vêtements pour "se protéger". "Il n'arrêtait pas de m'en empêcher", précise-t-elle. Mendy aurait ensuite enlevé son caleçon puis exhibé son pénis vers elle. Elle dit avoir crié "arrête".

La plaignante précise qu'elle "n'arrêtait pas de le repousser" et qu'il continuait à "l'attraper". "Il s'est assis sur le lit et m'a mise sur lui", ajoute-t-elle en précisant qu'elle faisait tout pour que la serviette autour d'elle ne s'enlève pas. Elle dit avoir essayé sans cesse de le repousser, mais qu'il continuait de revenir à la charge. Mendy aurait alors enlevé son boxer en lui disant "des choses comme: 'Tu as peur? Tu n'as pas à avoir peur'". Il aurait alors ajouté: "Je ne vais rien te faire". Elle précise avoir plusieurs fois demandé au joueur d'arrêter.

"J’ai essayé de prendre mes distances, mais il n’arrêtait pas de me suivre"

La victime raconte ne pas avoir crié, malgré la présence d’autres occupants dans la maison, car elle ne "comprenait pas ce qu'il se passait", se sentait déboussolée et prise au piège en territoire hostile. "Il était avec une jolie fille la nuit d'avant, je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé", ajoute-t-elle.

Lorsqu'elle souhaite partir, toujours selon son récit, elle tente de commander un chauffeur VTC en vain. Mendy lui aurait dit d’attendre et que son chauffeur la ramènerait vers la gare la plus proche. Mendy lui aurait dit qu’il voulait juste "la voir". La plaignante rajoute: "J’ai essayé de prendre mes distances, mais il n’arrêtait pas de me suivre", alors qu’elle tente d’attraper ses sous-vêtements. Elle dit ne pas savoir comment l’incident s’est terminé.

L'audience s'est poursuivie avec un autre enregistrement, présentant le contre-interrogatoire mené par Eleanor Laws, l'une des avocates de Mendy après la déposition de la victime. C'est la première fois que la défense de Benjamin Mendy s’exprime. L'avocate du footballeur suggère à la plaignante qu'elle et le joueur étaient "ensemble dans le lit" et que les deux flirtaient. La victime précise que ce n'est pas vrai. L'avocate estime aussi que la plaignante aurait pu partir quand elle le voulait au moment où le joueur l'a approchée dans la chambre. La victime répète qu'elle était retenue par lui.

"Il était hors de contrôle"

En référence à la phrase où Mendy dit vouloir la kidnapper, l’avocate dit que c’était du flirt et un ton léger. Mme Laws a ensuite demandé à la plaignante pourquoi elle n’a pas autorisé la police à consulter son portable. La plaignante a répondu qu’elle avait des photos nues d’elle et qu’elle ne voulait pas que la police les voit. Elle affirme que ce n'est pas en raison de certains messages.

La plaignante a aussi affirmé que Mendy ne lui avait jamais demandé de relation sexuelle. L’avocate dit que la plaignante a dit au Français "non" et que l’histoire s’arrêtait là. "Je ne suis pas d’accord", a répondu la jeune femme. Le procureur Timothy Cray a ensuite demandé comment elle a senti Mendy pendant sa présence dans la salle de bain: "Il était hors de contrôle, a-t-elle déclaré. J’ai répété stop et non plusieurs fois sans être entendue."

Les débats reprennent jeudi avec l'audition en physique de l'une des 13 accusatrices. Elle sera confrontée directement à Benjamin Mendy, qui pourrait choisir de rester silencieux et de laisser la parole à ses avocats.

AC avec Arnaud Valadon