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Comment Roland-Garros a décroché une dérogation surprise de l'Elysée pour Nadal-Djokovic

La demi-finale remportée par Novak Djokovic contre Rafael Nadal, ce vendredi soir à Roland-Garros,, a pu s'achever avec du public, grâce à une dérogation au couvre-feu exceptionnelle accordée par l'Elysée.

C'est une divine surprise annoncée par le speaker peu avant 23h, heure du couvre-feu imposé jusqu'au 30 juin dans le cadre de la procédure de déconfinement: alors qu'il clamait déjà son refus de quitter les lieux, le public de Roland-Garros a appris qu'une dérogation exceptionnelle et de dernière minute avait été accordée par l'Elysée et Matignon pour que la demi-finale entre Novak Djokovic et Rafael Nadal ne s'achève pas à huis clos.

"Par tous les moyens, on voulait que ce match continue parce qu'on sentait que c'était électrique, raconte le directeur du tournoi Guy Forget. Si on avait dit aux gens qu'il fallait qu'on les mette dehors, cela aurait peut-être été dangereux. On a reçu ce coup de téléphone des autorités disant que, de manière exceptionnelle, on allait pouvoir laisser le match jusqu'à son terme... je ne vous raconte pas le bonheur qu'on a tous eu quand on a senti que le match (en public) allait durer."

Car avant le triomphe du numéro 1 mondial face à l'Espagnol en quatre sets, Stefanos Tsitsipas avait eu besoin de cinq manches pour éliminer Alexander Zverev. Un dernier carré à rallonge donc, finalement entièrement bouclé devant du public. "On a eu deux demi-finales extraordinaires. Sur des matchs comme ça, en moyenne, c'est 2h40, note Guy Forget. Quand on a vu la tournure des événements, on s'est dit que ça allait être compliqué. On a pu avoir cette petite autorisation qui nous a fait du bien."

La FFT aurait pris "le risque d'aller au delà de 23h" même sans dérogation

"Cela s'est fait d'une façon très simple, raconte le président de la Fédération française de tennis Gilles Moretton à RMC Sport. On demande, depuis le 8 juin au soir, d'avoir une dérogation sur la session de nuit, on ne l'a pas obtenue. On a été de bons élèves tout au long du parcours, on a tout respecté. Là, il y avait un moment d'exception. Ma directrice générale Amélie Oudéa-Castera, en relation permanente avec l'Elysée et Matignon, a obtenu l'autorisation un peu à la dernière minute de continuer."

"Très sincèrement, j'avais déjà assumé le fait qu'on prendrait le risque d'aller au delà de 23h, assume même le dirigeant de la FFT. Sur la dernière session, on a été obligé de faire sortir le public et j'avais assumé le fait qu'on sortirait, tout le scénario était prêt. Ce soir, le Djokovic-Nadal au delà de 23h, on ne peut pas faire partir le public, ce n'est pas possible."

"C'est toujours dangereux quand les gens sont frustrés"

Mais alors, qui a passé le coup de fil du miracle? "Je ne vais pas vous dire, commence par lâcher un Guy Forget réticent. Forcément cela vient d'assez haut, on ne peut pas se permettre aujourd'hui de désobéir, on a toujours respecté le protocole, même si cela a parfois été difficile. Cette nouvelle a fait vraiment du bien."

D'autant que les spectateurs n'étaient pas décidés à évacuer les lieux et l'avaient fait savoir dès le gain de la troisième manche par Djokovic. "C'est toujours dangereux quand les gens sont frustrés, ils avaient le sentiment d'assister à un moment historique de Roland-Garros. Et alors qu'ils ont respecté le protocole, fait les tests, sont vaccinés, espacés, on n'a que 5.000 personnes... je pense vraiment que c'était la bonne décision", conclut le directeur du tournoi. Le public ne dira pas le contraire.

A.Bo avec A.Rech et E.Salliot