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Cyclisme: le peloton français regrette le "deux poids deux mesures" après les infiltrations de Nadal

Après le message de Thibaut Pinot, qui a peu goûté à la 14e victoire de Rafael Nadal à Roland-Garros, le peloton français comprend en grande partie le sous-entendu du leader de la Groupama-FDJ sur les infiltrations du Majorquin. Les coureurs regrettent le "deux poids deux mesures".

Une prise de position conforme à ses convictions régulièrement assumées pour un sport plus sain. Après le 14e sacre de Rafael Nadal à Roland-Garros ce dimanche, Thibaut Pinot a réagi à une déclaration de l'Espagnol, qui ironisait après son succès sur le nombre d'infiltrations reçues à son pied gauche pour pouvoir remporter le tournoi. "Les héros d'aujourd'hui...", a pointé du doigt le Français de 32 ans, dans un sous-entendu assez clair.

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Pinot engagé contre les infiltrations

Une chose est sûre: ce que le tennis a permis à Nadal, qui s'est soigné à l'aide d'infiltrations de produit anesthésique pour endormir la douleur liée au snydrome de Müller-Weiss, le cyclisme ne le permet pas. En l'état, un cycliste aurait dû abandonner la compétition pour se soigner. "Dans ce domaine, je pense qu'on est l'un des sports où on lutte le plus. On n'a pas les mêmes règles que le tennis mais si on commence à penser à tout ça, on n'avance plus, a noté Rudy Molard, coéquipier de Thibaut Pinot à la Groupama-FDJ depuis 2017. C'est clair que tout le monde idéalise Nadal et le considère comme un grand champion, je pense qu'il l'est. Après, si sa blessure est vraiment sévère et qu'il a le droit de se soigner, qu'il le fasse."

Par le passé, Thibaut Pinot s'est déjà positionné clairement contre les infiltrations dans le sport et plus précisément dans le sien, le cyclisme. Pour soigner son dos, il avait tenté de résoudre le mal qui le rongeait par une infiltration lors de l'hiver 2020, dans une période sans compétition, quelques mois après sa chute lors du Tour de France. "Quand je vois l’effet que l’infiltration m’a fait dans le dos, je me dis que des courses, il y en a plusieurs que j’aurais finies", résumait-il dans un entretien en 2021 à L'Equipe.

"Tant qu'on est dans les règles...", nuance Benjamin Thomas

Interrogés ce lundi au départ de la deuxième étape du Critérium du Dauphiné, les coureurs français regrettaient pour la plupart le "deux poids deux mesures" et la différence de traitement entre les deux sports. "C'est un peu bizarre. Dans le vélo, c'est très strict là-dessus dû à l'histoire de ce sport. On sait que le vélo n'a pas toujours été très propre. C'est un peu compliqué cette situation. Je pense qu'il faudrait éclaircir tout ça, c'est spécial, a lancé Rémi Cavagna, membre de la formation Quick-Step Alpha Vinyl et actuel champion de France. Quand on est malade, on ne peut pas partir, c'est comme ça. Je pense que tout le monde doit être au même titre, égaux."

Si Benjamin Thomas, le double champion de France du contre-la-montre, espère que Nadal "n'aura pas de soucis de santé" à terme, il estime aussi "qu'on ne peut rien dire tant qu'on est dans les règles". Même son de cloche pour Aurélien Paret-Peintre, pour qui "chacun agit comme il veut" à partir du moment où les instances du tennis l'autorisent."

"C'est la zone grise et une fois qu'on est dedans, ce n'est pas bon", juge Elissonde

Passé professionnel en 2012, Kenny Elissonde se concentre aussi sur son sport, en souhaitant qu'il tende "à être le plus sain possible". "C'est pour le mieux, quand on commence à ouvrir la porte à des choses comme ça, c'est là que les dérives arrivent. C'est la zone grise et une fois qu'on entre dedans, ce n'est pas bon, a tout de même souligné le grimpeur de poche. Depuis que je suis pro, ça a toujours été comme ça. Dans la génération d'anciens, certains ont peut-être un peu abusé et cela faisait partie du métier. J'ai toujours eu ce double traitement où on était considéré comme ça, comme des coureurs qui se dopaient. De ce que j'ai vu, je pense qu'il n'y a pas beaucoup plus propre que le vélo."

Faut-il alors que tous les sports s'alignent sur les mêmes règles à suivre en matière de lutte contre le dopage? "En tant que cycliste, on ne peut rien prendre et c'est la voie à suivre je pense, a estimé Kenny Elissonde, ancien coéquipier de Pinot et désormais du côté de la Trek-Segafredo. Dans notre génération de cyclistes, c'est comme ça qu'on a appris le métier. Avec Thibaut, on a les mêmes valeurs. Dans le vélo, c'est impossible de faire comme ça."

GL avec Arnaud Souque