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Tour de France: pour van der Poel, petit-fils de "Poupou", le rêve est devenu réalité

Mathieu van der Poel a remporté ce dimanche la deuxième étape du Tour de France, à Mûr-de-Bretagne, où il a pris en même temps le maillot jaune de leader des épaules de Julian Alaphilippe. Un beau clin d’œil à son illustre grand-père, Raymond Poulidor.

Il fallait s'attendre à ce qu'il prenne sa revanche. Et pas dans cinq, dix ou quinze jours. Depuis le début de sa carrière, Mathieu van der Poel est du genre impatient. Tout doit aller très vite avec lui. Alors quand il a franchi la ligne d'arrivée en vingtième position samedi à Landerneau au terme de la première étape du Tour de France, impuissant devant la fusée française Julian Alaphilippe, tout le monde savait qu'il aurait envie de rectifier le tir dès le lendemain. Mission accomplie pour le Néerlandais. Ni Julian Alaphilippe, ni Tadej Pogacar, ni Primoz Roglic ne sont parvenus à le dominer ce dimanche à Mûr-de-Bretagne, terre d'arrivée de la deuxième étape du Tour de France. Ce succès, décroché avec une facilité déconcertante dès le deuxième jour pour sa première participation sur la Grande Boucle, lui permet en prime de s'emparer du maillot jaune de leader du classement général.

Un superbe hommage à son grand-père

Un exploit que son grand-père Raymond Poulidor, chouchou des Français, décédé en novembre 2019, n’a jamais réalisé en quatorze participations entre 1962 et 1976. Van der Poel n'en est pas encore à un tel degré de popularité, mais l’histoire du Tour est ponctuée de clins d’œil savoureux et l'image était forte au moment du grand départ à Brest. L’Union cycliste internationale avait exceptionnellement autorisé Alpecin-Fenix, la formation belge de Van der Poel, à porter pour l'étape d’ouverture un maillot rendant hommage à Poulidor, ce grand monsieur, ce héros populaire par excellence entré dans le cœur du public pour sa modestie, son humanité et pour avoir aussi terminé trois fois à la deuxième place du Tour (1964, 1965 et 1974). Avec ce beau maillot inspiré des couleurs jaune et violet du maillot de l'équipe Mercier de Poulidor, Van der Poel aurait tant aimé lever les bras sur les routes du Finistère samedi après-midi, mais Alaphilippe était inarrêtable, sur un nuage.

"Je n'avais pas les jambes que j'aurais voulu avoir. J'étais mal placé au pied de la dernière côte, j'ai essayé de me replacer. Quand Julian est parti, personne n'a essayé d'aller le chercher. Tadej Pogacar et Primoz Roglic sont sortis, j'ai pu rentrer sur eux mais j'avais les jambes qui brûlaient", avait sobrement reconnu Van der Poel. Avant de lancer, en forme de d’avertissement pour ses rivaux: "Je vais essayer encore." Celui qui découvre le Tour au même âge que son regretté grand-père (26 ans) a fait mieux qu'essayer. Il a une nouvelle fois fait honneur à sa réputation d'attaquant insatiable et décomplexé. C'est lui qui a dynamité la course en se portant à l'avant dès le début de la première des deux ascensions de Mûr-de-Bretagne, à 16 kilomètres de l'arrivée. Et c'est encore lui qui a dégainé comme une bombe dans les pourcentages les plus forts pour éliminer ses rivaux et écœurer la concurrence.

"Vraiment dommage qu'il ne soit pas là..."

"Je ne sais pas quoi dire, je suis très ému, a-t-il lâché en larmes, à bout de force, après avoir été félicité par Alaphilippe ce dimanche. J'avais mis tout ce que je pouvais dans la première ascension pour avoir les bonifications, c'est incroyable." Avec une telle victoire et cette émotion si touchante, Van der Poel va rapidement se faire apprécier du grand public, qui connaît encore mal le personnage. Un garçon né en 1995 en Belgique, d'une mère française (Corinne Poulidor, fille de) et d'un ex-coureur néerlandais (Adrie van der Poel, porteur du maillot jaune sur le Tour une journée en 1984), qui se sont rencontrés à la fin des années 80... en Martinique. Comme une évidence, Mathieu a suivi les traces de son père et de son frère David. En se montrant à l'aise sur tous les terrains. Du cyclo-cross au VTT (discipline dans laquelle il visera l'or olympique cet été à Tokyo), en passant donc par la route. Son explosivité, sa façon de courir à l'instinct, de se lancer dans des numéros solitaires en attaquant de loin en font un coureur à part. Un champion qui adapte sa stratégie à chaque terrain, à chaque adversité.

Et qui n'aime pas beaucoup partager. Avant de se présenter sur le Tour, il avait fait le plein de confiance lors de la première partie de saison en remportant les Strade Bianche, deux étapes de Tirreno-Adriatico, puis deux autres sur le Tour de Suisse, tout en s'étant classé cinquième de Milan San Remo et deuxième du Tour des Flandres. Rien de comparable, toutefois, avec le bonheur et la fierté de gagner sur le Tour. Au nom de son grand-père. "J'imagine comment il serait fier, a-t-il confié, marqué par l'émotion. C'est vraiment dommage qu'il ne soit pas là... Je savais que c'était ma dernière chance de prendre le maillot, c'est incroyable de réussir. J'ai senti que j'étais beaucoup mieux aujourd'hui." Difficile de dire le contraire.

Raymond Poulidor
Raymond Poulidor © AFP
https://twitter.com/rodolpheryo Rodolphe Ryo Journaliste RMC Sport