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eSport: sur FIFA, la France a son Pep Guardiola, il s’appelle Alan ''Zaldinho'' Brin

Il est là depuis toujours sur la scène esportive, d'abord sur PES puis après sur FIFA. Champion du monde à cinq reprises, il a fait de Bruce Grannec une véritable légende et propulsé le jeune Lucas Cuillerier du PSG eSports au sommet de la planète sur FIFA 17. Alan Brin, dit « Zaldinho », est un coach de talent et un visionnaire, qui ne goûte que très peu à la lumière. RMC Sport est parti à la rencontre de ce personnage à la passion hors-normes.

Le visage est un peu fermé. Grimaçant. Non pas que le gars ne soit pas souriant, hein… Mais la caméra, « ce n’est pas vraiment son truc ». « Lui, c’est l’homme de l’ombre » nous glisse un de ses prestigieux anciens protégés, Bruce Grannec. Pourtant, depuis deux mois maintenant, il est de plus en plus compliqué pour lui de se cacher. « Lui », c’est Alan Brin, un homme de 40 ans. Père de trois enfants, un garçon, deux filles. Ancien chauffeur-livreur. Alan Brin ne paie peut-être pas de mine mais « Zal » ou « Zaldinho », lui, c’est du lourd. Du très lourd. Sur sa vitrine, des titres, des titres et encore des titres donc cinq Coupes du monde, quatre avec le fameux Bruce, légende vivante de l’esport hexagonal sur FIFA. De quoi faire rougir de jalousie n’importe quel coach de la planète. Voilà, c’est ça, Alan Brin est un coach. Pas de football traditionnel. Mais de ballon rond virtuel. Et dans sa galaxie, il est un sacré coach. Pour ne pas dire le meilleur.

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Il monte sa propre équipe de base-ball à 11 ans

La preuve ? C’est lui et pas un autre que le PSG est allé chercher au moment de monter sa division eSports, afin de prendre sous son aile une jeune pépite de 16 ans, Lucas Cuillerier, dit « DaXe ». Une belle marque de reconnaissance pour Alan « qui a toujours voulu en faire un métier ». Et une exposition XXL surtout pour ce passionné, toujours à fond, toujours avec son carnet de notes et son stylo, à noter et renoter les schémas tactiques et les compositions d’équipe qu’ils observaient sagement devant l’écran. Lui, le natif de la région parisienne… tombé assez tard, finalement, dans la marmite du jeu vidéo. « A l'âge de 26-27 ans », précise-t-il. A l’époque, Alan n’hésitait pas à faire le tour de la France, seul, en TGV, pour disputer des tournois sur PES 2. L’intéressé s'essaie aussi au jeu de tir à la première personne, Counter-Strike. Il adhère au concept, l’adore, au point de rallier une team. Sans moufter dans un premier temps. Avant de l'ouvrir une fois, deux fois, trois fois. De s’occuper de la stratégie de l’équipe, de discuter certains choix. « Zal », le coach est né.

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- © PSG eSports - Christopher Lemercier

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« Je savais qu’il y avait un niveau de sport électronique de très haut niveau, assure-t-il. C’est grâce à ça que j’ai franchi le pas, en sachant qu’il pouvait y avoir un monde professionnel et esportif derrière. Le leadership ? Je l’ai eu naturellement. Quand j’avais 11 ans, j’ai monté une équipe de base-ball dans ma ville. J’ai toujours eu ça en moi et je pense que ça m’a aidé. » Il n’y a pas que le base-ball qui a façonné la casquette de coach d’Alan Brin. Foot, tennis, skate-board, mais aussi lutte et boxe thaï, « Zal » aura touché à tout, aura tout éprouvé ou presque sur le terrain, lui le mordu de sport, capable de regarder un match de foot comme un tournoi de pétanque, avec la même passion. Son niveau ? Amateur, comme plus tard à la console. Et alors ? « Le niveau du coach n’est pas important quelque part. Mais il faut connaitre le jeu, en en être expert, en connaitre les subtilités, estime Alan. Quand vous regardez des boxeurs de haut niveau, ce ne sont pas des champions du monde que vous voyez dans le coin du ring mais des gens qui connaissent leur métier. Et je pense connaitre mon métier. »

Pas le meilleur à la console mais…

Il va commencer à le mettre en pratique sur PC, avec PES 4. Une bande de potes, lié aujourd’hui à vie, se crée. Bruce et Alan donc mais aussi Mahmoud Gassama, dit « Brak », aujourd’hui co-animateur de l’émission BeINeLigue1 et figure depuis des années de la communauté FIFA. Le trio est vite soudé, incontournable. Et Zal comprend très vite quel rôle il peut y jouer. « On allait se soutenir lors des tournois, raconte Bruce. Zal était peut-être moins fort manette en main que Brak et moi mais il a vite vu qu’il pouvait nous être utile, nous faire progresser et nous faire gagner des titres en étant à nos côtés, en tant que coach. Quand c’est quelqu’un de confiance qui est à côté de toi, ça change beaucoup de choses. On a l’impression qu’on peut renverser des montagnes. »

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- © PSG eSports - Christopher Lemercier

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C’est ce que le duo va faire pendant 10 ans de « vie commune ». Dix ans à écumer les tournois « où on est rentré souvent plus déçu que content » assure Zal. Mais quand ça a souri… les titres mondiaux sont tombés sur les bras de Bruce, sur PES comme sur FIFA. Avec toujours Zal comme totem. « Avec Bruce, on a construit notre chemin de jour en jour, d’année en année, se rappelle Alan. Il a connu mes enfants alors qu’il avait un an. » Avec Zal, la relation avec le joueur est quasi-permanente : la clé… « c’est être présent auprès du joueur à tout moment et n’importe quand, martèle-t-il. Ce n’est pas moi qui vais lui dire comment faire une aile de pigeon. Moi, je vais m’occuper de toute la partie psychologie avant, pendant et après la compétition. C’est ça le plus important. »

Façonné par le sport, les voyages et la Chine surtout

Et, quand, comme pour Daxe, on ne peut pas avoir un suivi aussi précis avec son poulain, on laisse parler le vécu accumulé en tournoi. « Comme c’était une relation assez récente, je n’ai pas pu discuter avec lui énormément. Alors, on a essayé de prévoir les choses avant. L’avant-veille, on a quand même essayé de parler de certaines situations qui peuvent arriver. On ne gagne pas un tournoi sans qu’il y ait des choses assez difficiles à vivre. Par exemple, le match face à Gorilla (lors de l’ESWC au Paris Games Week, où DaXe a perdu le match aller 3-0), on l’avait prévu. » « Je ne me rappelle plus les mots qu’il a employé, témoigne DaXe. Mais je sais qu’ils m’ont aidé puisque j’ai pu gagner le retour (il s’imposera 5-1 face à l’Anglais). Et ce qui m’a marqué, c’est que même quand j’étais en train de perdre le premier match, il était là, avec moi. Il ne m’a pas lâché ».

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- © PSG eSports - Christopher Lemercier

Un trait de caractère de Zal ? Non une obligation selon lui. « Dans le jeu vidéo, il y a toujours eu des gens assis à côté de ceux qui jouaient, souligne-t-il. Mais s’il y avait beaucoup de gens pour soutenir quelqu’un lorsque qu’il gagnait, il y en avait beaucoup moins voire plus du tout sur la chaise quand les choses tournaient moins bien. Ce truc de coach, je l’ai un peu créé. » Notamment, en s’inspirant des voyages que l’esport aux côtés de Bruce lui a permis de faire. Avec une mention spéciale pour la Chine, où le professionnalisme de l’esport l’aura littéralement bluffé. « Je faisais des interviews avec interprètes, chauffeurs, hôtels cinq étoiles, énumère « Zal ». On a vraiment vu comment ça se passait à l’étranger. C’est ce qui nous a permis de nous accrocher réellement à cette idée. »

Son moteur ? L’adrénaline

Et de mieux comprendre l’accompagnement des joueurs. « Il faut le mettre dans les meilleures conditions, qu’il se sente à l’aise, chez lui, insiste-t-il. Comment ? En allant aux restaurants, en faisant des activités. Dans ces moments-là, on parle de tout et de rien. On peut ne même pas parler du jeu en fait. D’ailleurs, on ne joue même pas du tout la veille d’un tournoi. » Et quand les choses tournent mal ? « Si le mec a tout donné, je n’ai rien à dire, affirme Zal. C’est le jeu. Mais si je vois qu’il n’a pas tout donné, je lui dirai les choses entre quatre yeux. Et c’est ce que vous, vous ne verrez jamais. »

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- © PSG eSports - Christopher Lemercier

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Ce que l’on voit en revanche, c’est que la méthode marche. Elle a encore porté ses fruits, propulsant rapidement DaXe et le PSG eSports sur le devant de la scène, moins d’une semaine après sa signature avec le club de la capitale. Elle a failli fonctionner mardi dernier à l’Olympia, mais la route de Lucas s’est arrêtée à une marche de la Grande Finale du championnat de France de FIFA 17. « On apprend aussi des défaites, relève Zal. DaXe, on m’a demandé de le coacher. Je ne le connaissais pas et au début j’appréhendais un peu. Finalement, je suis très content. Il a faim. Je vois tout de suite dans son regard qu’il a faim et ça, ça me plait. Ça me donne envie de me dépasser pour lui. »

Avec la même ferveur, même à 40 ans ? Même après avoir consacré 14 années de sa vie à l’eSport ? C’est à se demander à quoi tourne le moteur du bonhomme… « Ce qui me fait vibrer, c’est la compétition, c’est l’adrénaline qu’elle te procure. Pas du tout le côté médiatique. Quand j’ai coaché DaXe à la PGW, j’ai rajeuni de 10 ans. Jusqu’à quand je vais faire ça ? Jusqu’à ce que je meure je crois. » Parole de passionné... que Pep Guardiola aurait approuvé, c'est certain.

Alix Dulac