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Equipe de France: Griezmann, un repositionnement plutôt concluant et une prestation difficile à évaluer

Comme attendu, Antoine Griezmann a adopté un nouveau rôle plus en retrait, dans le cœur du jeu au milieu de terrain de l'équipe de France mardi, face à l'Australie (4-1) pour l'entrée en lice des Bleus à la Coupe du monde. Et le joueur de l’Atlético, friand d’efforts, s’y est prêté avec aisance.

Antoine Griezmann (31 ans, 110 sélections, 42 buts) n’est pas encore un "vieux" joueur mais il a emprunté, mardi face à l’Australie (4-1), le destin de certains anciens qui reculent sur le terrain à mesure que les années défilent. Il a étrenné un poste de milieu de terrain mi-relayeur/mi-offensif, délaissant celui d’attaquant de soutien qui lui était dévolu tout au long de sa carrière internationale.

Les forfaits de taille dans l’entrejeu (Pogba, Kanté) et son appétence parfois trop prononcée pour défendre ont convaincu Didier Deschamps de l’aligner plus en retrait. Le sélectionneur, qui avait récemment exhorté son joueur à limiter ses efforts incessants, avait ouvert cette possibilité dès l’annonce de la liste des joueurs retenus pour le Mondial.

Mardi, Griezmann a donc épaulé Aurélien Tchouaméni et Adrien Rabiot dans l’entrejeu et cherché ses attaquants d’une position plus lointaine pour une prestation globalement réussie. "Pour moi, ce n’est pas un problème, confie-t-il. Je suis plus dans la relation entre la défense et l’attaque, de mettre les attaquants dans les meilleures conditions et être moins dans la surface adverse. Je crois que c’est le mieux pour moi parce que j’arrive très bien à lire le jeu en deuxième rideau."

Didier Deschamps a aussi apprécié cette nouveauté qui nécessite encore des réglages. "Tout est perfectible, a-t-il déclaré. Antoine, par son volume et sa justesse technique est un joueur qui peut, selon ce que fait l'adversaire, se retrouver dans un rôle de milieu. Ce n'est pas un sacrifice pour lui, c'est du plaisir. Si j'ai fait ce choix avec ces joueurs, c'est parce que l'objectif est de mettre une équipe qui soit capable de créer des problèmes à l'adversaire. On en a créé beaucoup. C'est vrai que, par moments, on a pu être en déséquilibre par des placements qui peuvent être corrigés. Mais c'est nouveau aussi, on ne l'avait pas fait jusqu'à maintenant. Heureusement que ça a marché... Antoine a ce volume qui lui permet de donner un équilibre, par rapport aux trois joueurs offensifs, surtout quand on n'a pas le ballon."

Sa zone d’activité montre un goût plus prononcé pour le côté droit dans le camp adverse et à hauteur de la ligne médiane. Mais le joueur a surtout couru un peu partout, taclé (3), gagné des duels (3/4), tout en conservant son sens du jeu vers l’avant (6 passes clés, 5 centres et 4 occasions créées). Son positionnement l’a tenu plus loin du but adverse qu’habituellement même s’il a failli délivrer une passe décisive pour Kylian Mbappé et a lui-même tenté sa chance (un tir cadré, une frappe à côté). Le ressenti est bon malgré un certain déchet (13 pertes de balle) et puis il y a ce qui n’est pas quantifiable. Et de ce point de vue, Griezmann a séduit.

Haise: "Griezmann a joué avec beaucoup d'intelligence"

"Griezmann a joué avec beaucoup d'intelligence, analyse Franck Haise, entraîneur de Lens, dans L’Equipe. Dans ce rôle un peu plus bas d'organisateur de jeu, il a été très bon dans ses déplacements combinés. Quand il était bas, il libérait Rabiot qui pouvait sortir. Quand il revenait au cœur du jeu, Pavard s'engouffrait. Tout cela s'est fait très simplement. Et puis il a besoin de très peu d'espaces pour faire parler sa grande qualité de passes."

Un avis partagé par Kevin Diaz, consultant RMC Sport qui attendait ce repositionnement depuis un moment. "Ça fait quelques temps qu’on dit qu’il allait falloir qu’il accepte de reculer un peu parce que ça reste un beau joueur de foot avec une bonne technique, un bon état d’esprit, souligne l’ancien attaquant ayant évolué aux Pays-Bas. Il peut largement jouer plutôt milieu offensif que relayeur qui peut participer aux tâches défensives et faire le liant entre la défense, le milieu et l’attaque. Il a cette qualité."

Pour Rothen, Griezmann devient un fusible

Plutôt convaincante, cette première pourrait être reconduite face au Danemark, samedi (17h). Mais Jérôme Rothen, consultant RMC Sport, estime aussi que ce nouveau poste expose Griezmann comme premier fusible si les choses se passent moins bien que face à l’Australie. "S’il y a un choix à faire, ce sera Griezmann qui sautera et ce sera un milieu qui le remplacera", conclut l’ancien joueur de Monaco et du PSG. La dynamique dit plutôt l’inverse: face à l’Australie, Griezmann a disputé son 66e match consécutif avec les Bleus. Il est le soldat préféré de Deschamps, dans l’entrejeu cette fois.

NC