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TOUT COMPRENDRE - Voyage, prix, logement, la galère des supporters des Bleus pour la Coupe du monde au Qatar

L’équipe de France disputera trois matchs dans le groupe D lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar en novembre prochain. Mais le voyage s'avère compliqué pour les supporters des Bleus, qui rencontrent plusieurs difficultés autour du prix, de considérations politiques ou d’hébergement.

Le Danemark, la Tunisie et un barragiste. L’équipe de France connait pour le moment deux de ses trois adversaires en phase de poules pour le Mondial 2022 au Qatar. Mais à l’image du flou entourant le nom du dernier rival des Bleus, les supporters tricolores ne savent toujours pas s’ils pourront soutenir leur équipe à Doha pendant la Coupe du monde en fin d’année (du 21 novembre au 18 décembre).

Si certaines places ont déjà trouvé preneurs lors de la phase de tirage au sort de la Fifa, celles attribuées aux supporters des équipes engagées lors d’une rencontre n’ont pas encore été mises en vente. Surtout, les fans tricolores restent très divisés sur l’idée de se rendre dans le pays du Golfe pour assister à la compétition.

Des fans français boycottent le Qatar

La Fifa a attribué la Coupe du monde au Qatar en 2010 mais le grand public a mis plusieurs années avant de vraiment s’intéresser à la vie sur place. Très critiqué pour le traitement des droits de l’homme, la place des femmes, le traitement des travailleurs ou pour l’écologie, l’émirat est ciblé par de nombreux détracteurs ces derniers mois. Sans surprise, cela a une incidence directe sur l’intérêt des fans pour le Mondial. A tel point que des aficionados des Bleus ont décidé de boycotter le rendez-vous planétaire afin d’exprimer leur opposition au régime en place.

"J’ai décidé de ne pas aller à la Coupe du monde pour des soucis moraux, a expliqué Fabien Bonnel, capo du groupe de supporters les Irrésistibles, pour RMC Sport. Je me suis longtemps posé la question de savoir ce qui distinguait une Coupe du monde au Qatar d’un Mondial en Russie. Beaucoup des problématiques sont liées aux supporters qui vont aller voir cette Coupe du monde. Le Qatar n’avait qu’un stade et en a construit sept autres. Or, il y a eu des problèmes avec les travailleurs migrants lors de ces chantiers. […] Les chiffres du Guardian sont contestés mais il semble y avoir eu beaucoup de morts et je n’ai pas envie d’aller faire la fête là où les gens sont décédés. Je suis aussi sensible aux questions écologiques et là on atteint des sommets avec le BTP qui a explosé et on aura des stades potentiellement avec la climatisation. J’espère qu’ils n’allumeront pas la clim'."

Anne Costes, vice-président des Irrésistibles Français, a rappelé le choix du groupe de supporters de ne pas boycotter l’événement au Qatar. Mais elle veut laisser la liberté à chacun des membres: "On sait aussi que des gens boycottent pour tous les problèmes politiques, dès le début ils ont dit qu’ils n’iraient pas. […] L’association a décidé qu’elle ne boycottait pas afin de laisser le choix aux adhérents de faire ce qu’ils souhaitaient. Certains boycottent et d’autres non donc on les aide comme on peut pour qu’ils y aillent."

Invité de la matinale de RMC, Fabian Tosolini a lui aussi justifié son boycott du Mondial. Cet autre membre des Irrésistibles ne veut pas cautionner les valeurs du Qatar en allant voir des matchs de football: "Cette Coupe du monde montre des valeurs qui ne sont pas les miennes: le respect des droits des travailleurs qui ont construit ces stades, les droits des femmes, des minorités sexuelles, et puis il y a le sujet écologique, a lancé ce fan. Les stades sont climatisés au mois de décembre. A titre personnel, ça ne correspond pas à ce qu’est le foot, un sport populaire."

Des billets à des prix déraisonnables

A l’inverse de ces fans qui ont décidé de boycotter le Mondial, d’autres souhaitant quand même aller soutenir l’équipe de France sur place. Un chiffre en baisse selon les membres des Irrésistibles. Quand 600 membres avaient vu au moins un match lors de la Coupe du monde en Russie, ils ne sont à présent que 90 ou une petite centaine à vouloir voyager à Doha. La faute, aussi, aux prix pratiqués par la Fifa qui a déjà vendu plus de 800.000 billets. Si le coût des places reste abordable pour les matchs de poules, la Fifa ayant même communiqué sur l’idée d’un Mondial très accessible, ceux pour la phase à élimination directe ont connu une flambée.

"Il y a un vrai problème sur la billetterie. D’abord il y a une communication fallacieuse de la Fifa en disant que c’est la Coupe du monde la moins chère depuis le Mexique en 1986, a encore estimé Fabien Bonnel. […] Oui les catégories 3 ont baissé pour les poules et les huitièmes mais tout le reste a augmenté. Un pack de places pour la catégorie 3 supporters (places dédiées à la France), la moins chère, a augmenté de 12%. Les catégories 1 et 2, le prix des places a explosé considérablement"

Un constat partagé par Anne Costes: "Dans la catégorie supporters, le prix des matchs des poules a baissé par rapport à la Russie en passant de 90 à 60 euros. Mais c’est le seul billet qui a baissé. La finale a pris 20% en plus et c’est 530 euros, contre 400 euros en 2018."

En boycottant la Coupe du monde au Qatar, Fabian Tosolini fait lui une belle économie rien qu’avec le prix des billets pour les matchs: "A l'époque en 2018, cela m'avait coûté 1.150 euros pour la totalité de la Coupe du monde, a poursuivi avec regret ce membre des Irrésistibles Français. Aujourd’hui, on sera aux alentours de plus de 2.000 euros pour la totalité des billets."

Les prix des billets d'avion explosent

Au-delà des places pour les matchs de la France, les supporters tricolores qui se rendront au Qatar vont surtout devoir prendre en compte le coût du voyage en lui-même. Là encore, les prix d’un aller-retour pour Doha atteignent des sommes astronomiques. L’aller-retour en avion tourne déjà autour de 1.600 euros depuis la France. Donc pour aller voir un seul match au Qatar, un supporter tricolore doit débourser près de 2.000 euros... sans pour autant prendre en compte l’hébergement, qu’il faut gérer à côté des billets pour le stade et pour l’avion.

"Pour ceux qui ont fait le mois entier en 2018, le budget était de 3.500 euros. Cela prenait en compte le vol pour la Russe, les hébergements, les billets de matchs et les transports intérieurs. Là quand on regarde, on a 1.300 euros de billets de matchs et c’est en augmentation par rapport à 2018. On a bien 1.500 euros pour les billets d’avion. Pour l’hébergement si on trouve à 100 euros la nuit, cela reviendrait à 3.000 euros pour le mois. On serait déjà hors budget, a avancé avec déception Anne Costes pour RMC Sport. Et encore, on ne parle pas de la vie sur place qui est plus chère qu’en Russie, en Afrique du Sud et au Brésil."

Les Irrésistibles Français lors de France-Finlande, le 7 septembre 2021
Les Irrésistibles Français lors de France-Finlande, le 7 septembre 2021 © Icon Sport

Forcément, on cherche à réduire la facture. Des voyagistes proposent des formules tout compris pour aller voir jouer les Bleus. Mais là encore, cela constitue un sacré budget pour les supporters français. "Les packs des agences, cela commence à 2.100 euros pour un match et trois nuits sur place, 2.700 euros pour deux matchs et 3.700 pour trois matchs, enchaîne Anne Costes. C’est plus cher mais tout est prêt et on ne se pose pas de question car on sait que l’on va dormir dans un truc correct."

Du côté des agences de voyage aussi, on s’arrange pour organiser les choses du mieux possible. Au micro de RMC Sport, l’un d’eux a confié les pistes sur lesquelles son groupe travaillait afin de trouver des solutions moins coûteuses pour les passionnés de foot. "Cette Coupe du monde est un peu plus onéreuse que les précédentes. C’est un fait et nous on s’adapte pour proposer des alternatives, quitte à mettre en place des charters pour aller voir un match. Voilà le genre de réflexion que l’on peut avoir. Beaucoup de choses sont en réflexion pour proposer des alternatives aux supporters, a confié Alexandre Fleury, directeur Sports et développement pour le voyagiste Couleur. […] On peut penser à mettre en place des bus pour aller d’un émirat à l’autre. On est sur des alternatives en fonction de ce qui est faisable, et de la flexibilité pour rejoindre Doha en allant sur les émirats à côté. Tout n’est pas encore figé ou marbré mais cette Coupe du monde est plus onéreuse que les précédentes."

"Le gros point noir c’est l’hébergement"

A moins de passer par un professionnel du voyage, difficile de boucler son programme pour le Qatar dès le tirage au sort du groupe de la France. Et pour cause, les places allouées aux supporters tricolores n’ont pas encore été officiellement mises en vente. Il faudra attendre une phase spéciale de la billetterie en mai pour savoir si l’on possède son précieux sésame pour la Coupe du monde 2022. Et d’ici-là, les solutions d’hébergement sur place risquent bien de se réduire considérablement.

"La principale difficulté, ce sont les hébergements, mais déjà pour le début de la billetterie, la plateforme ne fonctionne pas. Une fois que l’on a ces billets, on peut faire la demande d’hébergement sur la plateforme officielle gérée par le Qatar ou la Fifa. Je ne sais pas trop. C’est là que le problème se pose. Nos commandes ne seront validées que courant mai et on ne sait alors pas si des hébergements seront encore disponibles, ni à quel tarif, a pesté Anne Costes. Aujourd’hui on voit des hébergements à tous les prix. Cela va de 50 euros la nuit à beaucoup plus cher mais il y a de tout. Le moins cher part en premier et on ne sait pas si des hébergements seront toujours disponibles dans deux mois. […] Le gros point noir c’est l’hébergement."

Un séminaire de la Fifa au Qatar, le 1er avril 2022
Un séminaire de la Fifa au Qatar, le 1er avril 2022 © Icon Sport

En clair, la crainte des supporters français est de ne plus avoir de lieu où loger pendant la Coupe du monde, sinon des logements hors de prix comme des villas à 29.000 euros par semaine. "Aujourd’hui, il n’y a aucun hôtel disponible. Quand ils ouvriront les hôtels, cela ne sera que des 4 ou 5 étoiles à 200 euros la nuit. Nous on cherche un hôtel basique avec une étoile. On nous propose du camping aussi. Dormir sous une tente dans le désert c’est très bien. Mais le faire pendant un mois? Là encore je pense que tout est trop cher, a finalement lâché Anne Costes. […] Les autres fois c’était fluide car on savait qu’il y avait des hôtels de toutes les catégories possibles. Là on ne sait pas. J’ai regardé sur la plateforme et cela ne propose que des appartements. Il y en a qui sont à 50 euros la nuit par personne mais ils sont loin de Doha."

Autant de raisons qui font craindre le pire aux fans français et qui expliquent l’engouement moindre autour de cette Coupe du monde au Qatar. A moins que les organisateurs ne fassent des efforts supplémentaires, il ne devrait pas y avoir de marée bleue pour soutenir l’équipe de France de Didier Deschamps en novembre prochain.

Jean-Guy Lebreton avec KM et SG