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Fifa : ce que Michel Platini a vraiment fait de 1999 à 2002

Michel Platini

Michel Platini - AFP

Ancien collaborateur de Michel Platini, Alain Leiblang travaillait avec l’actuel président de l’UEFA entre janvier 1999 et juin 2002, la période pour laquelle « Platoche » a reçu en février 2011 un paiement mis en lumière ce vendredi par la justice suisse. Leiblang explique à RMC Sport le rôle de l’ancien numéro 10 des Bleus à cette époque où il était « conseiller » du président Sepp Blatter.

Pourquoi Platini était-il conseiller de Blatter de 1999 à 2002 ?

« Il avait été décidé que ce serait un ticket Blatter-Platini qui allait se présenter à la présidence de la Fifa en 1998 en remplacement du Brésilien Joao Havelange. C’était un ticket avec Sepp Blatter président et Michel Platini en conseiller-consultant technique de ce dernier pour l’orienter dans tous les domaines du jeu. Il y avait vraiment une mission assez élargie, avec un contrat de travail, que Michel a signé, de manière qu’on puisse travailler au quotidien – il avait une autre collaboratrice et moi-même. On remontait des rapports, on avait des discussions sur des études sur le développement du football. C’était une mission globale de consultant-conseiller technique. Blatter disait toujours : "Platini est ma conscience footballistique." »

Que faisait vraiment Platini ?

« On a été engagé à la Fifa au 1er janvier 1999 sur un certain nombre de missions. Certaines avaient attrait aux règles du football, à comment le développer en tant que jeu. Il y avait aussi le développement du football vis-à-vis des fédérations étrangères, en particulier celles sans beaucoup de moyens. Il y avait aussi des réflexions sur les diverses compétitions. On a par exemple mis sur pied la Coupe du monde des clubs, qui existe toujours. Il y avait aussi la synchronisation du calendrier international. Dans une interview, le président Blatter avait déclaré : "Pourquoi on ne ferait pas une Coupe du monde tous les deux ans ?" On s’est mis à étudier comment on pourrait envisager cette éventualité. Michel avait aussi des missions de voyage avec le président Blatter pour aller visiter des fédérations étrangères ou participer à des compétitions. On recevait aussi beaucoup de présidents de fédérations étrangères à Paris qui venaient parler football avec Michel Platini. C’était une mission bien remplie au quotidien. »

Conseiller du président Blatter, un emploi fictif ?

« On avait de grands bureaux près du Palais Royal à Paris. Mon bureau était contigu avec celui de Platini. C’est là qu’on recevait des journalistes, des dirigeants de clubs, de fédérations, et on était en contact permanent. La porte était ouverte entre nos deux bureaux afin qu’on puisse discuter de choses et d’autres. On avait un travail quotidien. Michel est un lève-tôt et il arrivait avant moi. Il était le premier au bureau. Parfois, ça durait jusqu’au soir. D’autres, jusqu’au déjeuner. Ça dépendait des jours. Mais c’était une vraie mission. C’est ce qui m’a fait réagir sur le communiqué de la justice suisse. Ils évoquent une présumée activité, ou je ne sais plus comment ils l’ont tourné, alors que Michel était tous les jours au bureau. Tous les restaurants où on allait manger ou les commerces aux alentours peuvent le confirmer. Je ne suis pas certain que la justice suisse soit venue vérifier si Michel Platini était bien tous les jours au bureau pendant cette période mais je peux le confirmer. Je n’ai pas parlé avec lui depuis le communiqué de la justice suisse mais je n’ai pas à lui demander d’explications car je sais comment les choses se sont passées. Il ne faut pas non plus se méprendre : la justice suisse a entendu Michel comme témoin. On a vu beaucoup de choses pas tellement propres autour de la Fifa ces derniers mois et il est important de remettre les choses à l’endroit. Entre témoin et accusé, il y a une grande différence. »

Un salaire justifié pour Platini ?

« Parfaitement. Le paiement de cet argent lui était dû pour une tâche bien précise. Le montant du salaire n’était pas indiqué dans le contrat. Ça devait faire l’objet d’une discussion et d’une négociation par la suite C’est le salaire d’un haut cadre, le salaire moyen d’un entraîneur de Ligue 1. C’est justifié vis-à-vis de la personnalité de Platini. Michel a eu de très beaux contrats à chaque fois et s’il était sans travail demain, un certain nombre de sociétés viendraient pour l’engager avec des salaires plus élevés que 40 000 euros par mois. »

La relation Platini-Blatter

« Ils se sont battus tous les deux pour l’élection de Blatter à la présidence de la Fifa. Il y avait aussi eu une grande relation durant toute la construction du Mondial 1998. Une relation de confiance, amicale, une compréhension et des points communs sur l’amour du jeu et du football. Michel apprenait un peu son rôle de dirigeant dans les instances. Ils se sont bien entendus. On peut faire beaucoup de critiques mais il faut reconnaître que Blatter aime le football et le jeu. Ils se sont retrouvés sur un certain nombre de dossiers, le développement du football, l’antiracisme, etc. Ils ont vu comment chacun fonctionnait en travaillant ensemble sur le Mondial 98. Blatter est quand même brillant. Il parle plusieurs langues, il a l’habitude des milieux politiques et du football. Michel l’a suivi et a appris beaucoup de choses auprès de lui. Et Blatter aimait bien Platini parce que c’était un joueur. Il était fier d’avoir un grand joueur comme ami et confident. Beaucoup de gens sont bluffés par Michel, des capitaines d’industrie, des hommes politiques, des grands patrons... Michel avait mis Blatter en garde, en particulier après 2002, quand il avait été réélu, vis-à-vis de gens qui étaient ses ennemis et qui pouvaient lui faire du mal et vis-à-vis de gens pas très propres qu’il fallait surveiller. Blatter n’en a pas tenu compte. On a vu après où cela pouvait mener. Beaucoup d’argent a envahi le football et de temps en temps, certains peuvent s’écarter du droit chemin. Mais s’il avait été au courant, je pense que Michel aurait tapé du poing sur la table. »

la rédaction avec B.G.