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"Il a ça dans le sang", la passion irrésistible de Griezmann pour les chevaux de course

Mordu d'hippisme comme son père, Antoine Griezmann s'est lancé dans l'aventure il y a quelques années et il possède aujourd'hui une dizaine de chevaux de course en France. L'attaquant des Bleus et du Barça est décrit comme un propriétaire aussi passionné que patient.

Entre deux matchs et deux entraînements, de quoi discutent les footballeurs dans l'intimité du vestiaire ? Au FC Barcelone, il doit souvent être question de casaques, de pouliches ou encore de drivers. Car au moins deux membres de l'effectif blaugrana cultivent une passion pour le monde hippique : Clément Lenglet et Antoine Griezmann. Et jusqu'à l'été dernier, ils évoluaient avec Arturo Vidal, qui a longtemps rêvé d'enflammer les hippodromes plutôt que le Camp Nou ou Giuseppe-Meazza. Comme le Chilien, Griezmann est un vrai mordu. Un turfiste averti, au point d'avoir lancé fin 2019 sa propre société de chevaux de courses, sobrement baptisée Ecurie Griezmann et basée chez lui, à Mâcon (Saône-et-Loire), sa ville natale. C'est son père Alain qui lui a transmis très tôt le virus et qui l'a accompagné dans ses premiers investissements.

Ensemble, ils se sont rapprochés il y a quatre ans de l'entraîneur Philippe Decouz, installé à Chazey-sur-Ain (Ain), à une heure de route du fief familial des Griezmann. Une dizaine de galopeurs (pour des courses de plat ou d'obstacle, ndlr) appartenant au champion du monde de 29 ans figurent aujourd'hui sous sa coupe. "Antoine et son père sont venus à l'écurie un matin, on a fait connaissance et le contact est tout de suite bien passé. Je leur ai dit que ce serait long et difficile. Les chevaux sont des compétiteurs mais ils ne parlent pas et l'entraînement n'est pas toujours une science exacte. Il n'y a rien de mieux qu'un cheval pour vous faire mentir", témoigne Philippe Decouz, qui n'a pas mis bien longtemps à avoir des résultats avec l'attaquant français.

"Ce coup d'œil, ce feeling, on l'a ou on ne l'a pas"

Le premier succès arrive en novembre 2017 à Marseille avec le dénommé Tornibush, un poulain de trois ans alors monté par le jockey Franck Blondel. Ce jour-là, Griezmann apprend la bonne nouvelle en direct de Clairefontaine, où il se trouve en stage avec les Bleus. C'est souvent depuis une chambre d'hôtel, sur le chemin de l'entraînement ou lors d'un trajet en avion qu'il suit à distance les performances de ses protégés, les yeux rivés sur son téléphone. Toujours stressé, jamais lassé. Comme un gamin qui prend plaisir à s'échapper de son quotidien. Et sa passion ne se limite pas aux jours de courses. "Il a ce besoin de déconnecter, de s'évader, de penser à autre chose. On échange au moins une fois par semaine pour faire le point sur l'état de forme de ses chevaux et je lui envoie régulièrement des photos. Encore récemment, avant un match, il m'a contacté pour me poser des questions très techniques sur l'entraînement et les soins de ses chevaux. Pour un néophyte, il a un niveau d'implication qui n'est pas commun", appuie Philippe Decouz.

Quand le coronavirus ne faisait pas encore partie de nos vies, Griezmann se débrouillait aussi pour quitter l'Espagne de temps en temps afin de venir voir ses poulains et s'inviter dans les hippodromes avec sa famille. "Lorsqu'il a assisté à sa première course, il tremblait tellement qu'il n'arrivait pas à voir son cheval dans ses jumelles, il était trop excité ! C'est ça que j'aime chez lui : on sent qu'il vibre et qu'il a ça dans le sang. Vous savez, certains propriétaires sont dans le milieu depuis vingt ans mais ne savent toujours pas lire une course. Antoine, lui, cerne d'emblée le potentiel de ses chevaux. Ce coup d'œil, ce feeling, on l'a ou on ne l'a pas", glisse Philippe Decouz. Cette fièvre qui anime le numéro 7 du Barça l'a aussi poussé à se tourner vers Mickaël Cormy, entraîneur-driver basé dans la Loire à Saint-Romain-La-Motte, à cent kilomètres de Mâcon. Sept trotteurs (des chevaux qui disputent des courses de trot attelé ou de trot monté, ndlr) appartenant à Griezmann sont en pension au sein de son domaine.

Il rêve de l’Arc de Triomphe et du Prix d’Amérique

"On a décidé de miser sur de jeunes chevaux, des yearlings (poulains âgés d'un an). C'est un challenge très intéressant, et c'est aussi un peu de pression et de risque. Quand vous achetez de jeunes chevaux, vous vous appuyez sur le pedigree, mais vous ne pouvez pas savoir s'ils seront bons", raconte Mickaël Cormy, qui compte également sous sa houlette des chevaux détenus par Michel Sardou, entre autres. En septembre dernier, Griezmann n'a pas hésité à sortir à nouveau le chéquier en déboursant plus de 300.000 euros à Deauville (Calvados) pour enrichir son écurie de quatre nouveaux yearlings. "On veut prendre du plaisir et obtenir de bons résultats, mais avoir un retour sur investissement sera toujours compliqué parce que ce sont de gros investissements. Ce n'est pas pour autant qu'il met la pression. Il n'est pas comme ça et il faudrait avoir beaucoup plus de propriétaires comme lui. Trouver cette gentillesse est devenu de plus en plus rare dans le monde des courses", souligne Mickaël Cormy.

Vainqueur en février à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) grâce à une pouliche âgée de trois ans, Krishnadargent, sous la selle d'Aurélien Lemaître, Griezmann est décrit comme un propriétaire "patient et compréhensif", capable d'appeler ses entraîneurs pour les réconforter lui-même après un échec. Cela ne l'empêche pas de nourrir de grosses ambitions. De viser grand. "Mon objectif, c'est qu'un de mes galopeurs court l’Arc de Triomphe et qu'un de mes trotteurs fasse le Grand Prix d’Amérique, affirmait-il il y a deux ans dans l'émission Tout Le Sport sur France 3. On verra si on a de la chance !" Philippe Decouz veut y croire : "Il a été plutôt chanceux pour l'instant, tous ses chevaux ont gagné à leur niveau. On a maintenant tous la même envie : essayer de gagner la meilleure course possible. Il y aura des déceptions mais tout est possible, c'est la magie de ce métier."

https://twitter.com/rodolpheryo Rodolphe Ryo Journaliste RMC Sport