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OM: comment le malaise s'est installé dans le vestiaire

Rudi Garcia

Rudi Garcia - THIERRY ZOCCOLAN / AFP

Des incertitudes tactiques chez Rudi Garcia, quelques querelles d'ego dans le vestiaire, un collectif en perdition... Depuis que l'OM ne parvient plus à gagner, staff et joueurs semblent être en manque de repères et peinent à se ressouder.

Il lui reste dix jours pour remobiliser ses troupes et retrouver certains repères. La nouvelle du report du match entre l'AS Saint-Etienne et l'OM n’a pas forcément déplu à Rudi Garcia, très en colère après la défaite de La Beaujoire, et pour la première fois de la saison véritablement inquiet face à la performance de son équipe et au manque de réaction de certains joueurs.

Rudi Garcia et ses joueurs en manque de repères

Premier chantier de Rudi Garcia: le système de jeu. Le technicien de l’OM explique depuis plusieurs semaines que son groupe doit être capable de s’adapter, "selon l’adversaire ou l’évolution d’un match", à un changement d’organisation tactique. Il donne plutôt le sentiment de tâtonner, et de ne plus avoir de véritables certitudes.

Faut-il privilégier le 4-2-3-1 bien huilé de la saison dernière? Le tout récent 3-5-2 pour densifier sa défense centrale, faire une place à Lucas Ocampos à gauche, quitte à voir Florian Thauvin délaisser un peu son côté droit fétiche? Ou encore le 4-3-3, que Rudi Garcia espérait relancer avec succès à Nantes mais qui en définitive n’a pas donné satisfaction? L'entraîneur olympien s’interroge, doute... et son vestiaire avec.

Certains joueurs semblent être résignés

L’incertitude à outrance, concernant le système de jeu et l’annonce des titulaires, aurait d’ailleurs tendance à user un peu le groupe. Cela s'est par exemple ressenti au lendemain de la claque à Francfort (4-0). Au centre d'entraînement Robert-Louis-Dreyfus, la distribution des chasubles laissait deviner un onze titulaire. Le lendemain, veille d’OM-Reims, une opposition a eu lieu entre deux équipes plutôt homogènes, et Rudi Garcia a prévenu: "Ne cherchez pas, ce ne sera ni l’une ni l’autre qui jouera!"

Le suspens s’arrête souvent quand Rudi Garcia vient frapper à la porte de ses joueurs pour expliquer ses choix, au calme, dans leur chambre de la Commanderie ou de l’hôtel, quelques heures avant le match. 

L’émulation, qui faisait la force de l’OM la saison passée, a laissé place à quelques états d’âme. Même coach, même effectif à trois retouches près, difficile de régénérer son discours. Certains joueurs en manque de temps de jeu regrettent un manque d’explications. D’autres ne veulent plus les entendre. Une petite cassure s’est installée au fil du temps et des contre-performances. Une partie du vestiaire semble être résignée… ou ne pas comprendre la situation de l’OM: "Peut-être qu’inconsciemment on a tous trop pensé à nos petits cas personnels. Il n’y a pas de tensions entre nous mais il faut retrouver un esprit collectif", confie un joueur.

Les réunions s’enchaînent, les problèmes subsistent

"Ne vous inquiétez pas, j’ai encore suffisamment de ressorts psychologiques", a lâché Rudi Garcia mercredi, sûrement pas démoralisé par cette période délicate, et conscient que son groupe a besoin d’un sérieux électrochoc. Une nouvelle réunion s’est d’ailleurs tenue, ce jeudi, à la Commanderie. Cette fois, seul l'entraîneur a pris la parole, pour remobiliser ses joueurs, leur rappeler la nécessité de faire les efforts ensemble, mais aussi positiver en rappelant que l’OM est loin d’être distancé au classement. Pour ne pas perdre certains joueurs, Rudi Garcia s’est aussi attelé à en rassurer certains moins utilisés ces derniers matchs, en leur promettant que les cartes allaient véritablement être redistribuées.

Ces dernières semaines, Luiz Gustavo, Steve Mandanda, Dimitri Payet, Rolando et Florian Thauvin, le cinq majeur version leaders, ont multiplié les réunions entre coéquipiers: des prises de parole un peu stériles et lors desquelles il est difficile de faire bouger les choses", regrette un joueur. La faute, peut-être, à des tauliers parfois las et usés de répéter le même discours, ou pour certains moins exemplaires sur le terrain, donc moins influents dans leurs prises de parole. 

"Quelques joueurs ont droit à plus de jokers"

Dans le vestiaire marseillais, le sentiment que certains joueurs sont protégés commence en effet à créer quelques frustrations. La place accordée à Kevin Strootman interroge autant que ses performances inquiètent. Rudi Garcia avait d’ailleurs tenté de déminer le terrain dès sa signature en convoquant d’emblée une réunion avec un petit noyau de joueurs, notamment Morgan Sanson et Maxime Lopez, pour les rassurer et évoquer la possibilité de changer de système de jeu (4-3-3 notamment) afin que Luiz Gustavo et Kevin Strootman n’aient pas le monopole du milieu de terrain. 

Le collier d’immunité dont bénéficie Adil Rami, qui ne retrouve pas encore son niveau, provoque également quelques crispations. "Quelques joueurs ont droit à plus de jokers. On peut le comprendre vu leur statut, mais il faut aussi accepter que cela fasse grincer certaines des dents", confie un proche du groupe olympien. 

A chacun son sentiment d’injustice…

Bouna Sarr, sorti à Nantes pour son manque d’impact au début de l’action qui mène au troisième but nantais ; Boubacar Kamara et Jordan Amavi, qui ont eu l’impression de payer pour tout le monde après la débâcle à Montpellier (0-3), même si le dernier cité est très critique envers lui-même ; Maxime Lopez, qui n'a pas compris que Rudi Garcia ne lui fasse pas confiance plus tôt cette saison ; Morgan Sanson, trop souvent sorti du onze à son goût; voire Valère Germain, conscient de ses limites mais qui estime ne pas être mis dans de bonnes conditions pour s’illustrer; tous ont nourri à un moment donné un sentiment d’injustice.

Tout cela était passé sous silence quand les résultats suivaient et que les leaders étaient irréprochables, ce qui est moins le cas aujourd’hui. Certains joueurs ont tout de même interprété la mise sur le banc de Dimitri Payet, mercredi à Nantes, comme un signal pour les cadres qui ne seraient plus à leur niveau.

…ou sa raison de bouder

Avec au programme quelques bouderies, pas uniquement liées aux salaires de Dimitri Payet et de Kevin Strootman, qui font encore jaser ci et là. Steve Mandanda, déçu la saison passée de ne pas avoir récupéré le brassard de capitaine, est très vexé du traitement médiatique et des attaques de supporters dont il fait l’objet sur les réseaux sociaux, notamment au sujet son poids. Il se sait moins performant, à l’image de toute l’équipe, mais a l’impression que rien ne lui est pardonné après tant de saisons réussies au sein de l’OM.

Florian Thauvin a retrouvé le sourire mais le meilleur buteur de l’OM s’est plaint auprès du coach, en début de saison, qu’il ne touchait pas assez de ballons et a fait savoir au Président qu’il ne touchait pas assez, tout court.

Luiz Gustavo traîne une certaine lassitude. Le manque de solidarité défensive l’agace. Il s’est aussi fait le porte-parole du groupe pour demander à Rudi Garcia "plus de jeu, de foot et de ballon à l’entrainement, et moins de physique." On prête aussi au Brésilien une certaine frustration liée au fait que l’OM ne s’est pas renforcé à la hauteur de ses espérances, notamment en attaque.

Quant à Dimitri Payet et sa relation supposée tendue avec Florian Thauvin : "Ça peut aller, ils se tolèrent…", sourit un intime du vestiaire. Un brin de jalousie liée au titre de champion du monde et aux statistiques de l’un ; un peu d’agacement, de l’autre, quand "Le Capi" (Dimitri Payet, surnommé ainsi par une partie du groupe) donne des leçons de replacement défensif face aux caméras.

Mais l’essentiel est sauf, Dimitri Payet ne rechigne jamais à servir Florian Thauvin dans de bonnes conditions et ce dernier respecte, sans se plaindre (en public), les choix de son capitaine, en cas de décision à prendre sur un coup-franc ou un penalty. 

Eyraud reste discret sur le sportif

Ces petites querelles d’égo n’empêchent pas Rudi Garcia de dormir, surtout quand elles concernent Dimitri Payet et Florian Thauvin, ses deux armes offensives majeures. Le technicien olympien veut du caractère dans son vestiaire. Le coach de l'OM assure en privé être combatif et plus que jamais déterminé à renverser la vapeur.

D’ailleurs, l’ambiance reste plutôt bonne entre joueurs, en interne. Pas de crise, pas de psychodrame, pas de murs qui tremblent. Même en haut lieu. Jacques-Henri Eyraud sait que Frank McCourt attend rapidement un retour sur investissement, mais le boss olympien prend le parti, pour le moment, de ne pas céder à la panique et de très peu se mouiller ou s’exprimer sur le domaine sportif.

Malgré quelques doutes liés au recrutement, sa confiance en Rudi Garcia reste intacte. Au sein même du club, d’aucuns estiment pourtant qu’un bon coup de pression présidentiel pourrait parfois être du plus bel effet. Pas sûr que l'entraîneur apprécierait et pas trop le genre de "JHE". Jacques-Henri Eyraud a même un peu surpris les joueurs et le staff en venant leur taper dans la main, avec gentillesse et compassion, après le 0-0 contre Reims. "Vu notre deuxième période, je pensais qu’on allait se prendre une soufflante!", confie un Olympien.

Florent Germain