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Médard: "Je suis là pour aller au bout"

L’arrière du XV de France Maxime Médard est un des plus anciens dans le groupe bleu. A bientôt 33 ans, il vit peut-être sa dernière Coupe du Monde et, qui sait, son dernier match avec ce maillot à l’occasion du quart de finale dimanche prochain. Mais lui ne veut pas y penser. Parce qu’après avoir connu une finale perdue en 2011, il a l’ambition d’aller au bout dans cette compétition et parce qu’il a encore à donner. Rencontre avec un homme plus apaisé que par le passé. Mais toujours aussi obnubilé par la gagne.

Maxime Médard, vous allez vivre votre 63e sélection en équipe de France. Vous en êtes un cadre. Mais personnellement, quelle définition faites-vous d’un cadre ?

Ça dépend quel rôle il a à jouer, quel rôle il a dans l’équipe. C’est difficile de donner une définition. Car certains jeunes avec peu de sélections sont également pour moi déjà des cadres. Moi, je n’ai pas cette sensation de dire que je suis au-dessus d’un autre. Je suis là pour apporter mon expérience, amener des phrases positives et amener ces jeunes à exprimer leur potentiel.

Vous fonctionnez comme ça sur le terrain et dehors avec les Bleus ?

Oui, pour moi ça marche comme ça. La saison dernière, j’ai découvert ce rôle-là au Stade Toulousain. Et j’ai pris beaucoup de plaisir. Alors j’essaye de faire de même en équipe de France.

Depuis des mois, vous concernant, on parle d’un bien-être qui se voit sur le terrain. On évoque aussi très souvent votre paternité, qui vous aurait changé. A un moment, vous êtes-vous dit qu’il fallait arrêter le gâchis ?

Non, pas forcément. Après, j’étais déçu de ne pas faire la Coupe du monde 2015. Mais comme vous dites, je suis papa depuis bientôt trois ans donc forcément ça m’a fait prendre du recul. J’ai cherché d’autre voies pour pouvoir essayer de calmer mes pulsions, mon agacement après les matchs perdus. Ou après ceux où j’aurais pu faire de mauvaises performances. Voilà, je suis plus positif, j’essaye d’amener quelque chose de supplémentaire. Et mon objectif était d’emmener ma fille et ma famille au Japon. Donc forcément c’était pour moi un but intense.

Votre compagne nous a parlé de moins d’agressivité de votre part. Elle venait d’où cette agressivité ?

Ce n’est pas de l’agressivité. C’est juste que je prenais très à cœur les mauvaises performances ou les défaites. Même si j’ai toujours du mal à accepter la défaite (il rigole). Mais en tous cas j’essaye de mieux comprendre quand je fais de mauvaises performances. Et de ne plus les refaire.

Vous avez vécu une Coupe du monde en Nouvelle-Zélande avec les Servat, Nallet, Dusautoir, Yachvili, Rougerie et consorts. Et vous êtes là au Japon avec les Setiano, Alldritt, Dupont, Ntamack. Ça change quoi ?

Je n’ai pas du tout le même rôle, pas du tout le même regard. En 2011, j’étais plutôt le jeunot. Je regardais les cadres nous guider et ils l’ont très bien fait. Là, je me retrouve à leur place. Aujourd'hui, je fais partie des anciens. Et il y a des différences entre jouer ou ne pas jouer à la Playstation (rires).

"Quand je parle du maillot bleu, j’en ai les frissons"

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Mais la vie d’équipe doit être différente, non ?

Oui c’était différent. Mais je ne peux pas comparer. Ce ne sont pas deux époques, mais deux générations différentes. En Nouvelle-Zélande, on était sous pression, dans un pays qui vivait rugby. Alors qu’ici au Japon, c’est différent. Les gens regardent le rugby quand il y a des matchs, mais sinon ensuite dans la journée, tu peux te promener, tu peux faire les boutiques, aller dans un parc pour méditer, faire ce que tu veux et personne ne t’embête.

Est-ce que vous vivez vos derniers instants en Bleu ?

(Il sourit) Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. C’est une question que je me poserai sûrement après la Coupe du monde. Je pense aussi que j’aurai une discussion avec le staff. Je connais aussi la politique de la Fédé. Je sais que la Coupe du monde 2023 est très importante. Et qu’il y aura sûrement beaucoup de jeunes qui sont ici avec nous et qui seront de la partie. Mais on verra après la Coupe du monde.

Vous allez bientôt avoir 33 ans, il se peut qu’il y ait un nouveau cycle. Pour autant, on a du mal à le quitter ce maillot bleu ?

Oui forcément. Vous voyez, quand j’en parle j’en ai des frissons. Le maillot bleu… j’ai joué avec trois maillots : celui de Blagnac, celui du Stade Toulousain et celui de l’équipe de France. J’ai un attachement assez important pour ces maillots et c’est forcément difficile de dire qu’un jour ça va s’arrêter. Mais on n’est que de passage et il faudra passer la main à des jeunes talentueux.

Ou peut-être les encadrer aussi…

Oui voilà. C’est pour ça que je disais que j’aurai une discussion avec le staff pour savoir si on compte sur moi après. Mais tout dépendra de mes performances et de mon état physique après la Coupe du monde.

Les sensations, les émotions, sont-elles démultipliées en équipe de France ?

C’est différent. Tu joues pour ton pays, pour quelque chose de fort. Pour ton territoire. Il y a plein de gamins, plein de personnes, qui rêveraient d’être à ma place. C’est magique. Quand tu portes la tunique bleue, il y a quelque chose de grandiose. C’est une fierté. Ce sont des années, je ne dirais pas de sacrifices parce que j’aime ça. Mais il faut travailler encore pour espérer être en équipe de France. Et quand tu as une famille, c’est difficile à gérer parce que tu n’es pas souvent là. Mais tout se passe bien.

Qu’avez-vous vécu de plus fort pour le moment sous le maillot bleu ?

On va dire 2011. La Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, c’était un moment magique. Le passage de cette phase de poule, où on perd contre les Tonga, à la phase finale, où on enclenche quelque chose et on va jusqu'au bout, même si on perd en finale, honnêtement… encore une fois, pas grand monde nous voyait à ce niveau-là (il sourit). Mais il s’est passé plein de choses, on s’est qualifié grâce à un petit point de bonus et ça nous a souri après. Après, le groupe a pris la main et est allé jusqu'au bout. Pour moi, ça a été vraiment quelque chose de fort.

"Il faudra se poser la question de la régularité en équipe de France"

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Faites-vous un parallèle avec la situation aujourd’hui ? Faut-il une étincelle ?

Comme j’ai pu le dire récemment, on ne se bat contre personne. Pas contre la presse ou n’importe qui. On se bat pour exister, pour aller jsuqu'au bout et franchement, il y a un groupe exceptionnel. Après, c’est à nous de se prendre en main et, sur le terrain, faire ce qu’il faut pour gagner les matchs.

Il va falloir tout de même monter d’un ou deux crans pour être au niveau des équipes qui vont se présenter en quart de finale, non ?

Oui. C’est la vérité. Toutes les équipes qui vont être en quart de finale sont assez exceptionnelles en terme de régularité. Nous, on sait très bien qu’on peut faire quelque chose de beau le jour J. Après, il faudra se poser la question de la régularité en équipe de France. Pour être plus performant années après années, notamment en vue de la Coupe du monde 2023. Mais nous, aujourd'hui nous sommes là au Japon. Et je pense qu’il y a la possibilité d’aller jusqu'au bout.

Pouvez-vous être champions du monde ? 

Oui. Il faut être ambitieux. En 2011, on n’était pas au mieux. Et puis finalement, on meurt à un point. Alors que le jour J, on aurait pu être champion.

Avez-vous la force mentale collective pour cela ? Car en 2011, vous aviez une équipe expérimentée, faite de capitaines en clubs. Avez-vous un message à faire passer par rapport à cela ?

Non. Enfin, si message il y a, il est positif. On est un groupe, on vit ensemble et on se dit les choses. Je ne vais pas parler à la presse de ce que je vais dire ou je ne vais pas dire à mon groupe. Je fais partie des anciens et je sais qu’il faut un message positif.

Vous avez envie de ressentir cette odeur de la phase finale de la Coupe du monde ?

Oui, cette pression. Se dire "mais qu’est-ce que tu fous là?" C’est ce que je m’étais dit en 2011. Qu’est-ce que je fais là, je vais rencontrer la Nouvelle- Zélande en finale. C’était incroyable. Incroyable. Rejouer des phases finales aussi. On en joue chaque année et pas mal de joueurs y sont habitués.

Huit ans plus tard, vous savez ce que vous faites là ?

Ouais. Je suis là pour aller au bout.

Wilfried Templier