RMC Sport

TOUT COMPRENDRE - L'affaire de la disparition de Peng Shuai, joueuse de tennis chinoise

Disparue de la vie publique après avoir accusé un haut responsable du parti communiste chinois de viol, le sort de la joueuse de tennis Peng Shuai a inquiété toutes les stars du tennis, et au-delà. Si de nouvelles images d'elle tendent à rassurer, de nombreuses zones d'ombre persistent malgré un appel vidéo entre la joueuse chinoise et plusieurs membres du CIO.

Disparue de la vie publique après avoir accusé un haut responsable du parti communiste chinois de viol, la joueuse de tennis Peng Shuai a redonné signe de vie pendant le week-end. Une bonne nouvelle qui ne demande qu’à être confirmée avec un retour à la normale pour la sportive asiatique de 35 ans.

• Qui est Peng Shuai?

Âgée de 35 ans, Peng Shuai fait partie des meilleures joueuses de tennis chinoises de ces quinze dernières années. Si, en individuel, la star locale se nomme Li Na, titrée à Roland-Garros en 2011 puis à l’Open d’Australie en 2014, Peng Shuai a aussi figuré parmi les têtes d’affiche du circuit WTA avec quatre titres et une 14e place mondiale en simple pendant le mois d’août 2011.

C’est surtout en double que la sportive née dans la province du Hunan a écrit les plus belles lignes de son palmarès. Meilleure joueuse mondiale de la spécialité en février 2014, Peng Shuai a également remporté 24 trophées dont deux titres du Grand Chelem avec sa partenaire taiwanaise Hsieh Su-wei: Wimbledon en 2013 et Roland-Garros en 2014. Véritable star en Chine, Peng Shuai y a notamment décroché ses six derniers sacres, le plus récent en septembre 2019.

"Quand vous êtes une joueuse chinoise, il faut reverser 80% de vos gains au Parti car ils considèrent que si vous œuvrez pour la Chine à travers le monde, c’est grâce à eux que vous avez une chance de jouer au tennis", a rappelé Marion Bartoli ce dimanche dans l’émission les Grandes Gueules du Sport sur RMC.

• Comment l’affaire a commencé?

Avant de disparaître de la vie publique et de réapparaître ce samedi dans des vidéos diffusées sur Twitter par des journalistes chinois liés au pouvoir, Peng Shuai a fait parler d’elle sur Weibo, le principal réseau social chinois. Dans message posté le 2 novembre, la joueuse de 35 ans a accusé de viol l'ancien vice-Premier ministre chinois Zhang Gaoli. "Selon ses déclarations, il la viole sous le consentement de sa femme qui montait la garde, souligne Marion Bartoli. Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais cela me glace le sang rien que de le lire."

Si la publication a rapidement été supprimée et toutes les réponses en faisant mention censurées, ces mots ont trouvé un gros écho à l’heure ou le phénomène #MeToo se répand aussi en Chine. Mais voilà, après avoir la censure du message de Peng Shuai, la sportive a disparu de la vie publique pendant près de trois semaines.

Aucune sortie dans la rue, aucune publication sur les réseaux sociaux. Rien, le néant. Et forcément, la crainte de sanctions contre l’ancienne numéro 1 mondiale de double.

"Ce n’est pas du tout surprenant au vu des accusations qu’elle a portées et qui mettent en cause directement l'un des plus hauts responsables du parti communiste chinois. Il n’est plus en fonction depuis 2017, mais il est au côté des actuels dirigeants chinois, a ainsi analysé Marc Julienne, responsable des activités Chine à l’Institut français des relations internationales (IFRI), au micro de RMC Sport. Elle n’a pas disparu au sens propre du terme. On ne sait pas où elle est. On ne sait pas si elle est chez elle en résidence surveillée, si elle est en prison, ou dans une prison secrète du parti. Elle ne donne plus de nouvelles et elle ne donne plus de signe de vie sur les réseaux sociaux. Mais c’est une pratique qui est assez courante au sein du parti communiste."

• Comment l’affaire Peng Shuai est devenue un phénomène mondial?

Très rapidement de nombreux joueurs et joueuses de tennis se sont mobilisés pour soutenir Peng Shuai et exiger des nouvelles de la Chinoise. En France, Alizé Cornet ou encore Nicolas Mahut ont d’abord pris la parole via les réseaux sociaux et le hashtag "#WhereIsPengShuai" ("Où est Peng Shuai?"). Le spécialiste du double masculin a même menacé de boycotter la Chine et tous les tournois organisés dans l’Empire du Milieu. L’ATP et la WTA ont également brandi la menace d’un boycott malgré les relations économiques avec la Chine.

Les stars comme Naomi Osaka, Novak Djokovic ou encore Roger Federer et Rafael Nadal se sont également mobilisées en faveur de Peng Shuai. Idem pour plusieurs pays comme les Etats-Unis, la France ou la Grande-Bretagne. Même l’ONU s’est emparée de la cause. La disparation de la tenniswoman est vite devenue une affaire diplomatique d’envergure internationale.

"Roger Federer a un fan club colossal en Chine. C’est lui qui remplissait les stades à Shanghai. Lorsqu’il déclare quelque chose sur Peng Shuai, c’est écouté en Chine et c’est reçu par la population chinoise, a estimé Marion Bartoli. Cette mobilisation a certainement fait bouger les choses. Derrière, on nous a sorti des images prouvant qu’elle est en vie et qu’elle va bien. On a réussi à faire bouger les choses. C’est un immense succès. On a une preuve qu’elle n’est pas en train de croupir en prison et de faire une grève de la faim."

• Et maintenant, où est Peng Shuai?

Face à la pression médiatique et la forte mobilisation, le régime de Pékin a fini par céder. Via des journalistes chinois proches du pouvoir central, plusieurs images de Peng Shuai ont émergé sur les réseaux sociaux ce samedi. D’abord des photos de la joueuse, souriante, dans son appartement. Pas convaincue, la communauté internationale en a réclamé plus.

Ensuite, des vidéos de la joueuse de 35 ans au restaurant avec des amies ont été publiées, sans pour autant être parfaitement vérifiables. Là encore, les réseaux sociaux se sont à nouveau emballés et ont souligné qu’il était impossible de dater très clairement les séquences. Enfin, Peng Shuai est apparue en public lors d’un tournoi de jeunes à Pékin ce dimanche.

Si là encore, les seules sources possibles demeurent les organisateurs de l’événement ou des journalistes des organes de presse d’Etat, Peng Shuai y apparait souriante, apparemment en bonne santé physique, et en train de signer des autographes pour les enfants présents.

Un peu plus tard dans la journée de dimanche, le CIO a rassuré tout le monde par le biais d'un communiqué. Thomas Bach, le président du comité olympique a donné d'excellentes nouvelles concernant la situation de Peng Shuai après avoir échangé pendant près de trente minutes avec la sportive chinoise lors d'un appel vidéo auquel ont aussi participé la présidente de la Commission des athlètes Emma Terho, et la Chinoise Li Lingwei, membre du Comité international olympique.

Emma Terho, présidente de la commission des athlètes du CIO, s'est réjouie de cette grande évolution: "J'étais soulagée de voir que Peng Shuai allait bien, ce qui était notre principale inquiétude, a estimé l'ancienne hockeyeuse finlandaise dans un communiqué du CIO. Elle semblait détendue. Je lui ai offert notre soutien et l'opportunité de rester en contact, peu importe le moment, ce qu'elle a apprécié."

Reste désormais à savoir si la joueuse va pouvoir reprendre sa carrière normalement et en particulier si elle pourra se rendre à l’étranger pour y participer librement à des tournois.

Jean-Guy Lebreton