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Athlétisme: Sasha Zhoya, le phénomène qui a choisi la France

Brillant chez les jeunes, Sasha Zhoya est déjà considéré comme l’un des grands espoirs de l’athlétisme mondial. A seulement dix-sept ans, le Franco-Australien a finalement choisi de porter les couleurs tricolores et s’est installé à l’INSEP début 2020. Et malgré sa découverte tardive de la France, ce phénomène compte bien écrire l’histoire du sprint, des haies mais aussi du saut à la perche. RMC Sport fait les présentations avec ce nouveau prodige de la piste française.

Les Championnats de France juniors en salle ne suscitent d'habitude pas autant d'intérêt. Mais pour l'édition 2020 à Miramas ce weekend, 7500 spectateurs pourraient prendre place dans l'enceinte, la plupart d’entre eux attirés par les performances du jeune Sasha Zhoya sur le 60 mètres haies.

Vu comme l’un des futurs grands de l’athlétisme mondial, le jeune sportif de dix-sept ans rêve de remporter ses premiers titres chez les juniors après avoir déjà raflé sept titres chez les cadets dont cinq en France… et deux en Australie.

Le choix de la France

Français par sa mère et zimbabwéen par son père, Sasha Zhoya dispose également de la nationalité australienne. Né à Perth et élevé à l’autre bout du monde, le jeune athlète a décidé de représenter la France après un processus assez minutieux et a finalement rejoint l’INSEP au début de l’année 2020.

"Maintenant j’ai choisi la France, il n’y a plus de questions des médias et de tout le monde à propos de ça. Cela rend ma vie moins stressante, avoue-t-il volontiers à RMC Sport. C’est bien."

Le garçon a grandi en Australie mais parle le français et passe la plupart de ses étés en Auvergne, à Clermont, la région d’origine de sa maman. Et c’est justement cette dernière qui a mené les négociations avec la Fédération française d’athlétisme en prêtant un grand soin aux conditions de vie de son fils autour de ses études, son encadrement à Paris mais également les questions pratiques d’assurance comme son rattachement à la sécurité sociale en France.

Le jeune homme, qui fêtera ses dix-huit ans le 25 juin prochain, est déjà équipé par la marque Adidas et profitera également d’un contrat d’aspirant professionnel (18.000 euros par an) avec la Fédération française mais effectuera encore quelques aller-retours en Australie où il conserve le soutien de l’instance locale.

La vie à la parisienne

Désormais installé à Paris, Sasha Zhoya est logé à l’INSEP et se réjouit de pouvoir y travailler en toute tranquillité, sans avoir à effectuer de nombreux déplacements car tout est sur place: "C’est vraiment facile pour vivre ici. Tout va bien. L’entraînement se passe bien." Si son planning chargé et ses nombreuses sessions d’entraînement avant les Championnats de France juniors ne lui ont pas permis de visiter abondamment la capitale, le sprinteur s’adapte bien à sa nouvelle vie.

Surtout, son caractère avenant lui permet de tisser des liens avec les autres jeunes présents dans l’institut du sport tricolore. Au sein de l’INSEP et du groupe France il s’est déjà fait des amis comme Mame-Ibra Anne ou d’autres coureurs du 400 mètres et les sauteurs en hauteur. Un peu moins les sportifs des autres disciplines que l’athlète voit moins. "Tous ceux qui pratiquent de l’athlé sont mes copains proches, précise-t-il. Comme je ne suis pas les cours ici, c’est un peu plus long, mais je me mélange bien avec tout le monde."

L’adolescent de dix-sept ans poursuit ses études par correspondance et passe un diplôme des arts de la scène lorsqu’il se trouve en Australie. Profitant des infrastructures de l’INSEP, il continue de faire de la danse (contemporaine ou ballet), sa grande passion en dehors de la piste. Du côté de ses entraîneurs, on se félicite de le voir si bien s’adapter à la France et à Paris. 

Une telle intégration pourrait lui permettre de reprendre rapidement son ascension vers les sommets. "Sasha a de l’envie, de la fougue, c’est un jeune, s’enthousiasme Dimitri Demonière. Il doit bien prendre connaissance du système français […] Mais la période se veut hyper excitante pour lui et pour nous. Il faut lui mettre le pied, qui est déjà très performant, à l’étrier du haut niveau."

Un prodige protée 

Une fois son adaptation à la France terminée, Sasha Zhoya va enfin pouvoir révéler son immense talent au plus haut niveau. Un talent qui a déjà éclaboussé la catégorie cadets où il détient notamment trois records du monde sur 110m haies (en 12’’87), 60m haies (7’’48) et au saut à la perche (5m56). 

Voilà bien la spécificité du jeune phénomène tricolore : il a su briller dans plusieurs épreuves techniques très différentes. Sa pointe de vitesse lui permet ainsi de s’illustrer sur le sprint mais son agilité lui offre aussi la possibilité de figurer parmi les meilleurs hurdlers et perchistes de la planète chez les moins de dix-huit ans.

Pour l’accompagner et l’aider à exploiter pleinement tout son potentiel, la FFA a nommé trois coaches reconnus, un par discipline, afin de ne pas le limiter ou le frustrer. Dimitri Demonière s’occupe de Sasha Zhoya pour la partie sprint, le champion du monde Ladji Doucouré pour les haies et Philippe d'Encausse, aussi entraîneur de Renaud Lavillenie, pour la perche. Avec trois techniciens de renom, l’objectif est simple: en faire un champion. Le plus grand possible. 

Sasha Zhoya et Ladji Doucouré
Sasha Zhoya et Ladji Doucouré © AFP

"Sa principale qualité? C’est sa pluralité, il est bon partout! Cette polyvalence est la différence avec les autres, confirme Dimitri Demonière. Pas que dans l’athlé, dans la danse aussi par exemple. Le petit plus de Sasha, c’est sa détermination. Il sait ce qu’il veut et il a une bonne équipe autour de lui avec sa mère, ses entraineurs en Australie et ici."

Malgré des résultats remarqués à la perche, faisant mieux qu’un certain Armand Duplantis (nouveau recordman du monde avec 6,17m puis 6,18m) au même âge, Sasha Zhoya a choisi de se focaliser sur le sprint et les haies en 2020. Une décision qui s’explique notamment par un besoin de s’adapter aux barrières plus haute en juniors que chez les cadets (99cm contre 91,4cm). Plus encore, ce choix de privilégier la piste au saut tient à son envie de rafler les records mondiaux chez les juniors. Pour la suite de sa carrière, le jeune athlète n’a pas encore arrêté sa décision et compte bien se servir de ses trois disciplines pour progresser.

Assoiffé de records

Talentueux, fougueux et plein d’envie, Sasha Zhoya souhaite déjà passer à la vitesse supérieure. Dès sa rentrée aux Championnats d’Ile de France, il claque un chrono proche du recordman de France juniors détenu par Wilhem Belocian et s’approche même du record du monde de l’américain Trey Cunningham (7’’40).

De son propre aveu, le Français veut inscrire son nom dans la durée et sur les chronos il "cherche toujours les records du monde". C’est même son objectif de l’année 2020.

Pour accomplir son rêve, Sasha Zhoya n’hésite pas à côtoyer les meilleurs et à apprendre d’eux. Sur l’épreuve des haies en particulier, il s’inspire de Wilhem Belocian et échange avec l’athlète de vingt-quatre ans afin de préparer au mieux les Championnats du monde juniors à Nairobi au Kenya (du 7 au 12 juillet 2020) où il s’alignera sur les haies et le sprint.

"J’ai fait une séance avec Pascal Martinot-Lagarde et Wilhem Belocian et c’est son record que je suis en train de chasser [record du monde juniors du 110m haies en 12’’99, nldr]. Il dit qu’il s’en moque si je bats le record mais seulement si c’est pour la France. Là je suis français dont c’est bon, s’amuse la nouvelle pépite de l’athlétisme tricolore. C’est un athlète que je regarde beaucoup sur sa technique, sa forme et dans sa vie. Je l’admire. […] Il me passe son expérience. Il n’y a pas de tensions entre nous, j’aime ça. C’est une famille de haies et on se donne des informations."

Le rêve olympique

Impérial chez les cadets, présenté comme la nouvelle star de la catégorie juniors, Sasha Zhoya suscite déjà une grande attente chez les seniors. A tel point que certains l’imaginent être sélectionné pour les Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain. Mais dans l’entourage de l’athlète, on ne veut pas y penser ou mettre trop de pression sur ses jeunes épaules.

La seule petite chance de le voir dès cette saison avec les Bleus aux JO serait "éventuellement sur un relais en sprint". Une participation qui reste très peu probable sauf en cas de forte progression dans les mois à venir. Son objectif premier reste les Mondiaux juniors puis la découverte du haut niveau lors des Championnats d’Europe des "grands" à Paris fin août.

Sasha Zhoya
Sasha Zhoya © AFP

Si la probabilité de le voir aux Jeux de Tokyo est très faible, Sasha Zhoya a en revanche fait de ceux de Paris en 2024 un véritable objectif. "C’est le rêve! Mais il y a beaucoup d’étapes avant de penser à mon rêve numéro un, conclut le principal intéressé avec humilité. Je dois d’abord faire les Mondiaux juniors, les Europe et d’autres étapes nécessaires. Pour l’instant, c’est au fond de ma tête mais il y a beaucoup de choses à faire avant."

Talentueux, humble, travailleur et bourré d’envie, Sasha Zhoya semble armé pour devenir l’un des prochains grands noms de l’athlétisme mondial. Reste à savoir dans quelle discipline il décidera de porter haut les couleurs de la France. Une chose est sûre: retenez-bien son nom, vous n’avez sans doute pas fini de l’entendre.

Jean-Guy Lebreton avec Aurélien Tiercin