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Tour de France: à nouveau sacré, Pogacar est-il parti pour un long règne ?

Tadej Pogacar est devenu, à 22 ans, 9 mois et 27 jours, le plus jeune coureur de l’histoire à remporter deux Tours de France, ce dimanche. Le Slovène est peut-être au début d’un long règne.

La dernière étape a été, comme toujours, une procession tranquille du roi, Tadej Pogacar, tout de jaune vêtu, et de ses sujets, vers le podium des Champs-Élysées. Sur la plus belle avenue du monde, le Slovène a remporté ce dimanche le Tour de France 2021, son deuxième de rang, à seulement 22 ans, 9 mois et 27 jours, battant ainsi un nouveau record de précocité. Après sa démonstration ces trois dernières semaines, "Pogi" parait en mesure de régner pour un moment sur la Grande Boucle. Même si la bataille pourrait être plus rude lors des prochaines années.

Adoubé par le Cannibale

Quand une question au sujet du peloton nous brûle les lèvres, le protocole nous conduit forcément à la poser à Eddy Merckx, le plus grand cycliste de tous les temps. C’est la RTBF qui s’est mouillée pour nous, en lui demandant ce qu’il pensait de Tadej Pogacar. Réponse du "Cannibale" : le Slovène est un "coureur d’exception", "prêt à gagner encore d'autres Tours de France". Et à titiller son record de victoires finales sur la Grande Boucle (5), qu’il co-détient avec Jacques Anquetil, Bernard Hinault et Miguel Indurain ? Pourquoi pas.

Le coureur d’UAE Emirates a en effet le profil pour accumuler les titres. Depuis le début de sa jeune carrière, il n’a jamais connu l’échec, a déjà remporté huit courses par étapes, est monté sur le podium de son premier Grand Tour, la Vuelta 2020, puis remporté son premier Tour de France. Aussi glouton que le "Cannibale" jadis, il compte déjà huit succès sur des courses par étapes, sans que son physique ne montre de signes de faiblesse, puisqu’il n’a jamais été blessé depuis qu’il est passé professionnel.

Pas de faiblesses apparentes

Hormis la faiblesse de son équipe, qui n’a jamais paru le déranger sur ses deux premiers Tours, Pogacar n’a pas de faiblesse apparente. Si l’on aurait pu craindre qu’il subisse la pression de la défense de son titre cette année, il n’en a rien été et il a endossé sans problèmes et avec décontraction le rôle de patron du peloton, malgré les soupçons de dopage qui l’entourent. Sur le vélo, il brille aussi bien en contre-la-montre qu’en montagne, comme il l’a prouvé au Grand-Bornand.

Le parcours des prochaines éditions pourrait toutefois ne pas lui être aussi favorable que celui de cette année. Meilleur rouleur que ses concurrents, il a largement profité de la présence de deux contre-la-montre au programme, pour la première fois depuis 2017. La grisaille et le froid dans les Alpes l’ont également favorisé, alors qu’il a plus souffert sous le soleil du Ventoux et pourrait être friable dans un Tour quasi caniculaire.

Un duel annoncé avec Bernal

Mais le principal motif de doute quant à une hégémonie future de Pogacar reste la concurrence. Sur ce Tour, le natif de Komenda a profité d’un plateau décimé, alors que Primoz Roglic et Geraint Thomas, ses rivaux annoncés, sont allés très tôt au tapis. Son duel avec Egan Bernal, vainqueur du dernier Giro et du Tour 2019, pourrait être bien plus accroché. Phénomène de précocité lui-même, Pogacar n’est pas non plus à l’abri de voir débarquer dans ses roues une nouvelle pépite. À l’image d’un Remco Evenepoel, d’un an son cadet, lui aussi promis à un grand avenir.

Pogacar pourrait aussi être freiné dans sa quête d’exception sur la Grande Boucle par ses propres envies. "Actuellement, je ne pense pas aux records, confiait Pogacar en conférence de presse après la 20e étape, samedi. J’essaye juste de savourer le moment présent, j’ai envie de gagner la Vuelta et le Giro dans le futur." S’il décide un jour de s’aligner en Italie, son niveau en France pourrait en pâtir : plus personne n’a réussi à doubler maillot rose et maillot jaune dans la même année depuis Marco Pantani, en 1998. La statistique n’effraiera pas la machine slovène, programmée pour gagner. Avant cela, elle a déjà un défi en tête : la course en ligne des JO de Tokyo, le 24 juillet.

Corentin Parbaud Journaliste RMC Sport