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Tour de France: le duel van der Poel-van Aert passera-t-il la montagne?

Le Tour de France entame ce samedi la montagne, avec la première étape dans les Alpes entre Oyonnax et le Grand-Bornand. Les deux premiers du classement général, Mathieu van der Poel et Wout van Aert, ont des raisons de croire qu’ils peuvent maintenir une avance sur les favoris à l’issue de ce week-end en haute altitude.

L’un est "trop lourd" pour jouer le général, l’autre veut "essayer de garder le maillot jaune encore un jour". Wout van Aert et Mathieu van der Poel, qui dominent ce début de Tour de France et sont séparés de 30 secondes, s’attaquent à un gros morceau ce week-end avec deux étapes dans les Alpes. Derrière ce discours prudent et avec une belle avance sur les favoris à la victoire finale, peuvent-ils sortir de ces deux jours avec encore des ambitions au classement général?

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Ce qui les attend samedi et dimanche

Ce samedi, la première étape alpestre emmène les coureurs d’Oyonnax au Grand-Bornand avec cinq cols au programme, dont trois de 1ère catégorie dans les 50 derniers kilomètres avec un profil similaire: entre 8 et 9% de pente moyenne et une longueur de 5 à 8 km. Le sommet du col de la Colombière, situé à 14 kilomètres de l'arrivée, pourrait permettre aux lâchés de reprendre du temps dans la descente.

Mais l'enchaînement pourrait être fatal au maillot jaune van der Poel si un cador venait à attaquer de loin ou à placer un gros tempo en tête de peloton, ce qui est loin d'être gagné. Et cette fois-ci, avec 3’43 d’avance sur Pogacar et plus de 4 minutes sur les autres favoris, il est peu probable de revoir le maillot jaune ou son dauphin se glisser dans une échappée comme si de rien n’était.

Dimanche, c’est un terrain encore plus escarpé qu’empruntera le peloton avec des montées encore plus coriaces. Le col de Pré (12,6 km à 7,7%), classé en hors-catégorie, se dressera notamment en milieu d’étape avant la montée de Tignes qui promet des dégâts, avec ses 21 km d’ascension (5,6% de moyenne).

La défaillance de Roglic change tout

"Pour la traversée des Alpes, c’est Wout van Aert son principal rival parce qu’il est à 30 secondes et qu’il a plus d’expérience, estime Jérôme Coppel au sujet de Mathieu van der Poel. Je n’ai pas l’impression qu’il soit dans la même forme qu’il avait en 2020."

Depuis, le Belge a en effet été opéré de l’appendicite, ce qui ne s’est pas forcément ressenti au niveau de ses résultats: vainqueur de Gand-Wevelgem et de l’Amstel Gold Race, champion de Belgique, 4e des Strade Bianche et 3e de Milan de San Remo cette année. Mais l’interrogation est légitime sur son état de forme dans les longues étapes de montagne et sur la durée, là où il avait épaté l’an passé pour épauler son leader Primoz Roglic jusqu'à la veille de l'arrivée.

Depuis la nouvelle défaillance du Slovène ce vendredi, le coureur belge est cité pour reprendre le leadership de la Jumbo-Visma, même si le Norvégien Jonas Vingegaard est encore bien placé (11e à 5’18 de van der Poel) et présente un profil plus grimpeur, en plus d’être également brillant en contre-la-montre.

Peuvent-ils résister à Pogacar?

À l’arrivée au Creusot ce vendredi, où il a perdu plus de 3'30 sur les deux premiers du classement général, Tadej Pogacar (4e à 3'43) s’est montré méfiant avec les deux hommes: "Je sais que van Aert monte très bien et van der Poel aussi, donc il ne faut pas leur laisser dix minutes, c'est dangereux". Avant de rester évasif sur la tactique à aborder ce week-end: "Je ne sais pas ce que nous pourrons faire demain (samedi), peut-être simplement suivre les autres".

Pour construire son premier succès l’an dernier, le jeune Slovène n’avait pas attendu la dernière semaine pour se découvrir et s’était imposé dès la 8e étape. Mais une différence majeure pourrait effectivement changer la donne: il n’y a plus de Primoz Roglic devant lui puisque son compatriote a été décroché du général ce vendredi.

Le grandissime favori du Tour a une responsabilité à assumer avec ce statut, en plus de celui de tenant du titre. Et même s’il affirme que van der Poel et van Aert sont dangereux, dans quelle mesure les croit-il vraiment capable de rivaliser avec lui en haute montagne?

Parmi les autres grimpeurs, Nibali, Uran, Carapaz, Thomas voire Mas restent en embuscade au classement général, mais déjà assez loin de Pogacar. Ils pourraient donc laisser les UAE-Team Emirates prendre les initiatives, ce qui arrangerait alors le maillot jaune, qui n'aura qu'un seul homme à redouter ce week-end, au-delà de son dauphin van Aert.

Van der Poel "pas là pour le classement général"

Pour Cyrille Guimard, la donne est simple, les deux premiers du général ne pourront pas tenir la cadence: "Quand on arrive dans les grandes étapes de montagne, l’orgueil et la rivalité ne suffisent pas". Jérôme Coppel, également consultant RMC sur cette Grande Boucle, imagine que le Néerlandais ne pourra pas garder sa tunique après ce week-end: "Je ne pense pas que van der Poel va passer les Alpes en jaune. Demain (samedi) il peut passer, les cols sont assez courts. Pour l’étape qui arrive à Tignes, on a deux cols qui font entre 18 et 20 km, ça va être un peu long pour lui".

"Je ne suis pas là pour le classement général, c'est assez clair" a répété ce vendredi le leader d’Alpecin-Fenix, qui s’imaginait déjà perdre sa tunique dans le contre-la-montre de mercredi. Mais contrairement à Wout van Aert, Mathieu van der Poel doit encore prouver en montagne et surtout sur trois semaines, lui qui dispute son premier grand tour à 26 ans. Car la suite du programme s’annonce encore plus épicée.

Après les Alpes, c’est quoi la suite?

À la suite de la première journée de repos ce lundi et d’une étape de transition entre Albertville et Valence, les coureurs reprendront les choses sérieuses dès mercredi avec la double ascension du Mont Ventoux, rien que cela. Ce sera ensuite plus calme jusqu’au dimanche suivant et l’arrivée à Andorre pour le début des Pyrénées.

La dernière semaine sera marquée par les deux arrivées successives au sommet de cols hors-catégorie: le Portet (16 km à 8,7%) mercredi et Luz Ardiden (13,3 km à 7,4%) le lendemain dans la foulée du Tourmalet, un final a priori promis aux purs grimpeurs. La route vers l’arrivée finale le 18 juillet s’annonce donc encore très longue et très sinueuse pour les deux meilleurs ennemis du cyclocross. Qui vont avant tout chercher à passer les Alpes sans trop d’encombre avant de jeter un premier regard vers les Champs-Elysées.

Jules Aublanc Journaliste RMC Sport