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Tour de France: le mauvais bilan des coureurs français

Le Tour 2020 n’a pas été un cru fameux pour les Français. Les belles victoires de Nans Peters et Julian Alaphilippe, maillot jaune trois jours, ne sont pas en mesure de rivaliser avec toutes les autres contre-performances.

Les ambitions étaient hautes. Très hautes. Sans doute trop hautes. Un triomphe pour Thibaut Pinot, un podium pour Arkéa-Samsic avec Nairo Quintana, un maillot à pois pour Romain Bardet, des victoires d’étapes pour Pierre Rolland et Warren Barguil, le maillot jaune en début de Tour de France pour Julian Alaphilippe. Seul ce dernier objectif, attendu, aura finalement été atteint, la superbe victoire de Nans Peters à Loudenvielle étant un bonus salvateur. Pas de quoi sauter au plafond.

Thibaut Pinot, la France en galère

C’était le plus attendu. Après sa blessure terrible le contraignant à l’abandon dans la Madeleine en 2019, avec des images qui restent difficile à accepter, Thibaut Pinot visait le graal. Le leader de la Groupama-FDJ termine finalement à près de deux heures de Tadej Pogacar. Son dos, déjà douloureux sur le Critérium du Dauphiné, n’a pas accepté sa chute sur la première étape à Nice. Dans le Port de Balès, sur la 8e étape, il ne pouvait plus pédaler. En serrant les dents, il rejoint Paris pour l’honneur, au prix d’un effort remarquable pour profiter de La Planche des Belles Filles, chez lui. Désormais, reste à savoir s’il reviendra, lui qui évoquait un possible "tournant de sa carrière" au soir de Loudenvielle. Les espoirs nés de sa 3e en 2014 s’estompent, échecs après échecs, sur la Grande Boucle.

>> Le discours abattu de Pinot au soir de la 8e étape

Martin et Bardet, l’espoir mort aussi vite qu’il est né

Les deux autres représentants bleu blanc rouge pour un top 10 s’appelaient Guillaume Martin et Romain Bardet. Le leader de la Cofidis avait assumé cet objectif et a montré sa crédibilité quand il pris la 3e place à Orcières-Merlettes sur la 4e étape. Il termine 11e, aux portes du Top 10, le manquant assez largement, car il pointe à près de trois minutes de Damiano Caruso. Il était encore sur le podium, troisième, quand, dans l’étape du Puy Mary, il a chuté, dégringolant et perdant neuf minutes.

Romain Bardet, le leader d’AG2R-La Mondiale aussi était bien placé, dans la roue de Martin à la quatrième place, mais lui aussi a chuté dans l’étape du Puy Mary. L’abandon a été inévitable. Venu un peu plus masqué, il voulait "se faire plaisir et retrouver le goût de la victoire". Il termine sans l'un ni l'autre.

Arkéa-Samsic aussi pouvait porter haut les couleurs nationales, mais Nairo Quintana son leader colombien a craqué en troisième semaine, dans le Grand Colombier. L'ancien coureur de la Movistar a chuté de nombreuses fois. A 30 ans, il a montré des limites pour aller glaner un quatrième podium sur la Grande Boucle. Warren Barguil s’est quant à lui fait décrocher rapidement pour reculer au général et avoir des bons de sorties de la Jumbo-Visma. Présent dans plusieurs échappées, il y a toujours eu plus fort que lui.

Quelques places d’honneur, beaucoup de déceptions

Peu de Français ne sont pas passés loin de lever les bras. Pierre Rolland (B and B - Vital Concept) a bien terminé deuxième, vaincu par l’incroyable Marc Hischi (Sunweb) à Sarran. Pour le reste, ce sont des performances encourageantes et notables pour Quentin Pacher (7e à Loudenvielle, 4e à Sarran, 9e à Villard de Lans), Hugo Hoffstetter (4e à Sisteron, 7e à Lavaur, 8e à Poitiers), Clément Venturini (9e à Privas, 6e à Lavaur, 5e à Poitiers), Valentin Madouas (4e au Puy Mary, 3e au classement du meilleur jeune), Rémy Cavagna (6e à La Planche).

Le bilan le plus famélique est malheureusement pour Total-Direct Energie, fantomatique, le coureur le plus en vue ayant été le courageux Mathieu Burgaudeau, pour son premier Tour. Le maillot à pois de Fabien Grellier grâce à deux points acquis dans l'échappée de la 1re étape ne seront pas de nature à mettre le manager Jean-René Bernaudeau en grande joie. 

La Cofidis va aussi grincer des dents au moment de débriefer les sprints, pour comprendre les résultats catastrophiques d’Elia Viviani.

Alaphilippe et Peters en sauveurs

Le premier rayon de soleil – parce qu’il y en a eu – est Julian Alaphilippe et Nans Peters. Le coureur de la Deceuninck, malgré son épopée en 2019, avait annoncé son intention de ne pas jouer le classement général, préférant se concentrer sur le Mondial, les Ardennaises et le Tour des Flandres. Sa victoire à Nice sur la 2e étape est une masterclass qui lui a permis de prendre le maillot jaune. Objectif rempli. Pour être tatillon (pour vraiment l’être), la manière avec laquelle il a perdu sa tunique (pénalité pour ravitaillement illégal) et ses échappées manquées en troisième semaine, ne doivent pas lui faire plaisir.

Enfin, Nans Peters a émerveillé la France le 5 septembre à Loudenvielle, réglant une échappée de haut niveau. Il avait déjà émerveillé l’Italie avec une victoire similaire sur le Giro 2019. Le jeune homme de 26 ans, pour son premier Tour, a sauvé celui de AG2R, qui a perdu son co-leader Pierre Latour sur chute. Benoit Cosnefroy aussi a brillé en passant 15 jours avec le maillot à pois sur les épaules, lui qui n'est pas un véritable grimpeur.

A noter aussi le bon Tour de Kenny Elissonde qui a largement contribué comme équipier modèle au podium de Richie Porte avec la Trek-Segafredo. Une belle récompense pour lui qui n’avait jamais eu sa chance sur le Tour avec le Team Sky.

Joseph Ruiz