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Coupe de France: Maxime Ferry, policier et dernier rempart de Canet

Les amateurs de Canet-en-Roussillon (Nationale 2) reçoivent Montpellier mardi soir en quart de finale de la Coupe de France (21 heures). Après avoir éliminés Marseille, les Catalans vont tenter de créer un deuxième exploit, avec toujours dans les buts leur gardien Maxime Ferry, policier municipal dans le civil. Portrait.

Les amateurs de Canet-en-Roussillon attendent Montpellier mardi soir en quart de finale de la Coupe de France (21 heures). Après avoir éliminé Marseille en 16e de finale (2-1), les Catalans de National 2 rêvent d’un nouvel exploit grâce notamment à leur gardien Maxime Ferry, policier municipal dans le civil. Gardien de but et gardien de nuit.

A événement exceptionnel, décision exceptionnelle. Maxime Ferry a donc décidé de poser quelques jours pour préparer au mieux la venue de Montpellier. L’uniforme de policier va rester au placard. Plus de gilet par balles ou de Glock 17 à la ceinture. Et les nuits du natif de Perpignan seront plus calmes et reposantes. Car Maxime Ferry fait les 3-8 avec la police municipale de Canet, "le métier qui me fait vivre, je ne vis pas du foot".

En service le lendemain de la qualif contre Boulogne

Le gardien de but peut enchaîner trois nuits, avec prise de poste à 21 heures et fin de service à 5 heures. Il patrouille donc parfois la nuit, où il peut se retrouver confronter à des meurtres, comme cet été, des accidents mortels sur la route, ou des interpellations musclées comme la semaine dernière. Pour son dernier service jeudi dernier, la nuit a été plus calme: deux tapages nocturnes et des contrôles routiers aux entrées de la ville pour vérifier les attestations de déplacement. Et quand ce n’est pas la nuit qu’il patrouille, c’est au petit matin. Comme le lendemain de la qualification contre Boulogne (1-0).

Alors que les Baï, Pioton, Posteraro et consorts ont continué de célébrer la victoire, Ferry devait lui prendre son service à 5 heures du matin. Le maire, présent au match, lui avait autorisé un léger retard: "je n’ai aucun répit. Ma vie est partagée entre le boulot, le foot et ma fille, Giulia, qui a 7 ans. J’ai très peu de temps pour moi. Ça me plait, on ne me force pas à le faire, mais c’est vrai que c’est difficile. C’est un enchaînement permanent, une organisation sans cesse. C’est peu chronophage, mais quand il y a les bons moments comme en ce moment ça me pousse à continuer".

Un début de saison difficile

Un enchaînement malgré tout peu compatible avec la succession des entraînements. Il a d’ailleurs connu un début de saison compliqué: "lors de la première rencontre de la saison, à Béziers, je n’ai pas fait un bon match. J’avais fait trois nuits avant, avec juste un jour de repos entre les deux. J’étais fatigué et mentalement épuisé. J’ai manqué de lucidité pendant la rencontre et je ne l’avais pas dit au club. On en a parlé après pour trouver une solution".

Après ce match, le barbu athlétique au faux air d'Olivier Giroud a trainé pendant quelques mois une pubalgie tenace. Il a donc amélioré la préparation invisible pour compenser le manque de régularité dans son rythme de sommeil: "dès que je peux, je me repose. Plus j’avance dans l’âge, plus je fais du renforcement musculaire, du gainage et des étirements. Ça me permet de récupérer. Je fais aussi une ou deux séances de kinés par semaine".

Surnommé "le viking"

Rémi Faugère, le préparateur physique du club depuis quatre ans, est admiratif de Ferry: "je ne sais pas comment il fait pour conjuguer les deux activités, il a une sacrée force mentale pour enchaîner les nuits et les entraînements". Un état d’esprit guerrier qu’il entretient. Dans le vestiaire, il est surnommé "le viking": "je suis très attaché à ce côté guerrier, je ne recule jamais. Quand je suis fatigué, je trouve toujours des ressources mentales". Et quand l’enchaînement est trop difficile, il peut compter sur ses collègues de la police municipale: "je partage mon quotidien avec Jérémy et Jean-Christophe, des collègues et surtout des amis. Quand je pars en déplacement le week-end alors qu’il voulait poser un jour pour un repas de famille, ils m’en font , entre guillemets, cadeau. Je suis très reconnaissant, j’essaye de leur dire, de leur rendre. J’ai payé mon repas après les deux qualifications car, sans eux, j’aurais du mal à me libérer autant".

Similitude des postes

Formé à Cabestany, où il a évolué jusqu’en moins de 15 ans, Maxime Ferry rejoint Canet en U18 nationaux. Il rate de peu un essai à Nîmes et finit par jouer avec la DH de Canet à partir de 18 ans. Parallèlement, il passe le concours de la police nationale qu’il obtient. Mais, très attaché à Canet, il n’a jamais voulu quitter la Catalogne. Le portier canétois de 32 ans jongle entre ses deux activités depuis bientôt 15 ans et y voit une ressemblance: "gardien de but ou gardien de police, il y a des similitudes. Dans mon métier, il y a beaucoup d’observation, je suis sans cesse en train de regarder les gens, d’anticiper. Au foot, c’est pareil. Quand je suis dans mes buts, j’observe j’anticipe les ballons les trajectoires, les courses".

Il est aujourd’hui le plus ancien du club, le garant des valeurs, avec Jérémy Posteraro, auteur du coup franc mémorable contre Marseille, et Pascal Vié. D’ailleurs, ce sont les seuls à travailler à côté du foot, avec Ludovic Gasparotto qui va ouvrir un salon de coiffure. Posteraro et Vié sont commerciaux dans l’entreprise des anciens présidents. Posteraro, Vié et Ferry ont participé à la première épopée en coupe de France, en 2018 contre Caen (défaite aux tirs aux buts en 16e de finale). C’est d’ailleurs lors de ce parcours que Ferry, fan inconditionnel de l’OM, avait créé le chant "Chanter pour Canet" inspiré de "Chanter comme Depé". Avant d’enchaîner les nuits, Ferry enchaîner les allers-retours sur Marseille pour assister au match de l’OM dans le virage nord ou le virage sud sur la fin.

Un derby régional

Ce fada de l’OM rêvait donc de jouer le PSG après avoir éliminé son club de cœur en 16e. Il a donc fait grincer quelques dents de supporters du côté de l’Hérault le soir du tirage "un petit peu de déception sur le coup. On voulait prendre Paris ou Lyon après ça reste une Ligue 1". Une déclaration que ne regrette pas le catalan: "je ne regrette pas de jouer Montpellier. Je suis très heureux, mais je maintiens ce que j’ai dit. Quand on est amateur, on veut ce qui se fait de mieux. Et ce n’est pas manqué de respect de dire qu’on veut jouer contre une des meilleures équipe d’Europe avec Neymar ou Mbappé".

Pour affronter Paris, il faudra faire tomber Montpellier: "c’est un derby avec des joueurs qui ont une mentalité qui me ressemble, des joueurs qui ne lâchent rien. En tant que viking, j’ai envie d’affronter d’autres guerriers comme Delort, Laborde ou Savanier. J’ai beaucoup de respect et le respect ça sera de leur donner un combat difficile à gagner".

Julien Landry