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PSG: Pourquoi quatorze espoirs ont quitté le club cet été

Seul deux joueurs formé au PSG figurent dans le groupe choisi par Thomas Tuchel pour le déplacement à Nice ce vendredi en ouverture de la dixième journée de Ligue 1. Pas vraiment une surprise après le départ de quatorze titis cet été. Explications d'un exode massif.

Sur le papier tout va bien. Le Paris Saint-Germain figure parmi les quinze meilleurs centres de formation européens avec près d’une cinquantaine de joueurs passés par les équipes de jeunes à évoluer régulièrement dans les cinq grands championnats du continent. Et pourtant, Thomas Tuchel dispose uniquement de deux titis ce vendredi lors du déplacement à Nice en ouverture de la dixième journée de Ligue 1. Seuls les défenseurs Presnel Kimpembe et Loïc Mbe Soh ont été formé à Paris et figurent dans le groupe francilien pour aller défier les Aiglons.

Colin Dagba, une fois revenu à 100%, pourra certes également prétendre à une place dans l’effectif mais cela reste insuffisant pour un club du standing du PSG, avec un tel vivier de jeunes joueurs à sa disposition. En même temps, difficile de reprocher quoi que ce soit à Thomas Tuchel tant le Paris Saint-Germain s’est laissé dépouiller de ses jeunes pendant les récents mercatos.

Cet été en particulier, pas moins de quatorze jeunes talents ont quitté le club de la capitale pour se développer ailleurs en France voire à l’étranger. Moussa Diaby a rejoint Leverkusen, Stanley Nsoki a signé à Nice, Christopher Nkunku s’est engagé à Leipzig et Lille espère avoir flairé le bon coup en recrutant Timothy Weah. Ces quatre joueurs, pour ne citer qu’eux, étaient régulièrement apparus l’an passé dans le groupe de Thomas Tuchel.

La fermeture de la réserve, élément déclencheur

La première raison permettant d’expliquer cette vague de départs estivaux se révèle purement pratique. Après le refus par les instances du foot français (LFP et FFF) d’autoriser la réserve du PSG à grimper jusqu’en Ligue 2, le club francilien a décidé de supprimer cette équipe. Barrés par les stars et les cadres du groupe pro en équipe première, les jeunes Parisiens trouvaient souvent une place en réserve pour continuer de progresser et jouer jusque-là en National 2 (D4) pas assez relevé pour de jeunes espoirs prétendants à terme au plus haut niveau.

Validée par Antero Henrique, cette suppression n’a pas été remise en question par Leonardo après son retour à la tête du sportif. Une situation qui a directement incité les jeunes à voir ailleurs pendant l’été. "Pour moi cela n’a pas eu un énorme impact car je savais que je n’allais pas continuer en réserve. Pour les U19 de cette saison en revanche, il faudra trouver un autre club la saison prochaine pour aller prendre de l’expérience", explique Sébastien Cibois quelques semaines après la résiliation de son contrat avec Paris. Ce n’est pas une bonne chose pour eux de ne plus avoir de réserve. En U19, c’est dur d’être prêt à monter directement en pro. C’est bien de faire une année en réserve pour prendre de l’expérience."

Dès lors, le Paris Saint-Germain s’est retrouvé avec un effectif pléthorique de joueurs sous contrat avec seulement dix-huit places disponibles pour chaque match de Ligue 1. Condamné à dégraisser, le PSG s’y est attelé avec empressement. Cela a également permis la mise en place d’une nouvelle stratégie avec ses équipes de jeunes, appelées à devenir une pépinière de talents pour le groupe pro.

"Le départ des jeunes du PSG est lié à la politique du club qui veut mettre en place de nouvelles bases au niveau de la formation, affirme Badou Sambague, agent de Timothy Weah, à RMC Sport. Il y a un renouveau et la volonté de mettre en place un certain nombre de principes de jeu. Mais le départ de ces jeunes, cela veut aussi dire qu’ils reçoivent une bonne formation mais ne peuvent pas tous se retrouver sur le terrain au PSG. L’avantage pour le club c’est de montrer qu’il sait former des joueurs capables de réussir à Paris ou ailleurs."

Gagner du temps de jeu à tout prix

Réussir ailleurs, voilà bien la solution choisie par la plupart des titis parisiens cet été. Faute de pouvoir faire leur trou en équipe première, de nombreux jeunes joueurs ont quitté le PSG pour briller dans d’autres clubs. La liste des joueurs formé à Paris mais brillants en exil a grossi ces dernières années. On pense ainsi à Dan-Axel Zagadou du côté de Dortmund, Jonathan Ikoné et Mike Maignan au LOSC, Mattéo Guendouzi à Arsenal, Kingsley Coman au Bayern Munich ou encore Odsonne Edouard à Glasgow.

Ce dernier, justement, n’a pas hésité à aborder le sujet lors du rassemblement de l’équipe de France Espoirs début octobre. "Cela dépend des cas parce que la plupart des jeunes, ils sont partis, ils ont réussi, a estimé le buteur du Celtic et des Bleuets. C’est sûr que s’imposer au PSG, c’est compliqué. Avoir du temps de jeu est compliqué, surtout à des postes offensifs comme le mien. A partir du moment où l’on pense que l’on est prêt pour jouer, il faut jouer, il ne faut pas attendre. C’est pour cela qu’il y a plein de jeunes joueurs comme moi qui ont décidé de prendre un autre chemin. Pour avoir du temps de jeu et pouvoir s’exprimer."

Timothy Weah, Stanley Nsoki et Kévin Rimane ont tous quitté le PSG cet été
Timothy Weah, Stanley Nsoki et Kévin Rimane ont tous quitté le PSG cet été © AFP

Cela ne peut pas être un simple hasard si la plupart des jeunes Parisiens capables de jouer en équipe première évoluent à des postes défensifs. Kimpembe, Mbe Soh, Dagba jouent tous derrière. Dans le secteur offensif, le Paris Saint-Germain préfère miser sur des stars confirmées et des talents internationaux.

Derrière les noms ronflants tels que ceux de Neymar, Edinson Cavani, Angel Di Maria, Julian Draxler et Mauro Icardi, difficile pour les jeunes parisiens de faire leur preuve. "Je ne voulais pas rester à Paris et ne faire que des entraînements. Sans compétition, c’est trop difficile", lâche même Sébastien Cibois, troisième gardien du club la saison passée, un peu amer.

Pire, le PSG a décidé de renforcer son équipe avec encore plus d’internationaux, y compris pour jouer les seconds rôles. Les départs de Christopher Nkunku (RB Leipzig), Stanley Nsoki (Nice), Adrien Rabiot (Juventus) et Moussa Diaby (Leverkusen), parfois utilisés dans la rotation la saison passée, ont été compensés par les arrivées de Pablo Sarabia, Ander Hererra ou encore Abdou Diallo et du jeune Néerlandais Mitchel Bakker (Ajax). "Le discours avec le club est simple. Il faut voir si le joueur possède l’opportunité de jouer avec Paris à court et moyen termes ou pas, rappelle Badou Sambague. S’il n’y a pas cette chance, et que l’horizon est bouché, il faut pouvoir partir pour avancer, pour grandir, pour jouer, pour progresser et aussi pour voir un autre football et relever un nouveau défi."

Un constat partagé par Philippe Nabe, agent d’Arthur Zagre, transféré cet été à Monaco afin d’y gagner du temps de jeu. "Notre choix a été guidé par le temps de jeu, avance le conseiller du défenseur français de dix-huit ans. Ces jeunes joueurs ont le potentiel pour jouer dans des clubs d’un calibre inférieur au Paris Saint-Germain."

Des propositions financières impossibles à refuser

La volonté des jeunes espoirs de gagner du temps de jeu peut aisément se comprendre. Mais avant de les laisser filer, le Paris Saint-Germain a choisi d’en tirer profit une dernière fois. Contraint à réaliser des ventes afin de rester dans les clous du fair-play financier, le club de la capitale a multiplié les rentrées d’argent grâce à son centre de formation. Plutôt que de lâcher un joueur de l’équipe première comme Angel Di Maria ou encore Neymar, Leonardo et les dirigeants franciliens ont préféré se débarrasser de nombreux titis.

Moussa Diaby a rapporté une quinzaine de millions d’euros. Idem pour Christopher Nkunku et Stanley Nsoki. Arthur Zagre et Timothy Weah ont, eux, rapporté dix millions chacun pour un total estimé à près de 60 millions d'euros. Encore mieux, le PSG est parvenu à insérer de belles clauses en cas de revente de ces titis. "Les nombreux jeunes qui sont partis pendant l’été l’ont fait après qu’une indemnité de transfert a été payée au club, souligne Saïd Aïgoun, entraîneur des U15 du PSG lors de la saison 2018-19. Cela veut dire que ce sont des joueurs de qualité et qu’ils vont pouvoir se lancer totalement dans le monde professionnel. Le club a fait ce choix de manière à recevoir une manne financière pouvant aider dans le cadre du FPF."

Chrisotpher Nlunlu pourrait rapporter un joli chèque au PSG en cas d'explosion à Leipzig
Chrisotpher Nlunlu pourrait rapporter un joli chèque au PSG en cas d'explosion à Leipzig © AFP

D’un point de vue purement financier, le club francilien semble avoir réalisé de belles affaires pour ces jeunes. Après seulement quinze bouts de matchs la saison passée, Stanley Nsoki a rapporté un joli chèque à son club formateur. Ce rapport entre les performances et le prix de vente du joueur vaut aussi pour Christopher Nkunku ou Moussa Diaby. Parti à Rennes, moyennant un pourcentage à la revente, Metehan Guclu n’avait disputé que seize minutes en Ligue 1 avec le PSG. "Quand un club forme des jeunes, c’est normal qu’il y ait un retour sur investissement pour le centre de formation, juge enfin Badou Sambague. Cela permet de former d’autres joueurs en ayant moins l’obligation de réinvestir des fonds propres."

Si bien qu’à court terme, le départ massif des titis parisiens ressemble à une solution gagnant-gagnant. Seul bémol, sur le long terme, le Paris Saint-Germain pourrait bien se mordre les doigts en voyant certains joueurs exploser par la suite au plus haut niveau. Quitte à les racheter au prix fort quelques années plus tard… et perdre un peu de son identité aux yeux des supporters.

Jean-Guy Lebreton avec Loïc Tanzi