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Sur les traces de Mahrez (2/3) : comment sa carrière a décollé à Quimper en CFA

Riyad Mahrez

Riyad Mahrez - AFP

SUR LES TRACES DE RIYAD MAHREZ. Auteur d’un exercice 2015-2016 phénoménal en Premier League (17 buts, 11 passes décisives), Riyad Mahrez (25 ans) a reçu dimanche le titre de meilleur joueur de la saison. Alors que Leicester se dirige vers un incroyable sacre dans le championnat anglais, RMC Sport a enquêté sur le parcours du milieu international algérien. Deuxième épisode, le passage à Quimper pour ses débuts en CFA.

A 18 ans, les pépites du football touchent déjà à leur rêve. Passées par les centres de formation, beaucoup d’entre elles ont déjà signé leur premier contrat professionnel ou sont en passe de le faire. Riyad Mahrez n’a pas épousé cette trajectoire. A l’âge de la majorité, en 2009, le futur international algérien – il a choisi cette sélection après la mort de son père, en hommage – balade sa belle technique sur les pelouses du foot amateur, à l’AAS Sarcelles, son premier club. Son essai d’un mois en Ecosse se révèle un échec. Mais un coup de fil va changer la donne. Celui d’un certain Ate Nzete, qui venait de quitter Sarcelles pour entraîner Gennevilliers, à son ami directeur sportif de Quimper.

« Guy Ngongolo (premier éducateur de Mahrez à l’AASS, ndlr) n’arrêtait pas de me répéter qu’il était très intéressant et qu’il fallait essayer de lui trouver des essais dans des clubs de plus haut niveau, raconte Nzete. Un soir, j’ai croisé Riyad au stade alors qu’il revenait d’un jogging avec un copain. Il me dit qu’il a envie de percer et qu’il était prêt à partir. J’ai appelé le directeur sportif de Quimper devant lui, en mettant la conversation sur haut-parleurs. Ils lui ont demandé de venir pour un test lors d’un match amical. Il a tout explosé. » La suite sera moins rose.

« On n’avait pas hésité sur la valeur du joueur »

« Ils ont décidé de le prendre avec eux pour la préparation, mais de ne pas le faire signer, se souvient Nzete. Il était juste logé sur place et il encadrait les stages de foot pour gagner un peu d’argent pour s’alimenter. Mais trois semaines après, début juillet, Guy m’a dit que Quimper ne le gardait pas car il était trop frêle. J’ai appelé mon ami directeur sportif là-bas, qui m’a dit qu’il n’avait plus de jus et qu’il se faisait tamponner de partout. Ils étaient donc réticents à lui faire signer un contrat fédéral. J’ai argumenté pour qu’il le garde, je lui ai parlé de ses qualités, je lui ai dit d’attendre au moins trois mois supplémentaires car il n’avait jamais fait une telle préparation. Je l’ai assuré qu’il allait prendre une autre dimension avec le temps. Il a fini par être d’accord et Riyad a signé un contrat fédéral. »

Les finances bretonnes auraient pourtant pu tout faire capoter. « Il m’a tout de suite tapé dans l’œil, explique l’ancien professionnel Ronan Salaün, entraîneur de Quimper à l’époque, aujourd’hui revenu au club après quatre ans à la tête de la réserve d’Evian Thonon Gaillard. On n’avait pas hésité sur la valeur du joueur, mais ça bloquait financièrement. Je lui avais dit que je voulais le garder, qu’il ne jouerait qu’en équipe B au départ mais que j’arriverais à convaincre les dirigeants de mettre un contrat fédéral s’il confirmait vraiment tout le bien qu’on pensait de lui. Il s’était mis à pleurer et j’avais rappelé mes dirigeants pour leur dire qu’il y avait vraiment un truc à faire et que ça ne coûtait pas cher. Le vice-président et mécène du club, Yvon Kermarec (actuel président du Stade Brestois, ndlr), m’avait fait confiance. »

« J’étais obligé de fermer le stade, sinon il restait... »

La carrière de Mahrez est lancée. S’il démarre en équipe B, il accroche vite la CFA où il explose dans la seconde moitié de la saison. Colocataire de Mathias Pogba, frère jumeau de Florentin le Stéphanois (les ainés de Paul), il touche un salaire de 750 euros par mois. Mais le diamant à l’état brut en profite pour se polir.

« L’avantage, qui aurait pu être un inconvénient, c’est qu’il n’avait pas eu de formation, juge Salaün. A 18 ans, il était brut à tous les niveaux mais très réceptif. Les jeunes qu’on récupérait après avoir échoué en centre de formations étaient un peu aigris sur nos remarques, qu’ils avaient déjà entendues. Mais Riyad était à l’écoute. Il avait cette envie de progresser, cette fraîcheur dans l’état d’esprit, et il a pris ça comme une chance. Il était vraiment dans le début de son rêve. Il m’avait dit qu’il jouerait un jour à Barcelone et je lui avais répondu : ‘‘Essaye de jouer à Quimper, ce serait déjà bien’’. C’était surtout un bosseur. J’étais obligé de fermer le stade, sinon il restait faire des reprises de volée et des frappes. Il m’appelait souvent pour savoir si on pouvait doubler les entraînements. Il était demandeur de tout et réceptif à la critique dans le bon comme dans le mauvais sens. »

A Quimper, Riyad Mahrez tape dans l’œil de Kamel Bengougam, toujours son agent aujourd’hui. Mais pas seulement. La réserve du Havre évolue alors dans le même groupe de CFA que Quimper. Le HAC repère son talent et le fait signer à l’été 2010. Le tremplin vers la gloire.

Alexandre Herbinet avec Jano Resseguié