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Coupe du monde de Rugby: Faut-il vraiment s'inquiéter pour les All Blacks?

Les All Blacks corrigés en Australie

Les All Blacks corrigés en Australie - AFP

Etrillée samedi par l’Australie (47-26) lors du Rugby Championship, la Nouvelle-Zélande inquiète à quelques semaines du début de la Coupe du monde au Japon (du 20 septembre au 2 novembre). Entre des résultats décevants, une concurrence accrue et une forme physique pas optimale, les All Blacks restent-ils les grands favoris du Mondial? Eléments de réponse.

Grand favori à sa propre succession lors de la Coupe du monde de rugby au Japon dans cinq semaines (du 20 septembre au 2 novembre), la Nouvelle-Zélande semble pourtant plus abordable que jamais. Au moment d’entamer la phase finale de sa préparation pour la compétition nipponne, le double tenant du titre se retrouve face au doute. Si certains comptaient sur le Rugby Championship (ex-Four Nations) pour faire le plein de confiance, c’est raté. Pire, la correction infligée samedi par l’Australie (47-26) a mis en lumière les imperfections d’une sélection habituée à écraser ses adversaires tel un rouleau-compresseur.

"On est déçus, l'Australie a vraiment bien joué, a reconnu Steve Hansen après la lourde défaite de ses protégés face aux Wallabies. Nous devons juste remettre notre jeu en place et évoluer avec plus de confiance."

Un leader mondial contesté

Appelant de ses vœux une révolte des All Blacks, le sélectionneur néo-zélandais se voit néanmoins obligé de reconnaître les manques de son équipe. Ces dernières semaines, la suprématie des Kiwis sur le rugby mondial a été remise en cause. La faute à des résultats en dents de scie. Après une première défaite en Irlande (16-9) lors de la tournée de novembre, fin 2018, les coéquipiers de Beauden Barrett ont peiné à redresser la pente. En ouverture du Rugby Championship, seules les fautes répétées des Pumas ont permis à la Nouvelle-Zélande de s’en sortir face à l’Argentine (20-16). Dans la foulée, l’Afrique du Sud venait arracher le nul (16-16) à Wellington au terme d’un final spectaculaire où les Blacks ont cédé après la sirène. L’humiliation du week-end en Australie est peut-être simplement la résultante d’une dernière année compliquée avant la Coupe du monde au Japon. Au classement mondial, les All Blacks demeurent leaders avec 89,04 points mais l’Irlande (88,69 pts) et surtout le pays de Galles (88,69 pts) rattrapent leur retard. Sans un succès d’orgueil de l’Angleterre, ce dimanche, face aux Gallois (33-19), la Nouvelle-Zélande aurait même cédé son trône. 

Les concurrents comblent l’écart physique

La force des All Blacks depuis le début de leur règne mondial en 2011 est pour beaucoup liée à cette capacité à enchaîner les temps de jeu et à mettre du rythme dans leurs matches. Plus frais physiquement que leurs rivaux de l’hémisphère nord, les Néo-Zélandais impressionnaient par leur faculté à dynamiter les défenses adverses sur chaque action ou presque. Mais ces dernières années, la plupart des grandes nations du rugby international ont changé leur manière de travailler afin de répondre au défi physique. D’abord en Australie et en Afrique du Sud, rapidement au fait des méthodes néo-zélandaises, puis au Nord.

Sous la houlette de Joe Schmidt, l’Irlande a été l’une des premières sélections européennes à prendre la suite des champions du monde. Ensuite, le pays de Galles s’y est mis. Le XV de la Rose a attendu l’arrivée de l’exigeant Eddie Jones pour modifier sa préparation et le XV de France s’y met aussi petit à petit cet été avec Fabien Galthié et Thibault Giroud. Imités par leurs concurrents, les All Blacks pourraient bien donc voir leur domination remise en cause, justement par ce qui a constitué leur principale force ces dernières années. Pire, certains cadres kiwis ont accusé le coup physiquement, à l’image de Brodie Retallick, blessé à une épaule et toujours incertain pour la Coupe du monde.

Le Rugby Championship, un faux indicateur?

Mais voilà, une fois ce constat établi, tout n’est pas non plus à jeter pour la Nouvelle-Zélande. Se baser uniquement sur le Rugby Championship et cette triste troisième place (une première depuis le passage à quatre équipes) ne paraît pas totalement juste pour les All Blacks. Malgré les mauvais résultats récents, l’histoire se veut optimiste. En 2011 et 2015, les deux seules fois de la décennie où les kiwis n’ont pas remporté le tournoi estival, ils ont fini champions du monde. Seul hic, l’Afrique du Sud a fait le plein de confiance en remportant le titre et a peut-être pris un léger ascendant psychologique sur les joueurs de Steve Hansen, premier adversaire lors du Mondial. Une défaite inaugurale face aux Boks enverrait probablement la Nouvelle-Zélande sur la route de l’Irlande dès les quarts de finale de la compétition.

Une remise en cause salvatrice?

Il devient donc urgent pour les All Blacks de se reprendre à cinq semaines du début du tournoi planétaire. La bonne nouvelle reste peut-être que les joueurs n’ont pas hésité à se remettre en question après la défaite chez les voisin australien. "Nous avons considérablement manqué d’envie samedi alors qu’eux avaient vraiment faim", a relativisé le troisième-ligne Sam Cane auprès du New Zeland Herald.

Un constat partagé par l’expérimenté talonneur Dane Coles avant un nouveau duel contre les Wallabies à a fin de la semaine. "Les Austaliens veulent désespérément gagner la Bledisloe Cup et je crois que nous devons retrouver notre âme pendant la semaine, a insisté le champion du monde 2015. Il faut bien comprendre ce que cela signifie d’être un All Black."

Battue par l’Australie, la Nouvelle-Zélande a reçu un ultime avertissement avant d’entamer la phase finale de sa préparation pour la Coupe du monde. Mais, même contestés et en proie aux doutes, les All Blacks demeurent les grands favoris de la compétition nipponne. Gare au réveil des doubles champions du monde en titre, candidats à un triplé historique.

Jean-Guy Lebreton